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CHAPITRE XV

Infortune et abandon. — La vieillesse.— J.-B. Tailhand. — Un conventionnel rédacteur de requêtes à deux sous le rôle. — Les manuscrits de l'abbé Raynal. — La Cour de Riom. — Scènes de la vie intime. — Le réveil de 1830. — Une agonie de dix ans. — Mort de Camboulas.

On a eu raison de comparer l'adversité à une hydre aux têtes renaissantes. Quand la fatalité s'en mêle, un chagrin fait place à un autre, la fin d'une infortune n'est souvent que le commencement d'une plus grande.

Le gouvernement avait enfin cessé de harceler par de continuelles investigations de sa police l'ancien conventionnel transplanté loin de sa patrie et désormais inoffensif. Camboulas aurait donc pu, oublié ettranquijle, passer auprès des siens, dans un travail modeste, les années qui lui restaient à vivre. Mais la destinée implacable lui réservait la solitude et l'abandon. La petite pension venue de l'Aveyron alanguissait ses échéances et se réduisait de jour en jour. Le dénuement à l'intérieur avait effarouché la constance. La jeune Simonne, que le chagrin étiolait et que réclamaient d'autres soins, avait dit adieu au toit paternel. De même était partie la dernière hirondelle du foyer, Mme Cousin, emmenant à Paris, vers un trépas prématuré, le blond chérubin dont les ris et les jeux eussent déridé le front de l'ancêtre.

Et pendant ce temps venait la vieillesse, cette hôtellerie des infirmités, qui fait de l'homme un édifice vermoulu dans

lequel il pleut de toute part. Camboulas avait 66 ans Son oreille devenue paresseuse percevait difficilement les sons ou du moins la parole. Sa pauvreté dégénérait en misère. Le soleil était pour lui plus pâle, l'atmosphère plus âpre depuis qu'il ne pouvait plus réchauffer son cœur au contact des affections intimes. Toutefois, il restait digne et stoïque, ne proférait aucune plainte, la tête raidie par la volonté, impassible en apparence, savourant pour ainsi dire sa déchéance et son isolement.

C'est le moment de sa vie où Camboulas nous apparaît le plus intéressant, l'heure unique peut-être où il attire à lui la sympathie. L'adversité est, en effet, la vraie pierre de touche avec laquelle on éprouve la force d'âme, et l'âme forte contre le malheur est une âme bien trempée.

Un homme de cœur se présenta qui s'offrit à. lui servir de providence. Cet homme était un avocat près la Cour d'appel de Riom, J.-B. Tailhand, le neveu de Gilbert Romme, de Gilbert Romme l'ardent Montagnard, un moment président de la Convention, auquel la mort plus que la vie avait tracé une tragique auréole.

Romme et Camboulas s'étaient connus au sein delà fameuse Assemblée : l'un immuable sur les hauts gradins de la Montagne parce qu'il restait immuable dans ses principes de sectaire, l'autre fluctuant sur les bancs du Marais, inclinant à droite ou à gauche avec son parti, sous la houle d'une politique indécise et apeurée. Leur maîtresse à tous deux avait été la république, farouche pour l'un, opportuniste pour l'autre, sanglante toujours. Plutôt travailleurs qu'orateurs, ils avaient ensemble plus fréquenté les commissions que la tribune, plus rédigé de rapports que prononcé de discours.

S'étaient-ils aimés? Je l'ignore. Silencieux et moroses,

leur nature avait peu d'expansion. Us s'étaient estimés peut-èfrc; dans tous les cas, ils s'étaient combattus, et leur camp n'était pas le même au lever du soleil de prairial qui allait mûrir l'un d'eux pour la moisson de l'échafaud.

Toujours est-il qu'ils avaient été collègues. Leurs votes de janvier 93 les avait fait complices; c'était assez pour l'âme compatissante, chaleureuse et impressionnable de Tailhand.

