LE SAINT EMPIRE ROMAIN
A ce sentiment chimérique se joignait un respect religieux pour riiistoire romaine, que l’ilalien tenait pour sacrée aux mêmes titres que celle îles Hébreux. S’il a entendu parler des miracles racontés^ par Tile-Live, ils sont aussi certains h ses yeux que les miracles de l’Ancien Testament; ils ont été accomplis par le dieu de l'Italie au profit de sa race élue. Fondée vers le temps de David, peuplée de citoyens divins*, Rome est une cité sainte, meme au milieu du |)aganisme. Son peuple, élu d’en haut, depuis l’origine, l’oint du Seigneur, le christ des nations idolâtres, est le peuple souverain duquel tous les autres relèvent, comme le serf du Seigneur. Lui seul possède en sa source, par Vopératiov divine, le principe* de toute autorité politique; il a été investi de tous les droits. Nul État ne peut en renfermer aucun s’il ne les lient de lui. On est étonné de la netteté avec laquelle cet étrange droit des gens s’établit dans les esprits des chroniqueurs®. La conséijuence, c’est que l’Italie moderne s’inféode à l'Italie antii|ue et s’en déclare la vassale. Le plus petit bourgeois de la moindre commune fait hommage-lige au spectre du peuple romain.
Sur ce premier point, toutes les républiques sont d’accord ; il n’en est pas une qui ne choisisse ce fantôme du passé pour son seigneur et maître. Toutes veulent être investies par lui et s’appuyer sur son ombre. Mais ce peuple souverain, il n’est plus; qui le représente? L’est là que l’Italie moderne commence à se déconcerter; car, an lieu du César unique, à la fois empereur et pontife.
* Quello Popolo Sanlo. — Uivini ciltadini, etc.
* Dante, lUonarchia. U Convilto, p. 174. — Gibolengæ partis vetustissimi Imperium uti sigmim cœlestc colentes. (Miiralüii, Autiq. iUtl.)
•' L’anticn libertà succeduta dalla civillà del po|io!o roinanu. ’^^latlco Villani, p. 292.)
•’M) I.M SAINT KMI’IUK l!(i„Al.N.
ollf! ronronlro à l’issue du moyen ùge deux Ct'-sais, qui tous deux prétendent représenter également la souveraineté du peuple évanoui : l’un, c’est l’empereur allemand ; l’autre, c’est le pape. Lequel faut-il suivre? lequel résume la volonté, la* tradition, le droit de la vieille Italie? Seconde question qui trouble l’esprit des républicains italiens, au lendemain de leur victoire.
Pour la noblesse d’origine étrangère, il ne pouvait y avoir de doute. L’héritier légitime de la majesté du peuple romain, c’est cet empereur qui, caché dans le fond de l'Allemagne, joignait au prestige de l’éloignement le près- . tige de l’antiquité. En cet être mystérieux qui de loin à loin apparaissait sur le sommet des Alpes, vivait la tradition sociale. Héritier des Auguste, des Trajan, des Justinien, il conservait, sous un triple sceau j les secrets du commandement. N’était-ce pas lui qui venait chercher au hord du Tibre le signe et la consécration de son autorité? liC roi des Germains n’était empereur qu’après avoir touché Home; le couronner, c’est couronner l’Italie. Aussi quelle ardeur incroyable, quelles espérances insensées dès qu’il paraît 1 I.es nobles, les émigrés chassés de leurs communes, accourent et grossissent son armée. Puissionsnous le voir, lui ou son maréchal, et mourir le lendemain'! s’écrient-ils à son approche. Par l’effet d’une illusion diflicile à concevoir <le noire temps, il parlait à la fois aux souvenirs du monde romain et à ceux du monde barbare. Les nobles d’Italie voyaient en lui tout ensemble l’ancien chef des invasions et l’héritier de la république, Théodoric et César. Tout ce qu’il y avait de chevaleresque, de féodal, rayonnait de joie à son approche; il n’apparaissait guère qu’une seule fois dans un moment rapide à cha-
* Utinaiii ipsum vcl maresclialcum ejus valcain intueri <lio, iino oi alloro ilo sa*riilo transmip:rar(^ ! (Miiliiiemift historia, p. TI8.'