LA RÉFOUMK EN ITALIE
dessus du sol à la lumière du jour, la seconde est bâtie et enfouie dans les entrailles de la terre. L’architecte catholique a bâti de même son église dans l’âme humaine ; il n’a rien laissé échapper, ni les parties lumineuses du cœur, ni les puissances souterraines que l’homme se cache à lui-même.
C’est là qu’est aujourd’hui la vraie supériorité du catholicisme sur le protestantisme. Celui-ci cherche encore à toucher des hommes décidés à ne pas se laisser convaincre. Tâche illusoire et stérile ! Celui-là, en rejetant la discussion, là où il est le maître, et proscrivant tout ce qui n’est pas lui, force les peuples de croire sans s’inquiéter si c’est là leur bon plaisir.
C’est une pensée favorite du libéralisme de nos jours, que la force grossière ne peut absolument rien contre les idées. Pour moi, j’avoue n’avoir pas la même conviction de cette impuissance. Je ne vois pas que, par le fer et par le feu, vous ne puissiez bravement forcer l’esprit de quitter cette chair meurtrie, et d’ajourner ici-bas un moment sa victoire.
Quand je considère que les hommes de théorie rejettent eux-mêmes la force que Dieu met quelquefois entre leurs mains, et qu’ils tremblent de s’en servir, je me demande si ce n’est pas là un témoignage de scepticisme plutôt qne d’assurance. Il faut toujours une certaine foi pour oser toucher à la hache; et c’est sans doute pourquoi les sacrifices humains, au sortir du moyen âge, ont eu une vertu propre à retremper les religions vieillies. Ce n’est pas seulement parce que le glaive fait peur, c’est parce qu’on suppose une foi inébranlable chez celui qui s’en sert.
Au seizième siècle, Pltalie était la terre des idées. I.,e siècle suivant elles avaient disparu. Comment cela? Non
U nÉFORME EN ITAf.lE.
dans la discussion, mais dans le sang. A la même époque, les Pays-Bas étaient aux trois quarts hérétiques. Comment ont-ils été rendus à la vérité? par la vertu du fer, du feu et de la corde. Quand l’hilippe il eut brûlé tous ceux qui prétendaient avoir une pensée, que les hiboux peuplèrent les villes de Gand, de Bruges, d’Anvers, que les hommes eurent disparu, ce fut bien force à l’hérésie de se taire et de reconnaître enfin pour toujours la sainteté de notre foi.
Dans les pays catholiques où les idées ne pouvant pénétrer les masses, restent nécessairement le monopole de quelques-uns et les ténèbres l’héritage de presque tous, il n’est pas impossible que la lumière ne paraisse un privilège et ne devienne par là odieuse au peuple. Chose étrange, le fer, qui ne peut rien contre la superstition, ne s’est pas toujours montré impuissant contre les idées. C’est que l’une s’appuie sur le grand nombre, et les autres sur le petit. Toute l’Italie se fût ébranlée pour saint Janvier; elle voyait avec indifl'érence brûler ses philosophes.
Ceci me porte à penser que si l’on peut retenir les peuples dans les liens même extérieurs du catholicisme, on pourra se permettre impunément contre les idées toutes sortes de violence. 11 sullira de res[)ecter les préjugés de la foule en ne niant que la lumière. Dans ces conditions, on a vu les masses laisser avec joie proscrire, extirper l’esprit humain longtemps avant de s’apercevoir qu’il s’agit d’ elles-mêmes !
Le mal que le catholicisme a fait à l’Italie, et que l’on vit clairement au seizième siècle, c’est d’avoir séparé dans la nation les bras delà tète; ce qui arrive |)ar degrés dans tous les États catholiques, où la distance ne cesse d’augmenter entre l’ignorance, de presque tous et l(;s lumières de quehpies-uns. Les ûlècsde ceux-ci ne poii-