J.-B Tailhand était né en pleine fièvre encyclopédique. Il avait été bercé au chant mélodieux du cantique de la liberté et de la rénovation du peuple. Son premier éducateur, Rorarae, avait imprégné son cœur de grandioses illusions et d'utopies généreuses. En compagnie du jeune comte de Strogonof, devenu Paul Otcher pour complaire à son gouverneur démocrate, il s'était mêlé aux scènes de la révolution, avait vu la tribune se passionner pour do grandes idées, les clubs pour de grands orateurs. Il avait apposé son paraphe, à côté de ceux de Lermina, Sponville, Beugnet, Viaud de Belair, sur le registre des Amis de la Loi, et puisé dans le salon de Théroigne de Méricourt les principes de la foi nouvelle, les doctrines sensualistes et sceptiques.

Rapidement mûri parle tintement régulier et incessant de la hache révolutionnaire, il était revenu, portant le deuil des derniers Montagnards, dans la paisible cité de Riom où son enthousiasme juvénile, sa générosité d'âme, son inépuisable obligeance lui avaient conquis la popularité.

Ses concitoyens l'avaient appelé à siéger dans cette Chambre de représentants dont les pouvoirs furent si rapidement brisés, avec le trône impérial, par le désastre de Waterloo.

Législateur intérimaire, produit mort-né du suffrage populaire, il Rivait pris rang au barreau de sa ville natale où

de brillants athlètes se disputaient la célébrité. D'admirables plaidoyers aux débats, palpitants de la Cour Prévôtale lui valurent le surnom d'avocat à la langue d'or.

Quoi qu'il en soit, toujours un peu sceptique sans être frondeur, classé dans l'opposition constitutionnelle sans faire acte de factieux, mis en lumière par les grandes passions aux prises avec de grands intérêts, il avait dans sa sphère une légitime influence et pouvait être un précieux appui.

Camboulas lui fut une trouvaille, quelque chose comme un document inédit pour un écrivain, comme un échantillon inconnu pour un minéralogiste. Il lui offrit secours pécuniaire et secours moral. Le conventionnel accepta l'un et refusa l'autre. Il voulait bien d'un patronage, il ne voulait pas d'une aumône.

Il vint s'installer à Riom, à quelques pas de M. Tailhand, rueWagram, dans un logement de trois pièces, où les copies de procédures, les requêtes d'avoués, les' grossoyages du greffe, recrutés par le protecteur auprès de ses amis du Palais, fournirent au protégé le pain quotidien.

Riom retentissait bien, il est vrai, de cris et de chants peu en harmonie avec les sentiments de son hôte. La compagnie des gardes d'élite à cheval se mêlait à la garde urbaine dans des banquets aux acclamations retentissantes. MM. de Villemonteix, de la Ronzière, Mandet-Desmureteix, Boudet, ceignaient le luth des bardes pour chanter en poëmes, en hymnes, en stances, la gloire

De l'oriflamme, Des lys sans tache et de Louis.

Des fêtes splendides, des réjouissances publiques signalaient bien encore la naissance du duc de Bordeaux, aux

accents enthousiastes des beaux vers de Victor Hugo. Mais il en était de même dans toute la France, et d'ailleurs qu'importait à un reclus assoiffé de solitude et friand de silence, que le bruit eut effarouché.

À cette date se rapportent les discussions et les polémiques soulevées par la publication des manuscrits de l'abbé Raynal, que l'on avait dit à tort avoir été légués par lui à la ville de Saint-Geniez.

En réalité, le philosophe était mort intestat. De plus, il ne laissait, à vrai dire, qu'un seul manuscrit, intitulé : Mémoires sur les quatre régences d'Afrique. Ce travail, sur un sujet encore neuf, devait former un gros volume in-8° dont M. Bertrand, de Marseille, ancien directeur de la Compagnie du Levant, avait fourni les plus importants matériaux commerciaux et historiques. Le futur sénateur Garât et l'abbé Morellet, de l'Institut, en avaient revu la partie littéraire. Cet ouvrage arriva aux mains des héritiers naturels de Raynal, ainsi qu'il appert d'une note publiée en leur nom dans le Moniteur du 5 vendémiaire an V.

