‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 38 sur 97 · IV. Il · texte numérisé non relu

IV. Il

LA HoUKGKüISlt:

comme on tue les animatix à la boucherie, et à la lin la terreur usant la terreur. Le tyran dans son l'ort avait peur (lu peuple; le peuple dans la ville avait peur du tyran. Un arriva ainsi à cet é'iat de faiblesse mutuelle qu’avec • cent ciu(|uantc hommes r(jsolus il était aisé de .s’emparer de la souveraineté d’une république. Dans la rage inexju’imable de ces classes déchaînées l’une contre l’autre, toute arme était bonne; les arts mêmes servirent plus d’une fois de supplice. Si le criminel échappait à la colère publique, on le peignait à fresque dans la torture, sur les murs de sa prison, éternisant ainsi l’échafaud. C’est ce qui arriva au duc d’Athènes. Au reste, ces |)euples .se montriuent indifférents au sang versé pluUH encore, que cruels; souvent leur haine se contenta de |)ioscrire.

Après que les passions sont mortes, l’habitude de la terreur dure encore, comme une machine montée qui continue son mouvement sans que l’homme s’en mêle. Quand il ne resta plus rien des anciennes colères, on imagina de payer des hommes pour qu’ils tigurassent au moins les haines, les passions que les âmes épuisées ne pouvaient plus produire. Mais ces passions mercenaires s’allanguissaient dès le premier jour; l’Italie du moyen âge, incapable de s’élever à l’idée de fraternité, disparait dès que la haine s’éteint.

Au milieu de ces révolulions continues, la bourgeoisie de Florence crée, en 1045, le crédit public; elle établit un grand-livre de rentes sur l’État. La religion du comnier:e protégea la dette publiipie contie toutes les passions. Ce grand-livre fut la seule chose que respectèrent les partis; il donne le secret des longues guerres que soutint au dehors la bourgeoisie et (pii affermirent son règne au dedans. L’héroïsme du cnmmeiajant lui n sla quand elle eut perdu tous les autres.

ET LE PEUIM.E. ixr.

Si quelque chose reste obscurdans ces révolutions sociales, j’ajouterai que ces ténèbres s’éclairent inopinément par la tentative de la bourgeoisie an dix-neuvième siècle. Tout le monde voit la révolution franc-aise aboutir, de nos jours, au règne de nouveaux pojwlani grossi, dont la ressemblance avec les anciens est frappante : même génie du parvenu, même infatuation, même mépris des sentiments populaires [de l'universale), même abandon aveugle de tout instinct de patrie. La grosse bourgeoisie, entraînée par ses chefs, émigre aujourd’hui sur le terrain des traités de 1815 et de la Sainte-Alliance, comme, la grosse bourgeoisie toscane du quatorzième siècle t'-migra sous le drapeau de l’ennemi gibelin. Mais deux choses assurèrent pour longtemps, en Italie, le règne de l’oligarchie des riches. Premièrement, en s’unissant par des mariages à la noblesse de race, ils lui empruntèrent véritablement une partie de son sang et de son génie. En second lieu, ils eurent pour eux la religion à laquelle ils croyaient, un enthousiasme désintéressé, celui du beau dans les arts, les sciences, la civilisation, en un mol, un idéal éternel qui leur prêta quelque chose de sa durée. 11 me semble que \es popolani grossi de notre temps, en ne s’appuyant .sur aucun autre fond que l’argent, entreprennent une chose non-seulement nouvelle dans le monde, mais téméraire; car d’abandonner à ses adversaires. Dieu, la patrie, l’humanité, l’héroïsme, la beauté, la science, l’art, c’est, en vérité, se dépouiller outre mesure, et faire la part trop belle à la fortune impatiente du peuple maigre^

* C’e.st .sur ces derniers mois que j'ai élé inlerronipii, dans l'inipression de cet ouvrage, par la révolution du 24 février.

I,E PKINCIPE

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