‹ Les révolutionnaires de la musiqueChapitre 7 sur 42 · OUVERTURE · texte numérisé non relu

OUVERTURE

» Prophétie sur la naissance du Rédempteur.

» On se proposera dans le début de l'ouverture, de rappeler plusieurs prophéties sur la naissance du Messie. Pour cela, un trait imposant sera d'abord exécuté par tous les instruments à cordes et les instruments à vent, mêlés aux inflexions sombres des trombons (sic), dont les sons ressemblent beaucoup à ceux des trompettes religieuses des anciens Grands-Prêtres, si l'on en croit plusieurs auteurs. Bientôt trois trombons se détacheront du reste de l'orchestre pour faire entendre une annonce imposante, à laquelle devra succéder une musique dont l'harmonie grave, sombre, pourra inspirer une certaine horreur sacrée. Dans le fond de cette harmonie, on devra distinguer une voix qui, dans le bas de son diapason et sur des sons permanents, prononcera les paroles suivantes d'un ton prophétique : Ecce dies vennint, etc.. Les trois trombons recommenceront leur annonce, après quoi une autre voix prononcera ces autres paroles : Flos de radice, etc.. Enfin les trois trombons devront s'unir aux sons éclatants des trompettes pour faire entendre le début d'une mar-

che noble et imposante qui continuera bientôt dans tous les instruments. »

Nous parlions plus haut de certains fragments de l'œuvre de Berlioz d'où la pensée musicale est entièrement absente, toute la place étant prise par les intentions dramatiques — nous dirions plus voloutiers parfois pseudo-dramatiques. De ce nombre est la troisième partie de l'introduction de la symphonie de Roméo et Juliette. Cette symphonie contient d'ailleurs de magnifiques splendeurs, et dans l'introduction que nous signalons, les pages qui représentent les combats des Montaigus avec les Capulets, sont pleines d'effets puissants ; dessinées d'une main ferme, elles offrent une substance musicale dont se contenteraient certes les plus difficiles. Mais après le tumulte de la bataille intervient un trombone dont l'entrée est signalée par ces mots sur la partition: Fièrement, un peu retenu, et avec le caractère du récitatif. Alors commence une série de phrases décousues, sans lien logique, sans raison musicale, qui amènent, on ne sait trop comment, la conclusion du morceau. Il est vraiment très difficile de suivre l'intention de cet interminable récit. Les initiés nous disent que les accents du trombone sont destinés à traduire la harangue que Shakespeare a mise dans la bouche du prince de Vérone, que la

scène du tragique anglais est ainsi suivie pas à pas et phrase par phrase. Nous avouons n'avoir jamais pu supporter sans bâillement cette page de la partition d'ailleurs si admirable du maître : la faute n'en n'est sans doute pas à Berlioz, mais à nous qui avons toujours négligé d'apporter notre Shakespeare au concert. Mais laissons là la critique : trouvera-t-on que nous forçons l'analogie en assurant que le trombone discoureur de Roméo et Juliette trouve un parrain, sinon un père, dans le trombon de Lesueur? D'un prophète, Berlioz fait un prince, mais le procédé reste identique. Le même instrument est employé à des usages analogues. Ce n'est peut-être pas là ce que l'on doit le plus admirer chez le maître ni chez son imitateur, que ces destinations par trop précises, cette application rigoureuse de la phrase mélodique ; et n'est-il pas vrai de dire qu'un peu plus de musique, avec un peu moins de programme, ferait bien mieux notre affaire?

Continuons à citer:

« Une troisième voix prononcera les paroles suivantes dans le fond de cette marche : Ecce mitto angelum meum, etc. On devra disposer la valeur des notes qui rempliront les mesures de cette marche de manière qu'elles fassent entendre le rythme du vers hexamètre. (I !)

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