‹ Les révolutionnaires de la musiqueChapitre 21 sur 42 · Mémoires · texte numérisé non relu

Mémoires

rations d'une troupe d'ivrognes, paraissent n'être qu'une parodie impie du texte et du style sacrés », il déclare que les maîtres qui en ont écrit « pour obéir à l'usage, dit-il, ont fait une abnégation honteuse de leur intelligence et cornmis un impardonnable outrage à l'expression musicale ».

En 1787, Lesueur avait dit :

« Les fugues qui ne peignent rien et qui n'ont pour but que d'étaler la vaine science du compositeur et une difficulté vaincue, doivent être entièrement bannies de nos temples et être comparées au travail, difficile à la vérité, de cet enfileur de pois qui les jetait de loin contre la pointe d'une aiguille. Il a bien su s'attirer une sorte d'admiration de la part d'Alexandre, mais quelle récompense a-t-il reçue de ce monarque judicieux? «Préparez un boisseau de cette graine, dit-il à ses gens, et faites-lui en présent. »

C'est, dans une langue modérée et classique, absolument la même idée que Berlioz devait reproduire plus tard avec toute l'intempérance d'un romantique échevelé.

Contradiction bizarre ! malgré des théories si formelles, en dépit d'expressions aussi absolues, Lesueur, comme Berlioz, s'est laissé aller à écrire des fugues, même dans la musique religieuse. Berlioz assure que celle de son maître sur les

paroles : Quis enarrabit cœlorum gloriam*? est « un chef-d'œuvre de dignité de style, de science harmonique, un chef-d'œuvre aussi d'expression » . Quant à lui, il en a introduit dans son Requiem une qui ne sera jamais, croyons-nous, comptée au nombre des modèles du genre. En revanche, Y Amen de la Damnation de Faust, écrit dans une intention de parodie, soulève toujours les applaudissements du public.

Lesueur mourut le 6 octobre 1837. Les honneurs d'usage furent rendus à sa mémoire. En 1852, la municipalité d'Abbeville résolut de lui élever une statue sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Ce monument, dû au ciseau du statuaire Rochet, fut inauguré au mois d'août par une grande fête musicale. Berlioz était alors lancé dans ses vovages à travers l'Europe ; ce fut un autre élève du maître, jeune encore et déjà célèbre, à qui échut l'honneur de composer la cantate de circonstance. Le souple talent de M. Ambroise Thomas entra si bien dans l'esprit du sujet, qu'on crut reconnaître le style de Lesueur dans le chant triomphal avec fanfares et tambours qui fut chanté au pied de la statue. C'était comme l'esprit du maître qui revivait et reprenait la parole avec la même autorité grandiose.

La cérémonie fut suivie d'un concours de musique populaire, chose alors moins fréquente

qu'aujourd'hui , et d'un banquet avec toast. Elwart, orateur habituel de ces sortes de réunions, termina ainsi son discours :

« Résumons, Messieurs, les titres de Lesueur aux honneurs que la patrie lui rend aujourd'hui :

» Il a fondé en France le style religieux expressif, inconnu avant lui. Il a le premier assigné un rôle important aux chœurs de nos théâtres lyriques ; de plus, il a, de concert avec Cherubini et Méhul, agrandi et émancipé l'instrumentation. »

Cette appréciation est juste et vraie, mais nous croyons que Lesueur est surtout remarquable par l'influence qu'il a exercée dans l'école française, et mettant de côté les musiciens célèbres sur qui cette influence n'a été que passagère, nous dirions volontiers que le meilleur de l'œuvre de Lesueur est Berlioz ,

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