‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 7 sur 97 · LI-; SAINT KMPIHK «OMAIN · texte numérisé non relu

LI-; SAINT KMPIHK «OMAIN

droit, cotfiï autorili'' inaliôiiablo, allachée à des ruines, lui paraissaient des jeux d’enfant; à ces ingénus, il montrait son épée et n’acceptait que le droit de conquête.

(l’était bien pis si la démocratie italienne lui laissait voir quelles espérances elle fondait sur lui pour ramener les temps anli(pies ', l’ironie, l’insulte accueillaient de pareils aveux. Les prétentions du génie italien à régner sur .son vainqueur par le droit et la suzeraineté de la gloire*, ii ritaient jusqu’à la fureur la vanité du roi teuton. « Que. (( lui parle-t-on de l’autorité, de la légitimité de la divine « réi>iibli<iiie ’? Pourquoi élever jusqu’aux astres cette « grandeur déchue? Que l’on regarde en Allemagne : c’est « là (pie sont les consuls, le sénat, les patriciens, les lé- « gions, c’est là qu’est la gloire! Croit-on que le bras des « Teutons soit raccourci? L’Italie, qui n’a pu même gar- « (1er ses cendres, leur appartient par le droit du plus c( fort. Que l’on essaye seulement de l’arracher des te- « nailles d’IIercule! »

C’est ainsi que les illusions des Italiens étaient accueillies par les Allemands. L’Empereur, stupéfait au milieu des changements des partis qui lui brisaient l’ esprit^, regagnait les Alpes, plein de défiance, meme au milieu des villes amies; c’est lui (pii fermait la porte des forteresses, et il ne s’endormait qu’apres avoir mis sous son chevet les clefs de l’Italie. Enfin il disparaissait, gorgé d’or®. Durant sa longue absence, les mêmes espérances, les mêmes soug('s renaissaient d’eux-mêmes. Une génération nouvelle attendait le nouveau César, qui d(‘vait donner une tête à la féodalité italienne décapitée.

* Ucvortiiitur opto prisliiiii tenii>or.i. (OU. Frisiii-r.)

^ llospes iTiis, civeiii l'cci. [Ib.)

^ Üivæ tua; reipiililicæ veleretii slatiiiii .^ll siilera lollis. (Ib.)

* Gli niartcllava la mente.

® Rini'rcscalo di danni'i. (Maclii.ivcl., Islor. Fiureiil't.]

LA l'Al'AÜ'IÉ LT LES nÉPUULlyLLS.

CUAIMTJŒ III.

LA PAPAUTÉ ET LES RÉPLTll.lUUES.

L'Iliiliu prend le lcnipér<in)cnt de l’Ep;lisc. Un cosinupolitisnic inronne. Illusions communes à tous les partis. Rcstaiinition de la monardiic roniaine universelle. Un droit chimérique Contradiction entre le saint-siéf^u et la nationalité.

Les populations indigènes cherchaient naturellement, au contraire, le représentant du inonde romain dans ce César pacilique qui régnait sur le trône de l’I^glise. l’uisqu’il fallait à tout prix se donner un maître, nul n’osant se proclamer souverain, la bourgeoisie se plaçait d’ellemème sous le vasselage du vicaire de Dieu. Le pape u’était-il pas l’éternel seigneur de la cité suzeraine? (]’élait dans l’Lglise, sur les baptistères, que se prêtaient Ions les serments, et l’on entrait dans la vie politique par la môme porte (jue dans la vie religieuse. Quoi de plus naturel que de les confondre? Au cri de Vive l’Lglise, Viva In Chiesa, SC ralliaient avec la bourgeoisie les classes inférirures, et tous ceux qui dans une puissance spirituelle voyaient un patron plutôt qu’un maître. Ils voulaient faire do l’Cglisc la patrie sur la terre comme dans le ciel.

Par malheur, le moment venait où l’illusion se montrait dans ce parti aussi clairement que dans l’autre; c’était le jour où les Guelfes, croyant toucher à la victoire, appuyaient ouvertement la démocratie sur le saint- père. Le pape repoussait sur-le-champ l’alliance'; il reniait la

* Vuici comiiiL'iil le pape Adrien parle du peuple romain à l’Empereiii' :

Ituiiiaiiæ plebis, lili, adjiuc meliùs expericris versiiliam. Cognosccs eos in didi) veiiisse el in dolo redisse. (OU. Frising.)

