‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 31 sur 97 · I-A CHLlVAI.EIlli · texte numérisé non relu

I-A CHLlVAI.EIlli

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dans le moyen âge, Pise, Venise, Lucques, soiil tombées;* elles se taisent; il n’est plus un coin de terre où la langue soit libre. L’exilé de Florence ne trouve, plus un abri dans une autre commune. Si Dante j)ouvait renaître, il bénirait comme un .âge d’or les temps qn’il a maudits. C’est une de ces époques dans lestpielles trois choses seulement sont possibles; ou le désespoir de Jérémie, ou l’héroïsme des Machabées, ou enfin, si on est résolu de vivre, les distractions de l’iinaginalion et du génie.

On a répété souvent qu’un homme d'imagination pourrait vivre heureux dans les fers; c’est l’instoire de Tltalie emprisonnée, bâillonnée, dès la fin dn quinzième siècle. Cherchez, dans les écrivains, les poètes de ce temps-là, une allusion à tant de douleurs réelles que les hommes ont cependant dû ressentir, vous n’en trouverez pas» 11 y a une sorte de conspiration naturelle entre tous les hommes pour se taire sur les calamités et l’opprobre de leur pays. Si vous laissiez de côté les historiographes de profession, vous ne pourriez vous empêcher de croire que cet art serein s’est développé dans un âge de gloire et de prospérité nationale. Arioste surtout communique à toute une génération d’hommes le sourire de la muse (pii habite les sommets enchantés : malgré sa h'gèreté, je ne puis me résoudre à étendre jusqu’à lui le reproche que j’ai adressé à Boccace. Celui-ci a véritablement amolli et corrompu l’Italie dans un temps où elle pouvait encore choisir entre une liberté orageuse ou un esclavage voluptueux; au lieu qu'au temps d’Arioste il ne restait (|u’à mourir avec grâce, comme le gladiateur dans le Cirque. La suprême science du souriic dans l’agonie lui est enseignée par l’auteur du Roland fiuieax.

IMus le présent est triste, pins il relient l’ilaliedans le monde de la féerie; il l’arrache aux souvenirs des inva-

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sions, aux (lépi’édalioiis des Allemands, dos Français, des Espagnols, pour la jeter dans un sentier merveilleux à la poursuite de Bradamanle et d’Angélique. Il l’attire, la conduit dans la Forêt des songes; puis, quand elle y est entrée, il la lait appeler par des voix de sirènes, jusqu’à ce qu’elle soit si bien égarée, qu’il lui soit impossible de retrouver le chemin saignant du monde réel. Désormais (pie les vainqueurs s’asseyent lourdement sur le corps de ritalie, elle ne sent pas le fardeau; son génie est ailleui’s; il s’est dérobé sur l’IiippogrifTe. Quelle clef enchantée lui a ouvert les portes de 1 idéal? Ses membres sont asservis, mais son esprit flotte librement de cime en cime. A la place de ses villes investies, de ses fleuves ensanglantés, de ses campagnes ravagi'es, les sorciers ont bâti pour elle des cités aux murailles d’airain ; ils ont fait couler des rivières d’or entre des champs de rose. Le magicien sujirême qui, de sa baguette, a su endormir sons l’arbre des fées ce peuple flagellé, est Ludovic Arioste.

Non-seulement il a charmé son peuple dans la captivité, il l’a vengé par l’ironie; puisque railler dans Charlemagne le César lëodal et le saint-empire romain, c’est déchirer en riant le traité de servitude qui lie, depuis des siècles, le .Midi au Nord. Les descendants des Francs et des Gaulois ont beau fouler au pied la Toscane, et y porter l’orgueil et la poésie des légendes patriciennes ; il se trouve un Toscan plébéien qui les fait descendre de ce piédestal tragique, où ils voulaient s’arrêter; il parodie leurs ancêtres, les dépouille au milieu même de leurs triomphes, .s’empare de leurs blasons pour s’en faire un jouet, et conserve dans la ruine de son pays assez de force d’esprit, pour s’amuser de son propre vainqueur.

Quoi(iuc détournés, ses coups sont si certains, il frappe si bien rempile de Cbarles-Quinl, celui de Fi'ançois 1",

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