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CHAPITRE IV

L Interprétation du Rêve

L’importance et la véracité du rêve dépendent, comme d’ailleurs l’importance et la véracité de toutes les manifestations de notre vie, de la profondeur du plan invisible qu’habite notre esprit.

11 y aura donc deux grandes classes qualitatives des rêves : ceux qui appartiennent à l’un quelconque des plans innombrables de la Nature ; ceux qui proviennent de ce plan central, cœur et colonne du monde, où la sollicitude divine rayonne d’un éclat constant, sous la forme de l’Ami qui est l’Alpha et l’Oméga de tous les univers.

Ceux qui ne se sont pas voués corps et âme au service de Dieu auront des rêves de la première classe, dont le symbolisme dépendra de leur préoccupation dominante, de leur tempérament, de leur généalogie unimatérielle.

On trouve dans la tradition des sciences

hermétiques pas mal de méthodes interprétatives des images onéirologiques. Tous les peuples ont des données sur cet art ; mais les seuls documents arabes, Israélites et autochtones nous sont parvenus.

Les Arabes ont laissé bien des livres d’onéiromancie, bien que tout empiriques, sans système, sans clavicule. Pourtant, ils avaient une méthode secrète d’interprétation, basée sur l’astrologie, que les Rose-Croix d’Egypte leur avaient enseignée, et dont on peut reconnaître les traces dans l’ouvrage de Jean Belot, curé de Milmonts.

Toutefois, les procédés divinatoires exigent, pour fournir quelque certitude, une très longue pratique et une intuition subtile. De plus, ce sont des méthodes artificielles qui ne nous mettent en rapport avec la réalité extérieure de l’invisible que d’une façon médiate.

11 est préférable, à tous points de vue, d’étudier directement le songe en ne faisant appel qu’au sens intime, en écoutant en soi parler la vie, en regardant d’un œil clair les tableaux nocturnes où se meut notre imagination.

Notons quelques points généraux.

Et d’abord, il n’y a pas de clé univer-

selle des songes. Telle scène aura un sens différent pour vous et pour votre voisin, parce que votre esprit n’habite pas les mêmes lieux que le sien. Cependant il peut se faire que les membres d’une famille très unie, ou d une communauté contemplative parfaitement soumise à son ange, aient des rêves dont la clé soit la même pour tous. Mais, dans l’état actuel de notre développement, ce sont des cas très rares.

En second lieu, il faut distinguer si le rêve est un ressouvenir du passé ou une prémonition. Si les personnages qui y figurent n’ont que des têtes et pas de corps, c’est presque toujours une scène d’existence antérieure. Les autres rêves sont généralement de l’avenir. Plus ils ont lieu vers le matin, plus leur réalisation est proche, parce que l’esprit du dormeur s enfonce, le soir, du dehors vers le dedans du monde, et revient après minuit du dedans vers le dehors. C’est pour cela que certaines écoles de sagesse antique conféraient une importance toute spéciale aux prières et aux contemplations nocturnes.

Imaginez une planète qui marche dix mille fois moins vite que la terre. Pour ses habitants une de ses nuits durera dix mille de nos nuits terrestres ; leur sommeil aura donc des

rêves dix mille fois plus étendus que ceux d un terrien. Leur esprit pourra donc, en rêvant, vivre une existence d*ici-bas, de la naissance a la mort. Ceci, pour bien faire voir que, dans le rêve, tout est objectivement réel.

Troisièmement, le jour de la semaine influe sur le rêve, et les heures planétaires dans chaque nuit.

Le soleil influe de la minuit de samedi à la minuit de dimanche ; et ainsi pour les autres corps célestes.

Quant aux heures, en voici un tableau :

Dimanche

de minuit

à 1 heure du matin. Soleil

I heure

Vénus

Mercure

Lune

Saturne

Jupiter

Mars

Soleil

Vénus

Mercure

Lune

midi

Uranus

Dimanche de midi

à 1 heure du soir.

