IV
MICHKL-ANGK.
sans qu'il pût rien faire pour la sauver. Après avoir inspecté et redressé les murailles, il reprenait le ciseau. Qu’il le voulût ou non, il tirait, à chaque coup, des pierres vives le cri de douleur d’une nationalité qui se brise; je retrouve dans la figure des géants accoudés et couchés sur la terre je ne sais quoi d’irrévocable, de fatal, qui me rappelle l’accent de certaines pages de Machiavel. Cette nuit éternelle qu’aucun rayon ne soulèvera, cette nuit de la captivité d’un peuple, ce jour plus sépulcral que la nuit, ce lendemain plus triste que la veille, ce crépuscule sans aurore, ces heures incommensurables, tout vous dit sans paroles : « Ici est le tombeau de l’Italie. »
A l’avénement de Clément VII, une nouvelle phase se montre dans le génie- de Michel-Ange. C’en est fait; les jours radieux de Léon X sont pour jamais passés. Ce que les prophètes de la voûte Sixline lisaient dans l’avenir s’est accompli. L’Kglise a été déchirée, il faut qu’elle se venge. Après Luther et Calvin, les fêtes du génie sont interdites. Il faut que l’art répète l’excommunication prononcée du haut de la société chrétienne par la papauté. Clément Vil donne à Michel-Ange deux sujets, le Jugement dernier et la Chute des esprits de révolte. L’artiste met dans les mains du Christ les foudres de l’interdit. I.,a terre tremble sous la condamnation. Les bienheureux meme maudissent, ils répètent l’anathème du concile de Trente; car c’est dans les années où Michel-Ange peignait le Jugement dernier, que le concile de Trente, l’inquisition, la société naissante de Jésus, faisaient rentrer la terreur dans les fesprits. Le génie implacable de la réaction, qui s’étend sur la face du catholicisme, semble se former d’abord comme un orage sur le tableau de Michel-Ange.
Après avoir vengé le catholicisme des humiliations de la Uéforme, il restait à faire une dernière chose : consa-
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crer la restauration de l’Eglise, en élevant la coupole de Saint-Pierre. La ville éternelle, prise d’assaut, avait été découronnée. Il fallait retrouver sa tiare et la lui mettre au front. C’est l’ouvrage de Michel-Ange sous les papes Paul 111, Jules III, Marcel, Paul IV. Le christianisme demiprofane de Léon X et de Raphaël fait place à une réaction inexorable. Au milieu de la mêlée du seizième siècle, Michel-Ange relève de la poussière la couronne de l’Église une dernière fois triomphante. Dans le temps que sainte Thérèse , Charles Borroinée , ravivent la foi abattue , il prend la truelle; il rebâtit le temple. Triste de la tristesse de ces années de représailles, il gravit les hauteurs de Saint-Pierre. Parvenu au faîte de ses jours, le vieil artiste dépose son fardeau dans le ciel alors serein de la campagne romaine.