‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 39 sur 97 · CHANTRE XII · texte numérisé non relu

CHANTRE XII

LE PlilNCirE DES RÉPUBLIQUES ITALIENNES.

La terreur.

Quand je vois les historiens modernes ‘ parler du libéralisme des républiques italiennes, je crains qu’ils n’aienl été dupes des temps dans lesquels ils ont vécu. Ils interprètent le moyen âge italien avep les jirincipes des chartes anglaises, deux systèmes non-seulement très-différents, mais absolument contradictoires.

C’est une félicité pour riiistorien que les choses qui se passent sous nos yeux depuis quelques années soient arrivées; elles lui expliquent un passé de cinq siècles. Si de nos jours, par une grâce particulière, il n’eût vu les partis changer de drapeaux et le libéralisme bourgeois épouser la servitude nobiliaire; comment eût-il compris jamais que le parti guelfe qui était au treizième siècle le parti de la démocratie, soit devenu au quatorzième le parti de l’aristocratie, et que les anciens défenseurs du peuple se soient acharnés contre le peuple sitôt qu’il a commencé à vouloir être quelque chose?

On a remarqué que les révolutions italiennes ont été moins sanglantes que les révolutions de Marins et de Sylla. Si vous y faites attention, vous verrez qu’elles exténuèrent les populations au delà de ce qu’avaient fait les violences des gouvernements antiques. Dans le fait, leur procédé fut tout différent. (à*s grosses bourgeoisies indus-

* M. (lo Sismoncli, rtc.

DES RÉPUBÜQIÎES ITALIENNES. 185

Irielles s’étaient de bonne heure aperçu d’une chose que les anciens ne paraissent pas avoir suflisamment connue. C’est le parti qu’elles pouvaient tirer de la nii.sère exercée comme moyen politique; elles sentirent qu’elles pouvaient anéantir leurs adversaires autrement que par l’échafaud; car l’échafaud tue des individus, la misère tue des classes.

Il y avait dans l’emploi calculé de la misère, ce premier et incontestable avantage que la famille entière, non-seulement le chef, était frappée du même coup. Le supplice d’Ugolin était appliqué à des multitudes; elles disparaissaient, murées dans la tour de la faim.

Voilà pourquoi ces sociétés mirent souvent sur la même échelle de pénalité la misère et la peine capitale. Dans plusieurs cas, elles offrent le choix à leurs adversaires : ou la mine, ou la tête *.

Un autre avantage que ces petites oligarchies trouvaient à tuer par la misère plutôt que par le fer, c’est que l’échafaud est trop retentissant, qu’il n’est pas sans danger pour celui qui l’emploie; que le sang versé crie vengeance, que le supplice provoque la pitié et la pitié engendre la révolte. Au contraire, la détresse héréditaire de père en fds tue aussi sûrement que le fer; et elle tue sans péril. L’extermination par la détresse amène une fin silencieuse, ignorée des misérables eux-mêmes, en cela, commode par dessus tout aux oppresseurs.

On a vu comment s’obtenaient quelques* moments de répit. L’ostracisme antique fut pour la première fois appliqué à des classes. Chaque parti expulsait en masse le parti opposé ; et c’était peu de le chasser ; on croyait ne s’être assuré de la sitiialion qu’après l’avoir dépouillé et mis à nu : ce qui s’accomplissait par les emprunts forcés.

* Fiorini mille d’oro o la lesta

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