UIS DE FONTONÀÏ IS
sais où, au Kamschatka, s'il l'eût fallu, vous donnez l'hospitalité à la demoiselle qu'il courtise, et voilà les portes de votre château ouvertes à deux battants pour la recevoir. Merveilleux moyen pour guérir Louis 1
— Peut-être.
— Que ne le guérissez-vous donc tout à fait en le menant à l'autel, chez le curé du village?
— Il n'est pas encore temps.
— Vous m'exaspérez avec votre sang-froid!
— Et vous me faites rire avec votre» colère.
— Merci!
— Là ! ne vous fâchez pas.
— Le moyen avec un homme tel que vous
— Bon! écoutez-moi d'abord, vous vous fâcherez ensuite si vous voulez.
— J'écoute.
— A la bonne heure!
— Je vous préviens seulement que vous ne perdrez rien pour attendre.
— Soit.
— Et que je saurai bien vous contraindre à avoir du bon sens pour votre fils.
— C'est convenu... A présent, voulez-vous m'entendre.
— Puisque je vous dis que je vous écoute.
— Il y paraît!... Vous souvient-il, mon vieil ami, qu'un jour, à propos des escapades amoureuses de monsieur mon fils, je vous parlais de la pèche de la baleine?
— Oui, parbleu!
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— Eh bien ! laissez-moi emprunter une autre comparaison à Part nautique.
— Empruntez.
— Quand vous êtes en mer par un gros temps, et tout à coup assailli par un grain violent, comment naviguez-vous?
— Parbleu! je mets à la cape et je marche au plus près.
— Toutes voiles carguéesî
— Pardieu! si je ne les carguais pas, la bourrasque les emporterait!
— Eh bien ! mon cher capitaine, mon fils est la bourrasque, je suis le bâtiment et je navigue au plus près. Comprenez-vous ?
— Pas trop.
— Alors je vais essayer de me rendre plus clair. Vous savez que mon fils ne se borne pas à aimer, il veut encore épouser... c'est l'accès dans toute sa rage. Si j'avais lutté de force, Louis aurait fait explosion; — j'ai cargué mes voiles devant le grain.
— Et cette navigation-là vous a mené à la campagne?
— Tout droit. 11 y a des passions qui grandissent dans l'intimité, mais le nombre n'en est pas considérable, et, le plus souvent, elles meurent tout tranquillement ; celles-ci au bout de trois semaines, celles-là au bout de trois mois. La passion de Louis se nourrissait de chimères; il se composait à lui-même un feuilleton chaque matin, où la crainte d'être découvert, l'émotion, le déguisement, l'incertitude entraient
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LOUIS DE FOHTENAY 185
comme éléments principaux. D'un mot j'ai supprimé tout cela, et je l'ai mis aux prises avec la réalité, la pauvre réalité sans atours. Son héroïne, il la voit du matin au soir; son mariage, il en est assuré; plus d'incertitude, plus d'émotion, partant plus de plaisir. Le charme de la difficulté à vaincre a disparu. Mais en revanche, une intimité de tous les jours, un tête-à-tête de toutes les heures et un traitement émollient de louangesetd'approbations perpétuelles. Louis est comme un soldat qui brûlerait de monter à l'assaut d'une citadelle parmi les balles et les boulets, et qu'on ferait marcher à perpétuité dans des terres labourées par un temps de pluie. Si la passion n'est pas éreintée bientôt, il faut qu'elle ait un tempérament robuste.
— Ouf ! je commence à comprendre! dit le marin.
— Avez-vous jamais étudié la question du bonheur ? reprit le marquis en riant.
— Ma foi, non ! On dit que c'est une chose fort agréable.
— Le bonheur, mon cher capitaine, est le proche parent de l'ennui, quelque chose comme son cousin germain.
— La théorie me parait un peu bizarre !
