REDIGEE PAR CAMBOULA.S ET ENVOYEE PAR LUI A M. TAILHAND
M. Raynal n'est pas originaire de S* Gêniez, il est né à Lapanouze village situé dans le département de l'Aveyron où sa famille possédait un bien considérable. Elle est éteinte, une seule fille survécut au chef de cette maison.
Il était doué d'une imagination ardente; ses idées s'exaltaient aisément. Laborieux et constant, aucune considération, aucun obstacle, aucune puissance n'ont pu l'arrêter dans sa marche, n'ont pu le détourner du but qu'il s'était proposé, n'ont pu le faire transiger avec la vérité, avec ses principes. Il a été ami sincère et constant. Seul, de tous les hommes de lettres qui se réunissaient chez le baron d'Holbach, il fut fidelle au célèbre et malheureux Jean-Jacques.
Entré fort jeune chez les Jésuites, M. Raynal fut successivement professeur d'éloquence à Clermont et à Toulouse. Ses talens pour la chaire l'avaient placé au rang des prédicateurs distingués de 'a Société : un organe désagréable ne favorisait pas son débit.
Son éducation finie, comme il le disait lui-même, il sortit de chés eux à l'âge où il fallait se lier à la Société par le troisième vœu : il se retira auprès de son frère, nég1 à Saint-Geniez.
Chargé bientôl après de l'éducation des enfants de M. Lamie de Lagarde. il fit dans cette maison la connaissance de M l'abé d'Aoul conseiller au Parlement de Paris qui, discernant son mérite, chercha à le fixer auprès de lui.
Son séjour chés ce nouveau patron ne fut pas long. Il se trouva circonscrit dans une sphère trop bornée ; ses principes, ses idées ne purent se plier à ses nouvelles occupations. M d'Aoul était conseiller rapporteur de toutes les affaires de la Cour.
La retraite, l'infidélité d'un procureur fondé qu'il avait chargé de retirer sa légitime le mirent dans l'embarras, lui firent connaître la gène ; il fut pendant quelques années dénué de toute ressource. Il vendit alors ses sermons, il en composa de nouveaux. Des moines, des
eclésiastiques qui, après leurs études, rentraient dans leurs provinces achetaient ces pièces d'éloquence ; ils lui en commandaient quelques fois.
Le court séjour qu'il avait fait chés le conseiller rapporteur lui fut avantageux à cette époque. Ses succès ne furent pas les mêmes au Parlement : on s'informa, on apprit qu'il avait changé de secrétaire. M. le duc de Choiseul attacha M. Raynal au département des affaires étrangères. Madame de Pompadour avait recours à sa plume pour la partie de sa correspondance qui devait être soignée et pour la rédaction de ses mémoires lorsqu'elle voulait faire réussir une affaire auprès de son royal amant.
Il obtint une pencion sur le Mercure de France; il en fut le principal rédacteur. Il fut envoyé successivement par M. le duc de Choiseul à Vienne, à Londres et à Amsterdam avec des missions secrètes sans caractère public.
Sa carrière littéraire date de cette époque. Il s'était attaché à l'étude de l'histoire. Des Mémoires, YHisloire du Parlement d'Angleterre, celle du Staloudérat parurent : le premier de ces ouvrages eut du succès, les deux autres en eurent peu; ils sont oubliés ainsi que YEcole Militaire : ce dernier ouvrage avait été composé à la sollicitation de M. le duc de Choiseul pour l'éducation de la jeune noblesse qu'il avait réunie dans l'établissement qu'il avait formé à Paris.
Il a fourni aux éditeurs de YEnciclopcdie plusieurs articles très estimés.
Il conçut dans ces missions diplomatiques le projet, qu'il a si glorieusement exécuté, de son Histoire Philosophique. Il rechercha en Angleterre et en Hollande le haut commerce; il puisa dans les comptoirs des différentes compagnies des Indes, d'Amérique et d'Affrique tous les documents nécessaires à son exécution. Mrs les comtes d'Aranda en Espagne, de Schimelmann et de Berenstorf en Danemarc tous ministres, lord Mansfield en Angleterre, Mrs de Goyenneche à Cadix, Wandeniveu à Amsterdam, le chevalier Rivié son parent officier général du génie, Stanislas Foache négt au Havre, Grandclos Meslé, Harincton à S1 Ma'o, le savant et le philantrope Dutasta à Bordaux, le célèbre général Bussi commandant dans l'Inde, de Moracin, Gourlade, les quatre frères Monneron tous établis dans les comptoirs français dans l'Inde, Chevrau intendant à l'ile de France, Malouet aussi intendant à S1 Domingue et à Cayenne lui fournirent les matériaux statistiques, historiques et politiques; les familles Dupleix et Labourdonnai lui communiquèrent des mémoires précieux.
M" Diderot, Puecbmeja l'ont aidé dans la partie du discours.
Cet ouvrage a eu deux éditions. M. Raynal en préparait une troisième ; il suspendit son travail et ses recherches en 1792.
Une dame Sénéchal de Kerkado l'éloigna alors de ses parens et de ses amis. Elle le rendit aux uns et aux autres quand sa fortune qui était considérable, eut disparu. Il se retira chés son ami Corlange à Chaillot, où il est mort dans l'hyver de Tan quatre.
