LA r.ÉFORML EN ITALIE
moments il sortait de sa cellule des éclairs, des traits de lumière, des accents, des murmures étonnants qui se répandaient en Europe, comme le craquement d^un vieux monde qui se plaint de mourir, après quoi l’on ne voyait plus qu’un moine docile entre les mains du Conseil des Dix, Il y avait en lui quelque chose du mystère de ce Conseil. Caché dans le sein de l’inquisition de Venise sous le cilice, il se vengeait de sa contrainte en dépassant tout le siècle en audace. Luthérien avec les disciples de Luther, philosophe avec les philosophes, il dominait, par la grandeur naturelle de sop esprit, toutes les professions de loi qu’il embrassait un moment par complaisance.
Soit mépris de l’Italie, soit nécessité du silence, il ne confessa qu’à lui-même son Dieu inconnu. Certain qu’il ne trouverait pas de témoin pour sa foi, il fut le Luther d’un protestantisme qu’il ensevelit dans sa cellule. Quelques-unes de ses lettres le dévoilent, mais ne le cherchez pas dans ses ouvrages les plus beaux. Sa vie se passa à cacher, comme une conjuration, son génie précurseur.
Ce que peut devenir un parti qui n’a aucune racine dans la nation, c’est ce que montrent très-bien les protestants d’Italie. D’abord ils changent de nom, puis ils perdent leur langue; ils ne fondent pas une littérature de réfugiés comme lirent les nôtres, d’.Aubigné, Bayle, etc., qui purent emporter la patrie avec eux.
Suspects aux étrangers, impuissants dans leur pays, après avoir exhalé et glacé leur ardeur dans des langues mortes, ils disparaissent sans même fonder une secte; l’humanité ne les connaît pas. Chez ces exilés ne se trouve plus aucun regret de la patrie absente. Le mal du pays, si cuisant au moyen âge, leur est inconnu, soit que la patrie n’existe plus même en espérance, soit qu’ils aient eu trop à souftrir de l’indifférence ou de la corruption