— Comme tout ce qui est vrai. Encore quelques jours de bonheur, et nous verrons où en sera Louis. Mais ce n'est pas tout encore. Louis avait mordu à l'hameçon du romanesque ; je lui ai tendu ce même hameçon. Sa cousine Marie était au château à son insu ; par un système fantasque de promenades au clair de lune, de chansons à l'aurore, d'apparitions le soir derrière les arbres, je vour
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lais attirer son attention sur une mystérieuse inconnue. Marie» qui comprend à demi-mot, — c'est, entre nous, une fille de sens et d'esprit, — se prêtait àmerveifte à cette combinaison. Mais au lieu de Louis, c'est un autre qui' a mordu» — l'aimable M* Arthur» le cousin de M"- Cœlina.
— Diable!
— Un instant, je l'avoue, j'ai été fort désappointé; mais la réflexion m'est venue, et je puis tirer» je crois» un bon parti de cet accident.
— Très-tyen ! et je vois que vous tenez tous les fis de l'intrigue ; mais il me semble cependant que vous jouez un jeu dangereux. Si votre fils s'entêtait?
— C'est qu'alors le bon Dieu, pour me punir de mes péchés, lui aurait envoyé une de ces passions qui ne cèdent qu'à la mort : mais comme on ne voit guère de ces passions-là qu'une ou deux fois par siècle, il faudrait avoir une chance bien malheureuse pour en trouver une dans sa famille... A présent, ajouta le marquis» fâchez-vous... j'ai fini.
— Ma foi, nonl Vous m'avez converti, s'écria le marin.
— Alors je continue... J'ai attaqué mon héros, je prétends attaquer mon héroïne.
— C'est-à-dire que vous tirez à bâbord et à tribord!
— fct partout... Au dernier chapitre, j'aurai peutêtre besoin de vous et de vos fils surtout. Me promettez vous leur concours?
— Pleia et entier!
On a pu voir par cette conversation quels étaient les
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projets du marquis. L'entrée subite de Marie dans le cercle intime du château en modifia quelque peu les habitudes. Vingt-quatre heures ne s'étaient pas écoulées que déjà Louis éprouvait cette douce influence que répand autour d'elle une jeune fille d'un esprit charmant et d'une grâce exquise. La voie des souvenirs s'ouvrait devant eux, ils y entrèrent ensemble et Louis trouva un charme inexprimable dans ces premiers entretiens où la gaieté la plus naïve s'unissait au goût le {dus fin.
Si de tout temps Louis avait eu peu de sympathie pour Arthur, depuis ses dernières prétentions si hardiment avouées le gamin lui était devenu franchement insupportable ; qu'Arthur eût mis sa garde-robe au pillage, qu'il usât sans gène de tout ce qui était à Louis, qu'il fourbft ses chevaux, qu'il prit les airs et les façons d'une intimité de plus en plus familière, ce n'était rien; mais qu*fl prétendit avoir pour femme MUe Marie de Chaumont, la nièce de M. de Fontenay, et de plu» une personne si séduisante en toutes choses, c'est à quoi Louis ne pouvait se résoudre.
Que devint-il donc lorsqu'un jour M. de Fontenay, le prenant à part, le pria froidement de causer avec sa cousine pour connaître son sentiment sur la proposition d'Arthur.
— Mais, quel sentiment voulez-vous donc qu'elle ait? s'écrifr-t-il un peu étourdi de la question,
— Je ne le sais pas, et c'est pourquoi je te prie de l'interroger, répondit tranquillement le marquis; vous
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me paraissez fort bien ensemble» elle s'expliquera tout naturellement avec toi?
— Par hasard, douteriez-vous un instant de son refus?
— Qui diable sait! Mais refus ou acceptation, ce qu'elle voudra sera fait.
— Mais, mon père, Arthur est un vaurien de la pire espèce.
— Voilà que tu exagères encore! L'autre jour, Codina avait toutes les vertus, aujourd'hui Arthur a tous les vices. Le plus clair de tout cela, c'est que l'une est une femme et l'autre un homme; au demeurant, tous deux cousins.
— Il suffit cependant de regarder pour voir ce dont Arthur est capable.
— Peccadilles que tout cela! Arthur est jeune, et il a le caractère plus jeune encore que son âge. Le temps modifiera son humeur et emportera les aspérités dont tu te plains.
— Des aspérités ! vous y mettez de la complaisance ; mille défauts plus odieux les uns que les autres.
