I.A llÉFOUME EN ITALIE
à ce peuple aventureux un écho à leur théologie aventureuse. '
La doctrine à laquelle ils finissaient i)ar aboutir le plus souvent était le Socinianisme, seule secte qui ait en effet le caractère national et l’empreinte de l’Italie moderne. Faire l’apothéose du Christ aprè.s sa mort; le diviniser après le Calvaire, comme Hercule après le bûcher, c’était là une théologie qui semblait naître du génie même de la Renaissance grecque et romaine; elle était faite pour servir de dogme à ces nouveaux convertis que .Mélancliton accuse de platoniser toujours. Mais ritalie ne devait pas produire une réformation italienne.* Dès qu’elle sortait de l’Eglise romaine, elle ne gardait rien du christianisme.
Le trait commun à ces pieux littérateurs, c’est de croire aisément qu’il suffît d’avoir raison contre le monde, sans qu’il soit besoin de le combattre corps à corps et jusqu’au sang; si peu préoccupés, d’ailleurs, de rendre leur foi populaire, que quelques-uns se mirent à traduire les Écritures en grec ancien. Ils prenaient l'antiquité pour catéchumène plus volontiers que leur propre temps, et semblaient vouloir convertir les anciens plutôt que les modernes. Olympia Morala, la sainte muse de la Réforme, n’écrit qu’en grec‘ ses paraphrases des psaumes. C’est dans le monde d’Homère qu’elle cherche l’écho que ritalio refuse à la Réforme *.
S’il m’est permis de m’autoriser de ce que j’ai vu moimôme de mon temps , je regarde comme certain que les révolutions religieuses ou politiques tentées ou conduites
* V. Objmpiæ Ftdviæ Moratæ, Vatis diuitue, Carminum liber primus.
* Si l’on pouvait faire une Église de très-honnêtes gens, très-éclairés, très-conciliants, ils en eussent fait une; mais ils ne provoquaient pas l'enthousiasme ni la terreur. Personne ne les suivait. C'était une Église de savants et de poètes : le peuple y manquait. Dans la foule de protestants dont Daniel Gerdès cite les noms, je ne trouve pas un artiste.