Soiiveiil l'Église suulieiit les Gibelins cl les nobles. 1263. Islo Icmpoi'e

:>4 LA l’Al’AlJTK LT LLS liLl-L HLIOULS.

cause du peuple sitôt qu elle paraissait gagnée, craignant au fond la souveraineté des communes aulant que celle de l’empereur. Dès que l’esprit national paraissait, le sacerdoce et l’empire, les deux tètes de l’Aigle, qui semblaient éternellement brouillées et séparées de la distance du ciel et de la terre, se rejoignaient subitement pour étreindre, étouffer, dévorer la même proie. Tout le douzième siècle est plein du beau rêve d’Arnaud de Bresse; il tente de profiter do la division des maîtres pour se créer une patrie indépendante; il invoque l’empereur Frédéric, au moment de sa plus vive colère contre Adrien. Pour toute réponse, l’Empereur le livre au pape qui le brûle. Personne ne profita de cet enseignement, et qui sait même s’il est compris de nos jours?

Que se proposaient les Guelfes? l u problème ebimérique. En donnant le pape pour chef à l’Italie, ils plaçaient la religion et la patiâe dans une condition si ruineuse, que l’nne ou l’autre devait nécessairement y périr. Si la papauté devenait italienne, elle cessait d’être universelle et perdait le catholicisme; si elle restait universelle, elle cessait d’être nationale et perdait l’Italie. Les papes restèrent ce qu’ils étaient, les chefs du monde, et la patrie disparut.

Le pape ne devint pas Italien, mais l’Italie prit le tempérament de la papauté, c’est-à-dire qu’elle fut cosmopolite au milieu des barrières de l’Europe féodale. Elle s’ouvre sans déliance à l’univers entier, quand les autres peuples se hérissent au seul contact de leurs voisins; oii verra par la suite que cette différence fit sa ruine. Dans tout le moyen âge, elle sert d’expérience à un idéal pré-

Ltclusi I, lotis virilms Ulloiioni iirdiiopiscopuiii cl viceco oites cl

IKulcni iiobilium. (Maitipiiliis i'Iuriiiii.)

l.A l'Al'AUTÉ IlT U;S UIÎPUUIJOIÎKS. .V.

iiirtliiré (II! cosmopolitisme, que seule elle représente sur la terre, et sous lequel elle (iuit par succomber.

Dans la guerre du sacerdoce et de l’empire, il est un reproche dont je veux absoudre le pape. On l’accuse d’a- , voir étendu l’anathème à des peuples entiers pour frapper leur prince. Sous celte injustice apparente, je vois le principe de rélerncllc justice; c’était enseigner que chaque peuple est responsable envers tous les autres du gouvernement qu’il tolère. Si son prince fait le mal, que le peuple le ré|)rime ou le dépose; sinon, qu’il partage la coulpe à son dam et soit anathème avec lui. Il m’est impossible de découvrir là rien qui ne soit légitime.

Cherchant toujours son point d’appui hors de soi, tant(jt sur le sacerdoce, tantôt sur l’Cmpire, jamais sur la conscience de son bon droit el de sa souveraineté, l’Italie s’avançait en chancelant sur le vide. 11 y avait deu.v grands partis dont aucun ne renfermait une nation, qui aveuglés, fascinés l’un et l’autre par la superstition de Thistoirc, poursuivaient une chimère, ((gaiement incapables de saisir rien de réel ni de constituer aucun droit. Dans celte voie désespérée, comment s’étonner de la facilité que les hommes trouvent incessamment à changer d’opinions et de drapeaux? .Après avoir éprouvé que la patrie n’iHait pas dans le parti qu’ils suivaient, ils se retournaient vers l’autre avec une énergie furieuse; puis voyant que là aussi ils ne pouvaient rencontrer l’Ilalie, ils jetaient, au milieu d’une vie splendide en apparence, des imprécations qui retenlis.sent dans le plus obscur chroniqueur aussi bien ipie dans la Comédie divine.

Incapables de croire en elles-mêmes, les républiques s'aliènent sitôt qu’elles se possèdent, et chacune a son prix pour ainsi dire fixé. Bologne se vend 200, (JDO llorins, l'arme tiü,ODO, .Arezzo l.ucqucs 51), 0(10.

.“h! la l'Al'AUThi KT UOS «KI'lbLlUUliS.