— Bah ! l'essentiel est qu'il plaise à Marie; le reste n'est rien... Il a de l'esprit, il est amusant, et, en somme, ton cousin n'est pas mal...
Louis se mordit les lèvres.
— Mon cousin! mon cousin! s'écria-t-il, il ne l'est pas encore !
— Oh ! il s'en manque de quinze ou vingt jours. Qu'est-ce que cela?
Louis fit quelques pas dans la chambre.
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— Ainsi, reprit-il, vous tenez à ce que je parle à Marie?
— Certainement! et le plus tôt possible. Tu sais d'ailleurs de quelle commission Arthur t'a chargé. II a bien le droit de compter sur toi, et je suis bien sûr de ton empressement. Attends ici ; je vais t'envoyer Marie.
Le marquis sortit là-dessus sans plus d'émotion que s'il venait de causer avec son fermier de la récolte et du beau temps.
Louis tomba dans un fauteuil.
— Hssonttous fousdans cette maison ! s'écria-t-il... Donner ma cousine à un pareil malotru... Il faut que mon père ait perdu la raison. Pardieu! si M. Arthur s'imagine que je vais parler pour lui, il a compté sans son hôte!... Il me suffira de dire la vérité pour que Marie le renvoie à ses cabarets ! Il n'y a que Cœlina qui ait eu du bon sens : M1Ie Marie de Chaumont la femme de M. Arthur Plumet, gamin de Paris!... Ces deux noms accouplés en disent plus que mille raisonnements.!. Enfin, elle va venir, et nous allons voir.
Ls frôlement d'une robe annonça l'approche de Marie. Elle ouvrit la porte et s'avança vers Louis avec la grâce d'un cygne qui fend les eaux.
Une malicieuse gaieté pétillait dans ses yeux.
— Vous avez à me parler, mon cousin? dit-elle en souriant.
Louis la regarda.
— Elle si jolie ! se dit-il mentalement, ce serait un meurtre!
— Il parait, ajouta Marie, que vous avez une com-
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muràcation à me faire? me voilà toute prête à causer avec vous tant que vous voudrez.
— (Test vrai, répondit Louis avec effort, on m'a chargé pour vous d'une commission que je n'aurais certes pas acceptée si mon pète lui-même ne m'en arvait prié.
— Cest donc îrien grave?
— C'est du moins fort désagréable.
— Ah! mon Dieu! savez-vous que vous me feriez peur si je n'avais du courage 1
— Vous, du courage, avec ces yeux si doux...
— Oh! mes yeux ne disent pas toujours ce qu'ils pensent... Et puis, tant qu'il ne s'agit que de paroles... je ne crains rien... ainsi, allez toujours.
— Cest qu'en vérité je ne sais comment vous dire cela.
— Eh bien ! dites-le tout naturellement, je m'effrayerai après, s'il y a de quoi.
— Oh ! ce n'est pas ce qui manquera... Mais c'est qu'en vérité la commission est si bizarre, que f aurais besoin, pour m'y préparer, de faire, comme Sosie, un discours à ma lanterne.
— Et comme il n'y a pas ici de lanterne...
— Je ne sais par quel bout commencer.
— C'est donc bien terrible?
— Si ce n'était que terrible, ce ne serait rien ; Mais c'est bien plus encore, c'est ridicule.
— Voilà qui pique ma curiosité.
— Et c'est là où commence l'embarras ; figurez-vous,
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ma chère cousine, que je suis chargé de vous proposer an marL
— Hais je ne vois pas que cela soit si ridicule, comme vous disiez tout à l'heure. Je vais avoir dix-neuf ans... viennent les vendanges.
— (Test qu'il y a mari et mari.
— Sans doute. Et le vôtre ?
— Oh ! le mien est d'une espèce toute particulière. Bref, vous voyez en moi le ministre plénipotentiaire de H. Arthur Plumet, candidat à votre main.
Marie regarda bien tranquillement son cousin.
— Eh ! quoi ! reprit Louis, vous ne riez pas ?
— Et pourquoi voulez-vous que je rie ! M. Plumet est l'hôte de votre père.
— Grâce à Dieu, il ne le sera pas toujours.
