‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 28 sur 97 · BOCCACE · texte numérisé non relu

BOCCACE

dont il a été le premier atteint, qu’il a propagé plus que personne, auquel je ne sais point de remède, l’indilTérence de Tàme.

Après les rudes passions du moyen âge, quand je vois cet homme n’avoir plus aucun des amours, aucune des haines ni des douleurs poignantes qui marquaient les pulsations de la vie dans le passé, je commence à m’inquiéter sérieuseirientdu sortde l’Italie. Vainement je cherche dans cet ancêtre des indilîérents l’ironie politique, la moquerie sublime qu’Aristophane puisait dans l’amour d’Athènes. Cette corde vient de se briser dans la poésie florentine. Boccace est le premier Italien qui se soit résigné au sort de l’Italie; bien plus, il s’en console, il s’en distrait dans l’épicurisme.

Aucun homme n’a vendu si cher son génie; après le Décaméron, je suis obligé de descendre jusqu’à Machiavel pour retrouver une parole virile; le citoyen de Florence ne paraît plus dans l'artiste. 11 berce une société déjà malade, en péril de mort, quand il faudrait faire saigner les plaie.s et arracher un cri de douleur. C’est lui qui montre le premier cette incapacité de soufl’rir moralement, qui deviendra de plus en plus le trait de Tltalie et la cause permanente de son esclavage, l’endant qu’elle reste suspendue à ses récits, et qu’elle boit dans la coupe enchantée l’oubli et le plaisir, l'une après l’autre les villes libres se vendent, sans éclat, aux seigneurs; de rares émeutvs, aisément réprimées, scellent la servitude; l’àme desancieunes factions disparaît; il reste la guerre civile sans le principe et sans la foi. Dans la vie insouciante de ces jeunes gens rassemblés sous les ombrages du Décaméron, au milieu des haleines de la peste, je vois l’idéal tracé d’avancti de la société du seizième siècle où achèvent de se flétrir le.s amours et les haines du moyen âge.

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