‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 12 sur 97 · ÜU MIDI DE L’EUROPE · texte numérisé non relu

ÜU MIDI DE L’EUROPE

11 traverse le ciel et l’enfer; et pourtant quoi de plus florentin? Où trouverez-vous un horizon plus vaste que dans les Lusiades de Camoens? vous flottez sur des mers inconnues, et cependant quoi de plus portugais? Vous retrouvez la Lisbonne chérie aux extrémités de la terre.

C’est là l’image de ce que nous avons à faire ; d’une part, embrasser l’humanité sans pourtant nous perdre dans une vide abstraction; de l’autre, nous rattacher de plus en plus à ce pays de France, pour y puiser, y renouveler sans cesse en nous le sentiment de la vie réelle, c’est-à-dire accroître, augmenter l’une par l’autre ces deux patries, la grande et la petite.

Pour cela, il ne suflit pas de nous renfermer dans la contemplation de notre glorieux passé, de regarder avec envie ou avec un regret stérile les modèles du siècle de Louis XIV. Xon, il faut les regarder avec émulation et croire fermement deux choses : l’une, que celte langue que vous parlez n’â pas produit toutes ses œuvres (sans (|uoi elle serait morte); l’autre, que celte terre que vous foulez n’a pas produit tous ses miracles. En d’autres termes, il faut, dans les arts, dans les lettres, en toutes choses, travailler à penser, comme si tout était à faire et que rien ne nous fût acquis ni assuré dans l’héritage de nos pères; car plus s’accroîtra en vérité, en justice, en beauté l’idéal de la France, plus aussi s’accroîtront sa fortune et ses destinées dans le monde réel.

Les peuples étrangers la regardent aujourd’hui avec étonnement, de la même manière qu’elle-même regardait le Nord il y a trois siècles, au milieu des fluctuations, des incertitudes, des orages de la Réforme. Ils ne savent quel ferment, quelle lièvre la lourmeute; ils passent tour à tour de l’admiration à la haine, de l’amour à la terreur, sans pouvoir se détacher de ce spectacle. Ils ne savent on elle

UKNAISSANCK SOCIALK PAR I/AMOlJIL

va, si c osl au triomphe ou à l’abîme; et, dans ces alternatives, il est plus (l'un génie rival qui espère qu’au milieu (le ces secousses, elle laissera tomber de son front la couronne de rintelligenee. Dans leurs âpres imaginations, je les ai souvent enlemJus dire que la France, liée à sa révolution, ressemble à Mazeppa emporté loin de toul(‘s les routes frayées par le cheval que sa main ne peut régir. Plus d’un vautour le suit el convoite d’avance sa dépouille.... Cela est vrai peut-être; seulement il fallait ajouter qu’au moment où tout semble perdu, c’est alors qu’il se relève au bruit des acclamations de ceux qui l’ont fait roi.

CHAPITHE VI.

IIE1NAISS.\NCE SOCIALE P.MÎ l’.AMOÜIî.

Genèse (lu momie moderno. I.a Provence. Mission (tes troubadours; nirdintcurs entre les classes. Union de In châtelaine et du scrl’; niaria<'e iih'al de la noblesse et du peuple; commencement de la société laïque. Inlluencp, de la l'emme sur la l'ormation des lan;(ues vul;;aires. Rap|>orts de la ProTcncc et de l'Italie. Principe de la société et de la famille au moyen âge.

Les langues antiques s’étaient usées par l’abus même que l’homme avait fait de la parole; il faut qu’elles s’oublient et se perdent pour se rajeunir. A ce point de vue, les premiers siècles sont véritablement muets; silence f(> cond où les mots se réparent et se régénèrent dans les larmes et la sueur du moyen âge. Four que les langues modernes fussent nées de la corruption du latin, il faudrait que la plante pût sortir de la corruption du germe.

Les esclaves, les ouvriers, le petit peuple, les paysans des provinces avaient leur idiome distinct de celui des patriciens; en s’(!mancipant, ils émancipent leurs dia-

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