Jupiter

1 heure

Mars

Soleil

Vénus

Mercure

Lune

Saturne

Uranus

Mars

Soleil

Vénus

minuit

Mercure

Le lundi de minuit à 1 heure

du matin

s’exerce

l’action de la Lune ; et ainsi

de suite

jusqu’au bout de la série planétaire.

On trouvera dans les traités modernes d’astrologie toutes les séries de correspondances qui permettront de situer le rêve fait sous l’une des sept catégories astrales.

Les influx de la lunaison et ceux des autres planètes ne sont pas assez actifs pour qu’il soit utile de les prendre en compte.

Quatrièmement, on distinguera le songe symbolique de la prévision pure et simple selon que la scène ne sera pas ou sera éclairée par la lumière du soleil.

En cinquième lieu, lorsque le rêve se rapporte à des événements personnels de notre vie morale, son présage sera faste ou néfaste en sens inverse du caractère joyeux ou triste de la scène rêvée.

Sixièmement, les rêves naturels revêtent le symbolisme ordinaire par lequel leur plan se manifeste de coutume à l’intellect humain. Un alchimiste verra des schémas, des nombres, des signatures. Celui qui n’a pas de but spécial dans la vie rêvera selon les formes des objets usuels et des individus ordinaires. Un mathématicien ne rêvera cependant point les formes vraies des nombres ; leur planète est trop éloignée de la nôtre ; de même qu’un philosophe intellectuel ne pourra percevoir, pour la même raison, le genie des idées qui le préoccupent.

Enfin, le grand secret pour se mettre en communication avec cet immense océan invisible où toutes les créatures terrestres, tous les événements physiques, tous nos états de conscience existent a priori, ce n’est pas d’étudier, ni d analyser, ni de discuter, c est de vouloir ou, plutôt, c est d aimer. Si 1 on aime véritablement, c est-a-dire si 1 on sait se mettre à la place du voisin, de 1 animal, de la plante, de la pierre, pour porter un peu de leur fardeau, ces êtres

viennent à nous et en nous ; ils ouvrent les portes de T imagination, ils lui apprennent leur langage, et nous comprenons leurs demandes et leurs avertissements.

Mais ceci est difficile ; et les quelques hommes qui ont le courage de prendre ce chemin appartiennent déjà à la petite cohorte des soldats du Ciel. Pour ceux-là tout TUnivers prend un nouvel aspect et une signification plus intime. Au lieu, par exemple, de voir en rêve la réfraction dans tel ou tel plan de la forme essentielle d’une créature, ils sont amenés en présence de cette forme même. Ils connaissent l’esprit des choses ; ils ont traversé la région des hiérarchies, des correspondances, des classes et des genres ; ils sont parvenus au delà des éléments, plus loin que les planètes, plus haut que les étoiles fixes.

Puisqu’ils sont dépouillés d’égoïsme, sans cupidité, inoffensifs, les créatures invisibles les visitent avec confiance, comme les animaux de la forêt viennent autour du gymnosophiste immobile. Et ils peuvent parler à ces créatures, agir sur elles. Leur sommeil n’est

pas une inaction, bien qu’il repose le corps physique.

En voyant donc, plusieurs nuits, plu¬

sieurs mois, plusieurs années même à l’avance le cliché d’un événement, d’une maladie, d’une catastrophe, de tels hommes comprennent tout de suite le sens de la vision, et ils se contrôlent assez pour pouvoir intervenir après en avoir demandé la licence à leur Maître. Ils peuvent modifier tel tableau, chasser tel animal nuisible, secourir telle créature.

Souvent aussi le Maître les emmène avec Lui, soit en croupe de Son cheval ailé, soit sur Son navire ; Il leur fait visiter des régions inconnues, des races étranges ; quelquefois ils vont a la bataille ; c est là, pour eux, une grande récompense que de pouvoir donner à la Lumière quelque chose de leurs propres forces et de leur propre cœur.

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