— Et puis cette proposition que vous vous êtes chargé de me transmettre est la première de ce genre qui me sût faite... et cela flatte toujours l'amourpropre.
— Vous plaisantez !
— Avec votre futur cousin... on membre de notre famille... ah i
— Et vous accepteriez les hommages d'un pareil
— Pourquoi non ï La demande qu'il fait de ma main prouve que je suis bonne à marier... je commençais à penser le contraire... Sa recherche flatte ma coquetterie...
— Mais vous ne l'avez donc pas reganlé î
— Pas beaucoup, je l'avoue... ce premier examen
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n'a pas été à son avantage, c'est vrai ; mais après tout, ce monsieur n'est peut-être pas aussi mal que je l'ai cru... Comment l' appelez-vous donc votre cousin?
— Arthur.
— Un joli nom... il ne brille peut-être pas par la distinction...
— Dites donc qu'il est effroyablement commun... les épiciers de la rue aux Ours n'en veulent plus pour leur fils.
— Vous croyez? Eh bien! je vous abandonne le nom... Ce sont les qualités du cœur et de l'esprit qu'on cherche dans un mari.
— Et vous avez l'espoir d'en trouver chez M. Arthur?
— Oh ! je n'ai pas cette ambition pour le moment ! Si la nature n'a pas fait grand'chose pour lui, l'éducation a moins fait encore ; mais il changera...
— A son désavantage. Il est mal, il sera pire.
— Vous ne croyez donc pas à mon influence ? Louis sauta sur ses pieds.
— Je ne sais si je rêve ! dit-il.
— Non pas... vous causez...
— Voyons, ma chère cousine, vous l'avez entendu?
— Assez pour savoir que son langage n'est pas précisément celui d'un homme du monde, mais où auraitil appris à s'exprimer?
— Et quelles manières ?
— Mon Dieu ! je conviens que les gentlemen en ont de meilleures, mais n'est-ce pas Mme Plumet, votre belle-mère, qui l'a élevé ?
— Savez-vous où il vous conduira?
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— J'imagine que ce ne sera pas au faubourg Saint- Germain...
— Aux barrières, ma cousine.
— C'est là sans doute qu'il a appris à danser, pauvre garçon !... Je lui donnerai des conseils; bref, je ferai pour lui ce que vous ferez pour votre femme.
— Je vous écoute, et je ne vous comprends pas. Vous si élégante...
— Oh ! dit Marie avec un sourire charmant, un peu de mousseline, un peu de rubans, et c'est tout.
— Laissez-moi croire que la femme est bien pour quelque chose dans cette grâce ; et toute cette finesse, cette distinction suprême, cet esprit délicat, toutes ces séductions appartiendraient à un pareil drôle! c'est impossible !
Marie eut quelque peine à retenir un malin sourire ; mais prenant son air le plus grave :
— Impossible! reprit-elle, mais pas plus, il me semble, que votre mariage avec M"* Cœlina. Savezvous ce que nous ferons, mon cousin? nous vivrons tous les quatre sous le même toit, vous et votre femme, mon mari et moi.
— Un ménage à quatre !
— Composé de deux écoliers et de deux professeurs. Ce sera charmant et tout à fait neuf.
— Merci, je n'ai pas de goût pour le professorat, dit Louis d'un air raide.
— Bah! reprit Marie, il n'y a que la première leçon qui coûte... Voici comment nous diviserons l'emploi de nos journées. Le matin, déjeuner et cours de gram-
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maire ; à midi, promenade dans le parc et géographie; à quatre heures, un mélange de petits gâteaux, d'histoire et de conversation; à sept heures, dîna: et un peu de lecture. Nous supprimons le boudoir et nous faisons une classe. Je me charge de votre femme, chargez-vous de mon mari.
Louis resta muet devant sa cousine; le sang-froid de Marie l'écrasait.
— Eh bien ! Louis, que dites-vous de mon projet? reprit-eUe bien tranquillement
— Moi, rien... dit-il en faisant quelques pas au hasard.
— Alors, veuillez aller chez mon oncle, et dites-lui de ma part que j'autorise M. Arthur à me faire la cour. Louis s'arrêta, et saisissant Marie par la main :
— Parlez-vous sérieusement? lui dit-il.
