ET I.K PEUPLE
leurs mains la terre dont ils ont été dépossédés, finissent par se désespérer ils se divisent. Les uns vont s’engager an sei’vice de petits seigmmi’s ou tyi-ans, qui leur donnent un ahri et du |)ain. Les anli'es oubliant de plus en plus leur passé, honteux de leur misère présente, imaginent, pour rentrer- dans la société active, une chose qui n’élail venue encore à l'espiil d’aucune arisloci‘alic ce lut de déchirer eux-mêmes leurs titres, de changer leurs noms, de supplier les communes de les accepter pour plébéiens.
Dans le reste de l’Eui-ope, la noblesse avait toujours son refuge vers le roi. En Italie, où elle se trouva suspendue sans hase, on la vit, s’avouant vaincue, s’agenouiller devant les révolutions et mendier la roture. L’aristocr-atie italienne eut ainsi sa nuit du 4 àoiît, qui dura plusieurs siècles, avec cette différence que l’obsession de la nécessité et non renthousiasme de la liberté, lui fit brider ses titres. C’était une immense faveur* pour elle que d’obtenir légalement sa propre dégradation. Les communes se montrèrent d’abord très-avares de ce bienfait, soit rancune du passé, soit reste de jalousie, soit plutôt qu’elles craignissent d’ouvrir une voie détournée à l’ennemi pour re.ssaisir ce qu’il avait perdu. Quand elles firent tant que d’accorder ce bienfait, elles y joignirent cette singulière clause* : que si un noble admis au rang des plébéiens se rendait coupable d’un meurtre dans l’espace de dix ans, il serait condamné à être retranché du peuple, et rejeté à perpétuité parmi les grands. De sorte que par un renver-
* Divenuti luvoratori di terni, ((i. Villaiii.]
^ I detli grandi e nobili reciilia beiielicio d’cssere popolani. {^ll/id.)
* E se nicuno de’ delli (grandi c nobili) tacessc micidio, o tagliasse meinbro... dec a perpetnn essore riniesso tri grandi. [Ibid., lib. XXII,
e. XXII.)
LA BOURG KOlSIE
semeiit de tout ce qui s’ était vu auparavant, le plus dur cliàliment de l’homicide chez ces hommes implacables, était d’clre marqué de noblesse; ils considéraient la vieille aristocratie comme un état de mort politique et social. Vous inscrire sur son livre, c’était vous ensevelir vivant.
Tel comte de Modène, de lîoloj'ne, de Gênes, qui n’avait plus que le rocher de son manoir, se fait inscrire sur le livre des charpentiers, ou des pelletiers, ou dans le corps plus nombreux de la laine. Par cette ostentation de plébéianisme, les nobles dépossédés réussissent plus d’une fois à dominer leurs dominateurs *. Cette histoire est pleine d’aristocrates qui s’étant faits ouvriers finissent par gagner à cet échange la principauté*. Chacun d’eux était libre de choisir d’abord le métier auquel il voulait s’attacher. Mais le choix une ibis décidé, il n’était plus libre d’en changer; il restait lié aux passions héréditaires de la classe et de la profession qu’il avait adoptées. Dès qu’elle dése.spere d’agir en son propre nom, la noblesse ralliée aux républiques, se partage ainsi entre les grands et les petits métiers. Voilà la raison pourquoi l’histoire italienne n’est souvent que celle des discordes de deux grandes familles dont chacune représente une condition. Sous ces vengeances domestiques s’agite uue guerre de classes.
Quand la résistance de la noblesse est détruite, on est dis|)osé à croire que la société italienne se pacifie et touche à l’unité. Mais c’est à ce moment, au contraire, que se lisent dans les chroniques, ces mots extraordinaires qui résument de longues époques, et replongent l’esprit dans les cercles de l’enfer social du moven âge :
’ AtUiq. Ualic., Mnralori, l. IV, p. f>08.
- I/nxcellent Miiratori, eu reproduisant les chartes du treizième siècle, elTace les noms de ces nobles devenus ouvriers. Il avoue qu'il cr.iindr.iit en l’ais.int autremeut d’oITcnser ou de déshonorer leurs ilescendaiils.