Gènes se remet en gage aux mains de ses créanciers, l*our peu qu’une de ces républiques soit menacée par une rivale, elle se donne gratuitement à un maître (|ui la dél'end comme sa chose, l’ise, VoUerre, l’istoie, par haine de Florence, se donnent gratuitement, encore toutes vives, aux Allemands, Sienne à Milan, Milan à l’Empereur. Brescia va s’offrant à tout le monde," à Lanfranc, aux marquis d’Est, au roi de Naples, au roi de Bohême, avant de trouver enfin les Scala qui l’acceptent à perpétuité, l a plus fière de toutes, Florence s’aliène pour cinq ans au roi de Naples, pour un an au duc d’Athènes, pour dix ans à Charles d’Anjou. Chacun de ces Etats trafique de son ombre de souveraineté ; ils vendent, comme Esaü, leurs droits d’aînesse.

Mais voici où se montre le mieux le principe de cette société ; le cosmopolitisme informe qui est en partie l’àme de l’Italie au moyen âge se marque surtout par une magistrature dont ré<[uivalent ne se rencontre dans aucun autre peuple. Si l’on regarde la constitution intérieure de ces l>lats, on voit que, difl’érents en apparence, ils se ressemblent tous par ce phénomène extraordinaire, (jue la magistrature siq)réme y est toujours donnée à un étranger; c’est le Podestat*. Le chef de l’Elat doit être élu en dehors de l’Etat*, et la patrie gouvernée par un homme qui n’apparfient pas à la patrie; voilà la règle et la pierre de fondation de ces républiques. Florence se fait régir par un citoyen d’Arezzo, Arezzo par un cilo-.en de Florence; et il en est de meme dans toutes les autres communes. Au milieu du changement perpétuel des institutions, celle-ci est la seule qui ne change pas, la seule,

* iLiiis lu loriimlc du 8uii sennciil il disuit : u Totu domiiili iiiui lein|)uru. »

- Coiicessit iiii|ieralor iil siii^Mlis uiiiiis rucloi'oiii ulijfurul (W^itipiiliis riortm, Mmalori, Her. ital., t. .\l.) i‘

LA 1-Al'AUiÉ LT LLS l lh’Lüi.lÜltS. 57

à )a(|uelle on rosie (idèle, comme au principe même de la société. Dans la lièvre des factions, ce point unique n’est jamais contesté, que l’étranger occupera à perpétuité le cœur du pays. Chacun veut, avant tout, empêcher que nul de ses concitoyens ne devienne son maître ou son juge. Il est vrai qu’en général \e Podestat était choisi parmi les habitants d’une république alliée; mais jamais ces cités n’étaient si bien unies qu’elles ne fussent prêtes à se combattre; et ce que l’on pouvait attendre de mieux dans le chef de l’Étal *, c’est qu’il n’eût point de patrie. (Ju’eùl pensé Athènes si on lui eût proposé de se faire gouverner par un citoyen de Sparte? Que penseraient les Etats-Unis s’ils devaient choisir leur président partout ailleurs que chez eux?

Comme le sentiment de la liberté municipale était trèsvif, celui de l’indépendance nationale très-faible, il s’ensuivait aussi que le premier autorisait aisément tout ce que l’on entreprenait contre le second; et la ressource de chaque parti vaincu est d’ouvrir les portes du pays à une armée étrangère. Considérez l’ilalie à quelque époque (jue ce soit, il est un personnage que vous rencontrez dans chaque événement et qui est l’artisan infatigable de celte histoire ; je veux dire l’émigré*. Toujours prêta livrer cette patrie qu’il n’a pu gouverner, il sollicite l’ennemi; il presse, il conduit l’invasion. Qu’elle parte d’Allemagne ou de Fiance, peu importe, pourvu qu’elle le rétablisse dans son autorité. Jamais nul Italien du moyen âge, s’il est exilé, ne se fait le moindre scrupule de tourner les armes étrangères contre l’Italie; cl il faut déses-

‘ [’ulcslas... Qii.isi IüiIkmis polcsliilciii iiiipurutoris in li:ic piirlc.

* Miir.ilori, Anliq. ilaJic., l. IV, p. 7ô.

(iibcllini LiieHos siipci'iiiil ope Crciiiuiiciisiiiin cl Pergaiiiciisiiiiii. — Lcllc plinise rcv’eiil pci'péluelleii:ciil ilaiis. les chroniques.

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