Quant à l' Histoire philosophique, il n'en existait à proprement parler aucun manuscrit. Celui de la nouvelle édition que projetait le philosophe n'était autre chose que les quatre volumes in-4° de l'édition de Genève auxquels il avait fait quelques retranchements et quelques additions sur des feuilles rapportées, additions d'ailleurs peu nombreuses et peu étendues. Camboulas y avait réuni un mémoire assez volumineux auquel avaient concouru MM. de Moracin et Louis Monneron, qui devait être substitué à un article sur l'Inde que Morellet trouvait défectueux. La refonte totale de l'ouvrage était loin d'être achevée, comme on le voit, lors du décès de Raynal.

Les neveux du célèbre écrivain étaient nombreux et n'é-

taicnt nullement fixés sur les décisions à prendre en ce qui concernait leur héritage littéraire. Deux des volumes de YHisfo/re philosophique furent déposés chez M. Stoupe ; M. Garât resta nanti des deux autres.

Un M. Rnynal, ancien bénédictin, fut dépositaire des Mémoires sur l'Afrique. Cet important document suscita, quelques années plus tard, les convoitises de MM. Didot, qui entamèrent avec la famille des négociations pour l'avoir à leur disposition. Jaloux de le conserver et craignant pour la réputation de son oncle une affaire de librairie, Camboulas, à l'époque de sa prospérité, en offrit 10,000 francs; il fut refusé.

A la mort de M. Stoupe, la plupart des héritiers du philosophe, pénétrés d'un respect vraiment religieux pour sa mémoire, donnèrent les 4 volumes amendés et le volume inédit sur le commerce dans l'Afrique Septentrionale à l'hôtel de ville de Saint Gêniez. Seulement les uns — et de ce nombre était Camboulas — avaient émis le vœu que le tout fut conservé par la ville à titre de simple dépôt et fut ainsi soustrait à l'avidité typographique. D'autres au contraire s'étaient montrés désireux de voir le défunt faire du bien à ses concitoyens, même après sa mort, en contribuant, par la vente de ses œuvres, à une fondation charitable.

La municipalité se crut sans doute suffisamment autorisée par l'adhésion de quelques-uns et adopta cette dernière manière de voir. Le 1er juin 1818, elle fit cession à M. Peuchet de l'ensemble des ouvrages, moyennant une somme de 16,000 francs, qui fut affectée à l'hôpital et à l'école primaire de Saint-Geniez.

L'édition ne parut à Paris qu'en 1820-1826, en 12 volumes in-8°, avec une notice biographique de l'auteur, due à la

plume de M. Jay, un des rédacteurs de la Minerve, membre de l'Académie française.

Ce fut à l'apparition de cette édition qui portait sur son titre « corrigée et augmentée d'après le texte autographe » bien que les modifications y soient à peu près nulles, que la Gazette de France souleva, sous ses divers aspects, la question des manuscrits de l'abbé Raynal.

M. Tailhand crut l'occasion favorable pour tirer parti de la situation au profit de son protégé. Mais Camboulas, que d'autres sollicitudes captivaient et qui par dessus tout voulait éviter le tapage autour de son nom, lui adressa une longue épitre qui se terminait par ces mots :

« Faites de ma lettre ce que vous voudrez. Mais, au nom de Dieu, point de procès, point de querelles littéraires. Je tiens fortement à mon obscurité, à ma nullité. Conservezmoi vos soins auprès des avoués ; je suis glorieux de vous devoir cette existence, j'en serai toujours reconnaissant. Les vrais amis de la liberté, ceux qui s'intéressent aux opprimés, partagent ce sentiment avec moi. »

À un autre protecteur, M. Huguet qui, par esprit d'émulation, songeait à lui obtenir du pouvoir une situation moins précaire, il répondait encore avec une sorte d'orgueilleuse humilité et d'obstination farouche :

« Vous m'avez insinué qu'on s'occupait de moi. Vous n'avez pas oublié mes observations, qui sont une conséquence de principes fixes et inébranlables : ils datent de 89....

