RENAISSANCE SOCIAEE PAR 1,’AMOUR
|)riili(|ue CO qu’elle cliniile dans ses vers, Les troubadours vivaienl d’une vie. conlbnne à leurs paroles; quelquefois ils mouraient de leurs extases. L’Italie apprend la première, avec éclat, aux modernes ce secret déjà entrevu, qu’il y a deux mondes, la poésie et la vérité, et qu’ils n’ont rien de commun entre eux ; qu’il esl possible d’écrire des poèmes sans en faire rien entrer dans ses actions; que la parole inspirée ne lie plus, n’oblige plus celui (jui la prononce; qu’il n’est tenu d’y rien sacrilier; qu’en nu mot, l'ùme peut marcher dans un sens et le corps dans un autre; immense divorce que l’antiquité grecque ne connaissait pas, qui est le fond de la barbarie du moyen âge, et d’où nous commençons à p(‘ine à sorti i’.
I..e prêtre avait commencé par dire que le cbristianis'me catholique est trop divin pour se mêler sur la terre aux relations et aux affaires humaines; le poêle en ce moment ajoute la même chose de la poésie et des arts; le ciel s’éloigne de plus en plus de la terre.
De cette conception barbare de la vie, sortait l’idée que le moyen âge tout entier se faisait de la famille et du mariage. Le fond des sentiments chevaleresques, c’est que l’amour est impossible dans une nnion légitime. Tout étant divisé, il arrivait que la femme faisait aussi d( ux parts d’elle-même. Le mari possédait le corps; le chevalier, le poète, l’ami possédait l’âme; partage avoué, public, général, qui éteignait la jalousie même dans des coeurs effrénés, tant ils étaietit persuadés que le corps et l’âme s’excluaient mutuellement, que quiconque possédait l’im devait renoncer à l’autre; que le ciel ne pouvait descendre sur la terre, la sainteté dans la famille, la justice dans les lois, l’Èvangile dans les mœurs, l’amour dans le mariage; que la beauté morale ne pouvait entrer légilimemeut, et sans adultère, dans le monde la'ûpie.
ItKNAlSSANCR SOCIALK PAU L’AMOUIl.
i)e la famille ce divorce s’élend à la société politique; et dans aucun pays la dislance de la poésie et de la vérité ne paraît plus grande qu’en Italie. Les précurseurs de Dante viennent de célébrer en commun un idéal d’amour; vous croiriez que cet entbonsiasine pour la beauté servira (le lien social, et qu’il pénétrera dans les faits quelque chose de cette harmonie des esprits. Tout au contraire, cet hymne universel à l’amour est le préambule de la guerre éternelle du moyen âge : pendant des siècles, les Italiens enfouiront la charité, rharnionie, dans le marbre des statues, dans les fresques des peintures; ils mettront la haine, la discorde, le chaos dans leur vie et leur histoire. (]e premier divorce de l’idéal et du réel allant toujouTS croissant, je pressens que la beauté céleste portée au comble dans les imaginations au temps d'Arioste et tic Kapliaël, pourra se rencontrer avec la laideur infernale des institutions et des choses, au temps des Borgia.
(!lhcz les Grecs, l’art ‘ était surtout éducation politique et privée; ils voulaient réaliser, dans leur histoire, les vers d’Homère, et la beauté de leurs statues ; chez les modernes, et en particulier chez les Italiens, c’est une affaire convenue dès le commencement que la beauté idéale est un monde à part, (jui n’engage personne à une imitation morale, et ne doit |)rétendre à aucune influence ici-bas. Dans les chroniques, l’origine de la plupart des guerres sociales est résumée comme une dispute de deux amants; en soi le, que l’amour qui, dans l’art, est le principe de l’harmonie, devient la source de la discorde dans l(( monde social.
' J’ai insiste sur ce sujet dans le Génie des religions.