LA RÉFORME EN ITALIE
vanl se communiquer aux masses dans le servage spirituel où elles vivent enchaînées, il se fait comme une solution de continuité entre les membres du corps social, et c’est là le premier indice de mort.
Plus les penseurs s’éclairent, plus ils se trouvent séparés de la nation. Dans cet isolement, les uns commen- ’ cent à s’effrayer. Revenant aussitôt en arrière, ils cherchent à accommoder leurs pensées avec les ténèbres de la foule. Au milieu de cette confusion, la philosophie et la religion se perdent ou se trompent mutuellement ; et la conscience périt des deux côtés eu même temps par des embûches opposées.
Les autres, loin de s’inquiéter de leur isolement, ne s’en aperçoivent pas même; car ceux-ci se repaissent d’illusion, ils en vivent. De vains signes leur font croire que la foule les suit, et ils persévèrent dans cette fausse joie jusqu’au jour où, appelant le pays à la défense de leurs idées, ils découvrent qu’ils sont seuls, et que la nation, demeurant en arrière, s’est égarée dans la nuit. Enée a perdu Creü.se en quittant la vieille Troie.
Les Villani, Dante et le peuple italien se comprennent encore mutuellement. Machiavel, Giordano Bruno, Sarpi, Vico, Galilée et ce même peuple, ne se comprennent plus. Qu’auraient-ils à se dire? Ils ne se connaissent plus, ils s’ignorent.
C’est une des raisons qui expliquent le mieux pourquoi l’Italie, la France et tous les peuples qui ont fait dans le seizième siècle obstacle à la liberté religieuse, en sont punis par l’impossibilité d’entrer, au dix-neuvième siècle, dans la liberté politique. Cet air n’est plus respirable pour eux. A peine y ont-ils fait quelques pas, ils se retournent et se rengagent dans la servitude. Les penseurs y semblent voués à une éternelle méprise, car ils ne veulent pas voir