» Je suis resté à la brèche tant qu'il y a eu des dangers ; je me suis effacé lorsqu'il s'est agi de partager les dépouilles sous la République, le Consulat et l'Empire.

» Si on veut me servir à mon goût, qu'on sollicite pour moi une petite perception ou la retraite d'un sous-ofticier de la ligne. C'est tout ce que je puis accepter. »

Et après avoir minutieusement exposé ses titres de gloire, le vétéran ajoute :

« Je ne désavoue aucun de mes actes politiques, pas même mes votes ... 16 ans de proscription ne m'ont point abattu ni donné le plus léger regret sur le passé. J'ai toujours été le plus fort dans ma lutte contre les hommes, les choses et les privations.... »

Les seuls échos de la vie provinciale que Camboulas laissait pénétrer jusqu'à lui étaient les échos du Palais, de cette Cour de Riom qui, durant toute la Restauration, brilla d'un si vif éclat. Les de Chantelauze, les de Bonnechose, les Grenier, les de Bastard y faisaient entendre leur grande voix.

Dans le prétoire de sa Cour d'assises défilaient les procès les plus retentissants, affluant de tous les côtés de la France. C'était la maréchale Brune venant, par l'organe de M0 Dupin, demander vengeance de l'assassinat de son mari, et acquittant sur sa fortune personnelle les frais de cet acte de justice. C'étaient les affaires de Truphény et de Servant ; l'affaire des complices de Trestaillon et de Pocheville ; le procès du Midi ; l'affaire de la conspiration de l'Est, comme bientôt celle des troubles de Lyon.

Le ministère était heureux, ainsi que l'ont été les régimes successifs et que le sera tout gouvernement sage et prévoyant, de pouvoir disposer, au cœur même du pays, d'un sanctuaire juridique au pied duquel ne vienne pas se heurter le flot populaire, et où, dans une sécurité complète, sans craindre le viol de l'opinion, avec l'appareil calme, et majestueux qui convient à dame Thémis, pussent se dérouler les drames de la vindicte sociale aux péripéties trop souvent engluées de politique.

Durant les heures inoccupées par son labeur de manœu-

vre, Camboulas se promenait, recherchant de préférence les lieux le moins fréquentés des promenades publiques. Quand les enfants apercevaient ce vieillard de taille élevée, à la figure grave et sévère commandant le respect, toujours vêtu d'une ample redingote et coiffé d'une casquette de loutre, ils s'arrêtaient un moment, cessaient leurs jeux, puis, le montrant du doigt, se répétaient à voix basse : C'est lui qui a tué le roi.

Tailhand, plus entraîné au début par un sentiment de curieuse bienveillance, éprouvait maintenant un réel intérêt pour l'ancien conventionnel. Il ressentait une véritable admiration pour la simplicité stoïque avec laquelle Camboulas acceptait l'humilité de sa condition, le poids de ses infirmités et les piqûres incessantes de la pauvreté. Il se sentait empoigné, lui, homme d'imagination, par cette variabilité du destin enserrant aujourd'hui dans une pièce sans meubles, sans ornements, sans feu, le membre d'une Assemblée qui avait fait trembler l'Europe , le rapporteur des relations commerciales avec le monde entier, grossoyant une requête de la même main qui avait tracé le décret de guerre dans les colonies. La réserve, la froideur, la dignité dans l'infortune ennoblissaient à ses yeux la déchéance du vaincu.

Il l'invita un jour à dîner. Après un moment d'hésitation : « J'accepte, dit Camboulas, mais je ne mangerai que des pommes de terre. — Pourquoi cela? — Parce que je veux vous rendre votre dîner et que je ne peux pas vous offrir autre chose. »

Dans ces rencontres plus intimes, Tailhand faisait tous les fiais. Ses souvenirs le ramenaient fréquemment à l'époque de sa vie, où il assistait en néophyte au drame de la Révolution. Pareil au vieux Nestor, il se plaisait à redire

sa Guerre de Troie. Il avait vu Mirabeau à la tribune, Camille Desmoulins sur sa chaise du Palais-Royal, Robespierre chez le menuisier Duplex. C'était l'ancien spectateur qui parlait et l'ancien acteur qui écoutait.

