‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 30 sur 97 · I.A nol'RGEOISIE · texte numérisé non relu

I.A nol'RGEOISIE

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avait point là de manoirs inexpngnahles pour en répéler les échos. Cette poésie de la chevalerie dans son naïf orgueil, ne pouvait se passer de tout ce qui l’inspirait; pour croire à son merveilleux, il fallait voir de ses yeux une terre couverte de châteaux forts, d’hommes d’armes, de barons et de serfs.

Où tout cela manquait, l’exagération devait seule frapper les esprits. Figurez-vous les types orgueilleux de la chevalerie du Nord, tout à coup livrés sans défense à la causticité, aux rancunes, au scepticisme des républiques du Midi. Ne voyez-vous pas se former une ligue ironique contre ces fantômes jiompeux, surpris au grand jour, loin de leurs manoirs? Et si de plus, ces croyances, ces traditions sont celles des vainqueurs, c’est presque faire une œuvre nationale que de les découronner. Vaincue et garrottée, l’Italie se venge en se moquant tout ensemble d’elle-même et de ses maîtres.

Au milieu de la cour naissante des Médicis, qui, sous sa splendeur littéraire, ne pouvait déguiser son origine bourgeoise, Louis Pulci reçoit du chef de l’Etat et de sa mère, Mona liUcrezia, la mission, en quelque sorte officielle, de dégrader par la raillerie les traditions hautaines de la féodalité. Dans son poëme de Morgante, il accomplit celte mission avec une conscience, une audace, une profondeur de malice qui respirent les vieilles rancunes des Guelfes. C’est lui qui le premier, au nom des popolani {irassi, fait main basse sur la couronne mystique de Charlemagne, et (pii le traîne par sa barbe chenue, et le jette en proie à la risée des marchands de Florence. Mor- (jante, l’ami de lloland, est un géant, aïeul de Gargantua. La verve monacale de Hahelais, relevée par les délicatesses de la bourgeoisie italienne, par les conseils d’Ange Folitien, éclate déjà dans le rire de la Toscane. Que reste-t-il

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des pieux récits de nos trouvères, de ce grand jour de Roncevaux, de ces anges qui planent sur les batailles, de cette union jusqu'à la mort entre le i)rctre et le héros? Le géant Morgante sert de niât aux vaisseaux; son fidèle compagnon meurt du rire fou des dieux ; le cheval Bayard franchit d’un saut le détroit de Gibraltar et retombe de l’autre côté, léger comme un chat, dit le poète.

S’il ne s’adressait qu’à la chevalerie, s’il se contentait d’exciter, par le rire, une sorte d’émeute ardente contre les châteaux enchantés d’Arthur et de ses preux, il ne représenterait encore que la réaction du génie bourgeois contre la-légende héroïque du moyen âge; mais Fulci raille avec impunité tout le ciel catholique. Dans ses prologues, qu’Arioste changera plus tard en gracieux portiques de la Renaissance, commence, sur le ton le plus religieux, une paraphrase de saint Jean, ou des psaumes delà pénitence, ou des litanies de la Vierge. Au ton pieux de ces vers qui se meuvent avec la solennité du plain-chant, vous croyez entrer dans une cathédrale tiède encore de l’encens des croyants. A peine le seuil est-il franchi, vous êtes au milieu de masques burlesques; des éclats de rire se font entendre jusque sur l’autel et dans le Saint des saints. Les anges du paradis comparaissent et sont raillés à leur tour.

Autant de dogmes, autant de bouffonneries, l/enfer même se déride. Les cercles de Dante se peuplent de démons gracieux, indulgents, espiègles, qui, chemin faisant, chevauchant en croupe derrière les chevaliers, exposent leur philosophie et leur théologie barbouillée de fumée infernale. Voulez-vous retrouver le premier type de Méphistophélès? il est dans Astaroth de l’ulci, sorte de Candide au pied fourchu. « Car nous aussi, dit-il, nous « avons de l’esprit en enfer, et l’on y fait des quatrains. » IV. 10

LA UOUUGKüISlIv

Il y a même des démons qui rient pendant l’éternité; ils conduisent, en abrégeant le chemin par de profonds discours, les chevaliers chrétiens à Roncevaux, où ils savent que doit périr la fleur du christianisme. Ces démons de la Renaissance ne connaissent pas, il est vrai, l’endurcissement systématique du Méphistophélès du dix-huitième siècle; s’ils ne vont pas jusqu’au repentir, du moins ils s’attendrissent aux pieuses interrogations de leurs compagnons; ils sont touchés de leur candeur héroïque. Lorsque le regret de la félicité perdue, l’émotion, la mélancolie les gagnent, ils disent, en cperounant leur monture et en essuyant une larme : Chevaliers, changeons de conversation.

Où sommes-nous? dans le moyen âge, ou dans le dixhuitième siècle? Ki dans l'un ni dans l’autre; car le caractère de Pulci est d’avoir concilié les deux extrêmes. Sous son rire se montre un reste de foi; comme dans sa croyance, une ironie près d’éclore. Ce bourgeois qui commence .à railler le pas.sé chevaleresque et catholique se laisse peu à peu saisir et émouvoir par son propre récit. 11 n’est pas bien sûr que ces démons qu’il vient de déchaîner n’aient aucune réalité; après avoir débuté par se moquer de tout, il (init par adresser à la Madone une prière si solennelle, qu’il est impossible de ne pas la prendre ati sérieux. Le Voltaire de la fin du moyen âge est encore <à genoux.

Au moment où l’ilalie est frappée h coups redoublés par l’Kurope, un miracle s’accomplit chez elle. Lorsque vous croyez entendre la plainte aiguë d’un peuple sous le fouet de l’étranger, vous le voyez sourire; un honiine, un écrivain lui a été envoyé pour le consoler, le charmer, l’amuser au sein niéine de la inorl.

Toutes ces villes puissantes et qui parlaient si haut

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