— Très-sérieusement.
— Bien. Me permettez-vous alors de vous adresser une question!
— Une, deux, trois... toutes celles que vous voudrez.
— Ne vous est-il jamais arrivé, ma cousine, de rêver une autre existence?
— Oh! si!
— Et le mari que votre cœur vous présentait était-il tel qu'on voit M. Arthur?
— Ohi non! mon tuteur, votre père, le guide, le conseiller de ma jeunesse, le meilleur, le plus indulgent des hommes, m'en avait fait entrevoir un autre.
— Ah!
— 11 me parlait d'un mari choisi dans le monde où
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j'étais appelée à vivre; il portait on nom honorable... mon oncle m'apprenait à Faitoer, et, vous l'avoueraije, je me sentais tonte disposée à hii obéir !
— Vraiment! dit Louis avec une secrète émotion.
— C'est tout naturel f Il me dépeignait ce mari sous des couleurs si charmantes... il devait être le compagnon, l'ami de toute ma vie... ce n'était pas un roman, c'était la plus gracieuse, la plus aimable des réalités.
— Eh bien?
— Eh bien ! dit Marie d'un petit air dédaigneux, je vous l'ai dit; ce n'était pas un roman et voilà ce qui a tout détruit, l'espoir de votre père et mon rêve. Eh oui ! ce bonheur était trop facile l Que voulez-vous, je vous le demande, qu'on fasse d'un bonheur qui s'offre ainsi de lui-même , comme un fruit mûr à la main qui veut le cueillir! c'est prosaïque, c'est bourgeois, c'est à donner des nausées. Quand on a l'âme un peu bien trempée on quitte les routes bafctues... on se lance hardiment dans les espaces inexplorés où se meut la fantaisie; j'hésitais cependant, mais votre exemple m'a décidée, et maintenant, comme vous, je cours après l'imprévu, le fantasque, ïïmpossible.
— Ainsi, cfit Louis un peu tristement, vous avefc renoncé à ces projets dont mon père vous parlait en Allemagne?
— Complètement.
— Et si vous n'alliez pas être heureuse?
— Cest possible t mai» an moins je n'aurai pas em l'humiliation de subir un de ces bonheurs vulgaire»
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comme les familles ont le mauvais goût d'en préparer à leurs enfants... Voilà qui révolte mon âme, je m'indigne contre cette tyrannie odieuse du bon sens, de la tradition, de l'expérience qui veut tout courber sous son joug; et pour guide à ma vie,comme vous, comme tous les cœurs fiers, je prétends choisir le hasard.
Après cette petite tirade, débitée d'un air superbe, Marie se leva.
— Marie ! s'écria Louis, prenez garde à ce que vous allez faire !
— Ah ! prenez garde aussi, mon cousin! Si vous insistez si fort pour me détourner de ce projet, vous allez me faire croire que vous regrettez presque la résolution que vous avez prise !
— Moi ! quelle idée ! répondit-il en hésitant un peu.
— Alors, pourquoi vous montrer si grandement épouvanté?... Fais-je autre chose que vous imiter?
Et comme Louis ne répondait pas :
— Votre communication est faite, je crois, ajoutât-elle; allez, à présent, et répétez à mon oncle, à M. Arthur, ce qtife je vous ai dit.
Elle tendit sa main à Louis, qui la prit machinalement et la laissa retomber après. Il avait le cœur serré comme dans un étau.
Marie s'éloigna d'un pied léger; mais quand elle fut à la porte, elle se retourna :
— Pauvre cousin ! dit-elle d'un air si charmant et si doux, que si Louis l'avait entendue, il serait tombé à ses genoux.
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Comme elle sortait, Arthur se présenta devant elle, frisé et le lorgnon dans l'œil.
— Eh bien I mademoiselle ? difc-il de son air le plus charmant.
Louis releva le front à demi.
Marie hésita un instant; puis saluant Arthur :
— Mon cousin est là, ditrelle, remerciez-le ; et elle s'échappa.
Louis détourna la tête pour cacher deux larmes qui tombaient de ses yeux.