Puis philosophant soudain, l'hôte racontait à son interlocuteur les rêves de sa jeunesse. A la première éclosion -de la Révolution, une belle et séduisante vision lui était apparue, la Liberté ! Il avait entrevu le plus riche trésor que la terre puisse offrir au cœur de l'homme, la Fraternité ! Il avait cru découvrir une humanité égalitaire et idéale, une chose divine, profonde comme la mer, ardente comme la flamme, pure comme l'air, glorieuse comme le ciel, infinie comme l'espace, immortelle comme l'éternité. C'était un magique univers dont chaque citoyen serait le roi. Il avait, avec un ardent et saint amour, tenté la conquête de ce monde nouveau, mais, moins heureux que Colomb, il avait trouvé le naufrage au lieu du triomphe. Camboulas restait pensif, car lui aussi, lui surtout n'avait atteint dans le même rêve qu'une réalité décevante.

Un jour cependant son impassibilité se détendit, son œil morne s'illumina, il sembla sortir d'un long assoupissement. C'était en juillet 1830. Il venait de percevoir une éclatante fanfare jouant la Marseillaise, ce chant d'amour qui jadis fit battre son cœur. Devant lui défilait le drapeau tricolore dans les plis duquel était enroulé son passé. Il l'avait salué, en inclinant sa tête blanche, comme on salue l'ami vénéré que l'on craignait de ne plus revoir. Un groupe de patriotes l'installa même malgré lui à la présidence d'un banquet populaire où l'étrange et subite révolution qui venait de se produire enflait ses voiles aux refrains de Béranger.

Tailhand, dont l'âge, loin de les amortir, n'avait fait que

surexciter les enthousiasmes, s'était arraché brusquement aux méditations du cabinet pour se mêler aux délires de la place publique. Il s'était associé avec conviction au statut politique, résultat d'un instinct national plutôt que d'une volonté refléchie. Le pouvoir nouveau l'en récompensa bien vite en le nommant, dès le 14 août, procureur général près la Cour de Riom.

Désormais son patronage envers Camboulas devenait encore plus efficace. Dans ce poste de chef du parquet, comme dans celui de président de chambre qu'il occupa quatre ans plus tard, il fut pour le proscrit la branche tutélaire à laquelle le naufragé se raccroche pour le salut.

La léthargie avait d'ailleurs repris possession de cette âme passagèrement électrisée, qui s'acheminait sans cesse vers l'effacement. Une fois encore le solitaire se mêla à la foule, aux obsèques du lieutenant-général Antoine Chapsal; — puis il rentrapour jamais dans sa prostration silencieuse. Les souffrances physiques et les douleurs morales lui firent seules cortège durant une lente agonie qui se prolongea six aunées sans lui arracher une plainte, sans ébranler sa fermeté, sans abattre son courage.

Le 19 janvier 1840, à 7 heures du soir, Camboulas, d'une main affaiblie et tremblante, écrivait une requête. Tout à coup ses doigts se crispèrent, ses yeux s'éteignirent, sa tête s'affaissa sur la table. Il était mort, mort tout seul, loin de son pays, loin des siens, obscur, ignoré, délaissé, sans avoir recueilli d'un enfant, d'un parent, d'un ami, d'un indifférent même l'aumône d'un regard, d'une larme ou d'une prière. Il était âgé de 80 ans.

Le lendemain seulement, une femme de charge constata son décès que le journal des Débats se chargea d'apprendre à la France par un entrefilet de 6 lignes.

M. Tailhand et ceux qui lui avaient été secourables durant ses dernières années couvrirent les frais de ses funérailles. Ils firent même à l'ancien conventionnel l'honneur d'un mausolée autour duquel croissent en liberté les ronces et les épines, symboles des amertumes qui couronnèrent son existence.

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