‹ Les rêvesChapitre 3 sur 7 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans la création le vide n’existe pas.

Son lieu propre est cet abîme du Néant sur lequel voguent les milliards de planètes qui composent le monde.

Mais, dans l’enceinte cosmique, tout

est occupé. Ce que le solide, le liquide et le gazeux semblent ne pas remplir est pénétré par le fluidique. Et les plans s’interpénétrent ; la

mère est séparée de son fils par cent lieues, mais elle est avec lui dans le monde sentimental ; l’artiste peine et s’exténue devant sa toile, mais son esprit cohabite avec un ange du beau, dans le monde esthétique ; le philosophe poursuit des concepts insaisissables, mais son intelligence converse avec les idées dans le monde métaphysique.

Le temps ni l’espace n’ont de mesure absolue ; ils varient avec les mondes. Tout est peuplé ; le bois, le champ, la route, la ruine, un mur, une chambre vide, un ilac grouillent d’habitants invisibles dont le nombre et l’activité nous effraieraient si nous avions les yeux et les oreilles ouverts.

Dans telle portion de l’espace terrestre qu’occupe un rocher se meuvent des esprits corporels qui mangent, qui dorment, qui pensent, qui adorent.

Toutes les pierres ne sont pas des silex ; si le pauvre ne peut attendrir l’avare, n’est-ce pas que le sens de la compassion offre en celui-ci la dureté du caillou ? Une parole ici-bas peut être ailleurs une flamme, un ouragan, ou un édifice.

De plus, tout rayonne. La taupe ne perce pas ses galeries dans un jardin sans que.

quelques siècles plus tard, tel habitant de Sirius n en reçoive le contre-coup. L’épigramme qui fait rire nos convives, savons-nous si elle ne tue pas un être au loin dans la broussaille des mondes inconnus ? Et si, pour notre café, nous choisissons le morceau de sucre de droite au lieu de celui de gauche, avons-nous dénombré combien de créatures se sont mises en mouvement pour aboutir à ce résultat si minime ?

Ainsi l’horizon des conjectures intuitives est immense ; l’œil de l’imagination, si pénétrant, si rapide, si audacieux soit-il, ne parvient jamais à l’inspecter tout à fait. Essayons tout de même de faire le dénombrement des races de créatures qui peuplent les mondes ; nous aurons du coup une idée des causes objectives de nos songes.

lise trouve, dans la Nature, un immense courant d’évolution qui tend à hausser la matière jusqu’à Dieu, et un courant non moins vaste d’involution, par lequel Dieu S’avance avec pitié, sous la personne du Fils, à la rencontre de Sa créature. En outre, le royaume du Ciel dispense sans cesse depuis vingt siècles des secours et des forces à toute créature qui les demande. Les habitants de chacun de ces trois univers peuvent être perçus dans le rêve et

nous y donner ou bien nous y demander quelque chose. Ces trois univers, leurs subdivisions en éléments et en planètes, et leurs spécifications zodiacales sont les habitats d etres dont les tableaux de correspondances, la démonologie, Tangélologie et la mythologie des différents ésotérismes dressent des listes plus ou moins complètes.

Voici l’une des énumérations les plus larges et les plus suggestives que l’on puisse trouver. (I).

Dans le monde d’évolution vivent sept règnes de créatures et dans le monde d involution également :

Page 1