‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 58 sur 97 · I.E NOUVEAU MONDE · texte numérisé non relu

I.E NOUVEAU MONDE

dans son ospril; i) s’en échappe des rayons qui enveloppent, illuminent le nouveau continent. he.s sentiments du nouvel Adam débordent dans son cœur, quand il prend pour la première fois possession de ce qu’il appelle Ventrée du paradis terrestre.

Combien les autres voyages ont un caractère différent ! Et qu’il a fallu peu de temps pour contrister la nouvelle Genèse! Déjà les hommes, avec leurs passions et leur avarice, s’interposent entre lui et la création naissante; tout se voile, tout s’attriste de plus en plus. Que de fois la dureté africaine des âmes espagnoles fait crier* cette âme, sœur de Dante, de Savonarole, de Michel-Angel Égaré, sans lien de race, naufragé dans sa propre découverte, il sent comme le mal du pays. Il se plaint de ses compagnons presque dans les mêmes termes qu’Alighieri dans l’exil •. Bientôt il n’entrevoit plus le nouvel univers qu’à travers ses larmes. Contraste navrant que la sérénité immaculée de la nature vierge et les ombres qui s’amassent si vite, si pesamment dans le cœur de Christophe Colomb ! Il avait apporté avec lui l'âme neuve du premier homme; quelques mois ont suffi pour changer le cantique en lamentation. Au lieu des pensées ingénues du monde naissant, que trouve-t-il autour de lui? la frénésie de l’or, toutes les convoitises des peuples déchus qui déjà se couvrent des feuillages de l’Éden.

O douleur! Encore une fois l’homme chassé du paradis! 11 l’a revu pour le perdre aussitôt. Il s’est assis pour un moment dans le jardin des délices; mais si les choses n’ont pas changé, combien lui s’est trouvé différent! Où sont les vagissements et les hymnes de l’humanité au ber-

* Los Espanolcs tan codiciosos y desmedidos,

* Asî que por salir de tan mala conipania.

LE ^0l3VEAU MONDE.

ceau? Il ne retrouve à son front que les ennuis et les rides d’une société vieillie.

« Que le ciel ait pitié de moi? Pleure sur moi la terre 1 pleure sur moi quiconque connaît la charité, la vérité, la justice! » Cet accent d’une douleur infinie n’est pas seulement la plainte d’un homme. Christophe Colomb ne pleure pas seulement sur lui, mais bien aussi sur les continents qu’il vient de faire surgir. Que feront les hommes de sa conquête? qu’en ont-ils fait déjà? Plût à Dieu qu’il n’eût jamais vu les terres qu’il a données à l’Espagne, au prix de tant de sueurs de sangM II est tout prêt de répéter pour le nouveau continent les paroles de Job : Maudit le jour où je suis né! Que sont devenues tant d’espérances, tant de projets de racheter le sépulcre du Christ par le berceau d’un nouvel univers? 11 avait rêvé de convertir pacifiquement à sa foi des peuples innombrables, au CŒun SI LARGE*; et déjà ces peuples disparaissent; et il porte le deuil de tous ceux qu’il n’a découverts que pour le bûcher et le couteau. Que les îles et les continents fassent silence! c’est leur plainte qui s’exhale. Dans le cri perçant de ces entrailles paternelles j’entends la lamentation de tout un monde qui n’apparaît que pour mourir.

Si Christophe Colomb personnifie, dans ses plus nobles traits, humanité, universalité, cosmopolitisme, le génie de l’Ilalie, il la représente aussi mieux que personne dans son ingrate fortune. Ramené les fers au pied du nouveau monde qu’il vient de donner à l’Univers, quelle image plus fidèle de l’Italie enchaînée, garrottée, prisonnière de tous les peuples, pour prix du nouveau monde idéal qu’elle a donné au genre humain!

‘ Sudando sangre. Cuarto y iilliino viago. [Caria al rey, p. 297.)

• Con lin coMZon (an largo.

LA Rl?VOr,UTION

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