‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 53 sur 97 · l'OURUUüI L’ITALIE · texte numérisé non relu

l'OURUUüI L’ITALIE

Au milieu de ces désastres, quelle fut la conduite des Français? Ils détruisent Venise à Vaïla; ils laissent détruire Florence. Après la chute de ces deux États italiens, il n’v eut plus d’Italie; ses anciens maîtres, l’empereur et le pape, y régnent sans partage. La France s’aperçoit qu’elle a fait elle-même la fortune de son ennemi.

Les papes l’avaient entraînée dans le piège le plus grossier où jamais peuple soit tombé; ils la poussent, dans la ligne de Cambrai, à faire la guerre à ses seuls alliés en Italie. Après cela, les papes se retogrnant contre elle, n’eurent pas de peine à chasser honteusement des hommes qui avaient en la simplicité de livrer eux-mêmes la clef de leur citadelle.

11 faut bien que les Français se persuadent une chose, c’est qu’à titre de conquérants, la partie n’est pas égale entre eux et les Impériaux. Quand ils eurent brisé Venise, qn’arriva-t-il ? Venise se rendit à l’empereur, non aux Français ; elle ne consentit à abdiquer que devant V héritier de César. Les Français furent fort étonnés d’avoir gagné la bataille pour leur ennemi à Ravenne. C’est pourtant ce (|ui n’a jamais manqué de leur arriver dans ces guerres. Règle générale, tonies les fois qu’ils ont vaincu en Italie, c’est l’empereur d’Allemagne qui a Iiérité de la victoire. Cela s’est vu sous Charles VIII, Louis XII, François T', comme an temps de Napoléon ; il serait temps de s’en apercevoir.

Que voyez-vous pendant tout le seizième siècle? Quand la France a concouru jjonr sa jiart à accabler les restes de la nationalité italienne, ces débris de peuple lui sont arrachés; victorieuse, elle linit toujours par être expulsée du cliainp de bataille, par uikî force (|u’elle ne connaît pas. Une fois morte, le cadavre de l’ilalie revient toujours

EST LE TOMnEAU ÜES FRANÇAIS.

en droit et en fait à ses anciens possesseurs. Il y a dans cette suite non interrompue d’expériences qui tournent sans relâche à notre confusion, quelque chose qui devrait nous donner à penser.

Triste spectacle que les Français ligués au seizième siècle avec le pape et l’empereur pour écraser ce qui reste d’une race d’hommes, et toujours trompés par l’un ou par l’autre, dépouillés de leur butin, à mesure qu’ils dépouillent l’Italie. (]ette légèreté est assez caractérisée par celle de François 1" aux prises avec la tradition diplomatique tout entière dans la personne de Charles-Quint.

Les Français ne pouvaient comprendre qu’avec tant d’agréments et d’esprit, ils ne réussissaient qu’à se faire exécrer là où les Allemands s’étaient fait tolérer depuis des siècles. Charles YIII, Louis XII, François T', Louis XIV, s’abîment les uns apres les autres dans ce gouffre ; nos armées y passent, elles s’y fondent les unes après les autres, sans qu’il y ail jamais rien de gagné. Il faut arriver jusqu’à la révolution française pour rencontrer celte id»'*e si simple que le moyen d’enlever l’Italie aux Impériaux est de créer un peuple italien, et que le droit d’une nationalité est seul capable d’annuler le droit du saint empire romain.

Il y avait à peu près autant de connaissances positives de l’Italie dans le bon chevalier Bajard, M. de Lautrec, l’amiral de Bonnivet, Gaston de Foix, que dans les chevaliers des romans de la Table ronde. Brantôme luimême s’étonne de tant de légèreté. Suivant lui, la cause sérieuse de tout le sang versé est la signera Clérice.

Quand les Français passent pour la première fois les Alpes, et qu’ils se trouvent jetés subitement au milieu de la confusion des partis, ils semblent, en eflèt, égarés dans un monde inconnu. A cet égard, leur infériorité

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