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A L'ÉTAT DE SOMMEIL

Les actes accomplis à Tëtat de sommeil sont provoqués par un état hallucinatoire ou somnambulique.

L'hallucination provenant dans le sommeil est une forme de rêve que je laisse de côté pour ne m'occuper que du rêve lui-même, du rêve physiologique bien défini, qui par son intensité peut devenir pathologique, eu égard aux actes qu'il provoque. Ce rêve est quelquefois si intense qu'il peut donner lieu à des hallucinations par objectivatîon de la pensée. < Les hallucinations ordinaires, dit Baillarger, ont toujours leur point dé départ dans l'exercice involontaire de la mémoire et de l'imagination, et ne peuvent point être produites directement par un effort de méditation. » On verra que, chez Albert, l'hallucination est précisément provoquée par l'intensité d'une mémoire prenant tout à coup une grande valeur.

m INFLUENCE DES RÊVES

L'élat hypoagogique est favorable aux hallacinations ; celles-ci peuvent durer une partie de la nuit et cesser le matin. C'est ainsi qu'une femme endormie à moitié entendait du bruit dans sa cheminée et ne voulait pas dormir, de peur d'être surprise. Le matin le bruit cessait. Il n'avait jamais lieu quand elle était complètement réveillée, quand, par exemple, assise sur son lit, elle appelait son chien (1).

Dans d'autres cas, Thallucination provoquée par le rêve est si violente qu'elle a une influence sur les impressions sensorielles.

M. Paul Dupuy rapporte le fait suivant (2) :

19 Janvier, Ce matin, à moitié réveillé, à moitié endonuî, je me vois tout à coup en présence d*uo adversaire qui me fait face, un fleuret démoucheté à la main. Je me fends et je reçois une botte au milieu de Tabdomen. J'éprouve au point frappé une sensation distincte, mais très faible, et en même temps le sentiment beaucoup plus net dSine force qui me renverse violemment.

Pour Maury, l'hallucination hypnagogique est, ea certain cas, la reproduction d'une idée qui a impressionné l'esprit quelques instants avant l'invasion du sommeil (3).

Voici une observation qui vient à l'appui de cette théorie; je la dois à un jeune garçon dont la santé est excellente.

L..., dix-sept ans, élève au lycée de Bordeaux, prend part à une course de vélocipède. Il s'entraînait depuis longtemps avec ses amis et concurrents, il escomptait la victoire.

Il arrive second dans la course. La teasion de soa es[^t

(1) Baillarger, Hallucinations dans un état intermédiaire entre le sommeil et la veille, obs. VIT.

(2) Paul Dupuy, Etude psycho-physiologique swr le sommeil^ p, 2t. (3)Loc. cit., p. 68.

INFLUENCE DES RÊVES A l'ÉTAT DE SOMMEIL ilo»

avait été très grande pendant toute la course, car il voulait dépasser soa concurrent qui montait un tricycle.

Le soir, à peine a-t-il fermé les yeux dans son lit, qu'il veit le tricycle de son ami devant lui et la scène de la course se présente nettement à sa vue. Le tricycle avait la teinte bleuâtre que donne le rayonnement des roues tournant avec une grande vitesse. En même temps L... se replie sur lui-même, se courbe, se penche sur le côté et fait aller les jambes dans son lit comme s'il était sur la piste. Son frère, qui couche avec lui, lui demande ce qui lui arrive. L.., ouvre les yeux ; il lui répond qu'il pédale. Il croyait ne pas dormir (sommeil hypnagogique). 11 referme les yeux, et aussitôt la même hallucination revient, accompagnée des mêmes mouvements. Même rappel du frère ; même réveil, même répanse. Cet état a duré toute la nuit, empêchant le frère de L... de dormir. L'hallucination revenait presque aussitôt que L... fermait les yeux.

Ce phénomène est très fréquent chez les vélocipédistes ; je Fai mentionné ailleurs (1). Il existe aussi à Tétat de veille, mais avec moins d'intensité.

La première fois que je montai à vélocipède, je fis une course de 30 kilomètres. Je sentis, toute la journée, dans mes jambes, quand fêtais assis, deux pulsations bien distinctes, bien rythmées d'après le mouvement de pédale que mes jambes avaient suivi pendant quelques heures. Cette impression n'a duré qu'un jour ; le lendemain, ayant fait une nouvelle course, mes jambes éduquées suivirent automatiquement les pédales, alors que la veille une bonne

(1) Hygiène du vélocipédiste. Paris, Doi», 188a.

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