FABIEN DE SER«Y
és i lui plaire^ On nous dira peut-être que c'était là un singulier mari et qu'il mettait beaucoup desoin à s'approcher de la flamme dont les autres s'écartent; mais en fait de maris il y en a de toute espèce, et le nôtre voyait des paratonnerres où d'autres voient des écueils.
On sait que W^ de Sainte-Ursule était coquette; elle était, pour mieux dire, possédée du désir le plus ardent de idaire à tout le monde, à toat prix. Ce désir était un besoin auquel elle obéissait sans se rendre compte de ce qu'elle faisait. Plaire d'abord, plaire toujours était sa loi, et elle n'était jamais plus heureuse que lorsqu'elle voyait les séductions de ses charmes et de son esprit exercer leur empire sur tous ceux qui l'approchaient. Avide d'hommages et d'adulations, quoique f&oame d'un rare esprit et d'une intelligence réelle, elle les aspirait comme' un voyageur altéré l'eau d'une fontainô. C'était en qu^que sorte une dîme que le monde lui devait
Quant aux dédaigneux et aux indifférents qui essayaient de piquer son amour-propre, elle ne les voyait pas. Il lui semUait, dans son naïf orgueil, que protester contre sa supériorité, c'était nier la lumière, et c'était sioTs tant pis pour ceux qui ne la voyaient pas. Elle disait d'eux qu'ils avaient l'intdligence et le sentiment aveugles, et leur tournait le dos. Mais elle se gardait bien de leur en vouldr : elle les oubliait tout bonnemeiiit.
Malgré tout cela, M"« de Sainte-Ursule était bonne à nés heures, franche (pelquefois, loyale assez souvent
et toute dévouée à ses amis qui pouvaient lui demander toute chose, à Texception du sacrifice d'un bonnet.
Telle était la femme que Fabien alla voir le lendemain de son arrivée à Naples et qu'il trouva dans un magnifique appartement où les merveilles de l'art étaient distribuées avec un goût charmant. Vases, tableaux, statues, mosaïques, armes étincelantes, s'étalaient des galeries aux boudoirs avec une profusion qui ne nuisait en rien à l'élégance; on devinait au premier coup d'oeil que la main d'une femme douée au plus haut degré du sentiment artistique avait présidé à l'arrangement des richesses recueillies par le marquis.
Fabien avait trouvé la lettre dontM"»« de Sainte-Ursule lui avait parlé; elle la lut rapidement tandis qu'ils étaient seuls.
— Bien, bien, dit-elle en sautant de paragraphe en paragraphe, M«»« de Nouans oubliequ'elle m'a déjà écrit à votre sujet ; mais entre cousins ces choses-là se pardonnent. Voyons, ajouta-t-eùe en chiffonnant le papier entre ses jolis doigts, donnez-moi bien vite des nouvelles de ce cher Paris que j'aime tant.
Fabien allait répondre lorsque plusieurs personnes survinrent; la conversation prit un tour général, et la marquise cessa d'escarmoucher avec Fabien pour livrer bataille à quelques jeunes écervelés qui l'entouraient.
Cependant le hasard voulut que ce soir-là une nombreuse société se réunit chez Mme de Sainte-Ursule; les plus élégantes dames, en sortant de San-Carlo, vinrent en médianoche, entraînant après elles leurs