Sa fin a été aussi douce, aussi paisible que sa vie. De retour de sa promenade, il se plaignit d'une courbature ; il se couche sans éprouver de souffrance, sans manifester le moindre signe de maladie. Le journal du soir arrive, Corlange le lit, M. Raynal fait plusieurs réflexions pendant la lecture qui continue : terminée, il n'est plus. Il était âgé de 82 ans.
La Haute Police
Extrait de quelques-unes des pièces manuscrites conservées aux Archives nationales, F. 6711, concernant la surveillance exercée par la police à rencontre de l'ex-conventionnel Camboulas.
Montpellier, 5 février 1816.
A Son Excellence, Monseigneur le Ministre,
Secrétaire d'Etat de la police générale.
Monseigneur,
Je m'empresse de transmettre à Votre Excellence les renseignements que M. d'Estournel, préfet de l'Aveyron, m'a demandés sur le compte du sieur Camboulas, régicide, qu'il m'a invité à adresser directement à Votre Excellence pour éviter les retards. — Le sieur Camboulas se rendit à Montpellier au commencement de l'année 1815 pour solliciter le jugement d'un procès, son unique et dernière ressource. Il resta à Montpellier jusqu'au 15 avril, jour auquel il lui fut délivré à la mairie un passeport pour Paris où il se rendait, disait-il, pour se procurer un emploi qu'il espérait pouvoir obtenir à cette époque. — Pendant son séjour à Montpellier, il a manifesté des sentiments conformes aux principes qu'il avait professés à la Convention. Il réunissait chez lui les individus les plus marquants pour leur opposition au gouvernement légitime, et surtout les chefs du parti républicain, notamment le sieur Cambon, conventionnel et régicide comme lui. Il fut le premier à arborer dans la ville le drapeau tricolore, avant même que M. Aubernon, alors préfet, et les généraux Ambert et Aymart eussent fait proclamer les décrets de l'Usurpateur.
Je- ne puis faire connaître à Votre Excellence si le sieur C.unboulas avait obtenu un emploi, ou s'il a accepté l'acte additionnel à Paris où il était alors. Cet individu n'est pas revenu à Montpellier ; mais je transcris son signalement à la police, afin que s'il reparaît dans cette ville, on puisse s'assurer de sa personne, et que l'autorité supérieure puisse faire exécuter à son égard, s'il y a lieu, la loi de l'amnistie.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Votre Excellence, Monseigneur, le très humble et très obéissant serviteur.
Le Maire de Montpellier,
La Marquis Dax h'Axat-
Clermont-Ferrand, le 16 novembre 1816.
A Son Excellence, Monseigneur le Ministre de la Police.
Monseigneur,
J'ai été instruit par un rapport de police qu'un inconnu demeurait avec une femme au château de Bien-Assis, situé aux portes de Clermont. Les démarches secrètes faites à ce sujet m'ont donné connaisnaissance que ce particulier se nommait Qamboulas et qu'il était originaire de la commune de Saint-Geniez, département de l'Aveyron. Bien que le sieur Camboulas n'ait donné lieu à aucun sujet de mécontentement, comme il vit d'une manière très retirée, et que d'ailleurs il n'avait aucun motif connu pour quitter son domicile, habiter l'Auvergne et principalement un lieu qui plusieurs fois m'avait été signalé comme suspect, j'ai cru devoir demander à mon collègue de l'Aveyron des renseignements propres à me faire connaître les sentiments de ce particulier, tant sous le rapport de la moralité que sous celui de ses opinions politiques, afin d'être à même de faire surveiller de plus près sa conduite, si cela était nécessaire.
M. le Préfet de l'Aveyron m'informe que cet individu est un ancien conventionnel régicide, et il me transmet, pour mieux me le faire connaître, la note qu'il a eu l'honneur d'adresser à Votre Excellence le 27 janvier dernier. — Sans doute, M. le Préfet de l'Hérault vous aura donné des informations à son sujet. — En conséquence, je prie Votre Excellence de vouloir bien me dicter la marche que je dois suivre, c'est-à-dire de me faire savoir s'il doit être soumis à la loi d'amnistie ou s'il se trouve dans l'un des cas d'exception portés par l'article 7, et quelles dispositions doivent être suivies dans l'une ou l'autre supposition.
Je suis, avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.
Le Préfet du Puy-de-Dôme,
Harmand
Rodez, le 26 janvier 1817.
A Son Excellence, le Ministre de l'Intérieur, Pair de France.
Monseigneur,
Dans le compte relatif aux conventionnels de mon département que j'ai eu l'honneur de rendre à Votre Excellence, le janvier courant dernier, j'ai dit que le sieur Camboulas, de Saint-Geniez, habitait le département du Puy-de-Dôme.
Ayant appris que cet individu était de retour dans le département de rAveyron, j'ai pris à ce sujet de nouvelles informations desquelles il résulte que le sieur Camboulas, après avoir alternativement erré dans le Puy-de-Dôme et dans l'Aveyron, est aujourd'hui à Esteing, commune de ce dernier département. Il n'a ni fortune, ni considération, ni influence.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence la lettre que j'ai reçue à son sujet du Sous-Préfet d'Espalion auquel j'avais demandé des renseignements.
Je s lis, avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.
Le Préfet de l'Aveyron,
Baron Murac.
17 juin 1817.