I.A ItÉFORME EN ITALIE
(les leurs. Triste épofjue pour les proscrits, que celle où il ne reste rien à regretter de la patrie que des tombeaux!
Ce ne sont pas néanmoins les martyrs qui ont manqué à l’Italie ; il s’en est trouvé assez pour bien constater au monde qu’elle ne voulait pas les suivre *.
Dans Fannio, Paleario, Algieri, Carneseco, l’exaltation du martyre éclate avec une imagination d’artiste. <( Je ne « pense pas, disait l’aleario, qu’il soit aujourd’hui d’un (( chrétien de mourir dans son lit. » Belles paroles, quand elles sont dites en montant au bûcher. Algieri le Vénitien dispose en esprit son supplice, comme un lieintre compose un tableau de martyre. Il voit d’avance le bourreau avec les yeux de Titien ou de Tintoret.
« De mon cachot je vois les rois, les princes, les villes, « les peuples. J’aperçois dans le combat les vainqueurs, « les vaincus, ceux (ju’on frappe, ceux qu’on ensevelit. « Voici la montagne de Sion. Voici les deux ouverts. « Jésus-Christ est là debout. Autour de lui sont les pa- « triarches, les prophètes, les évangélistes, les apôtres, « tous les serviteurs de Dieu. Le Christ m’embrasse et me « ranime. Les saints m’encouragent, ils m’ouvrent les
* On connail ce récit des massacres des colonies vaudoises par un témoin oculaire :
« 11$ étaient enfermés dans une maison, comme dans un abattoir; et le a bourreau allait les saisissant l’un après l’autre, et il leur liait un bandeau « sur les yeux. Après quoi, il les conduisait dans un champ ouvert peu « éloigné de là, et après les avoir fuit mettre à genoux, il les égorgeait avec a le couteau et les laissait sans vie. Puis reprenant le bandeau et le couteau, « il passait à un autre et le tuait de la même manière. Il en égorgea ainsi a quatrc-vingt-liuit. En écrivant ceci j’ai peine à retenir nies larmes, et il « ii’est aucun témoin de ce spectacle qui, après avoir vu mourir un de ces « hommes, ait pu en voir mourir un second. Je frémis de voir le bourreau a tenant le couteau sanglant dans ses dents et le bandeau sanglant dans « ses mains, puis venant le bras sanglant dans cette maison chercher .sa n victime. 11 ressemblait au boucher qui égorge une brebis. » (Speciinen Itoliæ reformatæ, Daniel Gerdès, p. 15Â.)
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« mystères, ceux-ci me consolent, d’autres m’accompa- « gnent en chantant. Je vois des crucifiés, des décapités, « des lapidés, d’autres mis en pièces, ou brûlés, ou cousus « dans des sacs, ou jetés dans des chaudières ardentes. A « celui-ci on arrache les yeux, à celui-là la langue. A l’un « on écorche la tête, à l’autre on coupe les pieds. Je les « vois tous torturés par des supplices divers. Néanmoins, « tous sont vivants et sains et saufs. Et moi aussi je « souffre, en souriant, des maux passagers; car mones- « poir est dans les cieux. Je ne craindrai pas les milliers « d’hommes du peuple qui entoureront mon bûcher. « Daté du Jardin des Délices de la prison Léonine, « le 12 août 1555 *. »
Il n’est pas aisé de dire ce que serait devenu, sans l’intervention du bûcher, le catholicisme en Italie au seizième siècle. Ce n’est pas la discussion qui l’a sauvé. Les théologiens conviennent que le feu, le fer et la fosse y ont plus fait que la parole*.
Quand la croyance commence à s’épuiser, il reste à une religion toute une époque d’endurcis.sement à parcourir, car elle peut encore se rajeunir dans le sang. I^s religions qui ne s’appuient (juc sur l'enthousiasme et qui négligent de forcer la foi par la peur, ne prennent qu’une moitié de l’âme humaine; elles n’ont qu’une moitié de durée. Celles qui se plongent dans la terreur découvrent dans l’homme des prodiges de ténèbres morales, où elles peuvent se faire un domaine nouveau quand l’ancien commence à s’épuiser. 11 y a en Italie des églises qui en renferment deux en une seule ; la première s’élève aii-
* Specimen Italiæ Reformatæ, Daniel Gerdès, p iI6.
* Quod sancto inquisitionis oITicio a Paulo IV, cardinalibus commendato, servatam lidei inte^rilatem, .acceptain referre debeat. (Pallavicini, flw/. Cmc. Trid., lib. XIV, 9.)