‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 74 sur 97 · I.A RÉFORMR RN ITALIE · texte numérisé non relu

I.A RÉFORMR RN ITALIE

que le peuple ne s’y intéresse nullement à ce qui est pour eux la première condition de la vie publique*.

Qu’importe la liberté d’écrire à qui ne sait pas lire? la liberté de penser à qui ne peut penser sans hérésie? la liberté de conscience à qui n’a pas l’idée d’examiner et de délibérer? Toutes ces prétendues conquêtes de l’homme moderne ne seront jamais que rêveries et vanités auprès des peuples serl's du grand prêtre romain. Le monde de Tâme étant pour ainsi dire exténué chez eux, quiconque promettra le pain et le cirque aura toujours bon marché de celui qui parlera de liberté morale.

Quelquetbis, néanmoins, des manies de liberté saisissent ces peuples, et ils sont en proie à une fureur passagère; tout ce qu’ils rencontrent, ils le bouleversent. J’ai vu moi-même des royaumes entiers qu’ils avaient changés en une nuit; mais tant que vous tenez dans vos mains le frein du moyen âge, ne vous inquiétez pas trop de cette furie. Après tout, il sulïira de leur faire sentir l’ancienne verge. Les voilà, doux et muets, qui viennent eux-mêmes redemander le joug.

Comme ils n’ont pas même l’idée de la liberté religieuse, source de toutes les libertés, principe de tous les droits.

* Il semblait que le catholicisme romain, s’il dissolvait l’État, devait resserrer la tumille, puisqu’il consacre avec plus de rigueur que l’Évangile l’indissolubilité du mariage. C’est tout le contraire qui arriva. Dans les pays où l’adultère même ne put dissoudre le mariage, celui-ci n’en devint pas plus sacré, celui-là en devint moins odieux. Le lien le plus sacré perdit toute sanction morale dès qu’il fut permis de le trahir sans le rompre. Quand l’infamie môme ne dérangea en rien le foyer domestique, elle parut un jeu insignifiant qu’autorisait la complaisance des lois. On vit, par l’usage, se former peu à peu une sorte d’institution civile qui perpétuait à chaque foyer l’opprobre domestique sous une apparence chevaleresque; et les nations chez lesquelles le catholicisme maintint son principe dans la famille, furent celles qui la respectèrent le moins; en sorte que le plus profond des obscn'atenrs put dire que les Italiens, les Espagnols et les Français étaieut la corruption du monde (la corrutela del mondo).

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leurs révolalions, sans base, dégénèrent aisément et prennent un caractère servile. C’est-à-dire que ce qu’ils cherchent n’est pas la dignité de l’ânie, mais seulement la satisfaction dera[»pétil déguisé sons des noms orgueilleux; ce qui fait qu’ils réunissent aisément à la servitude l’insolence. Et ils peuvent arriver à leur but par la servitude plus aisément que par la liberté; car c’est encore un de leurs caractères, que chez eux l’aisance, la richesse, ne servent pas à l’élévation morale. Plus ils s’enrichissent, plus ils s’abaissent; chacun craignant pour ce qu’il possède, cherche un refuge dans un maître contre la rapacité de tous.

J’ai rencontré de ces peuples qui tirent vanité de ce que, ne croyant plus, ils persévèrent néanmoins dans les formes extérieures de la foi. Ils donnent pour prétexte à leur inertie qu’aucune révolution religieuse ne peut les tenter et ne vaut la peine d’un changement. Nulle des riv voltes de l’intelligence accomplies jusqu’ici ne suflit à ces indomptés. S’ils faisaient tant que de se lever et de penser, ils traverseraient en trois pas les bornes de l’univers moral; ils envahiraient des cienx inconnus. En attendant, les fiers Sicambres négligent de savoir lire; ils pensent être affranchis de tout, parce qu’ils dédaignent au fond les croyances qu’ils affichent, sans s’apercevoir que dans ce mensonge ils sont les dupes.

Pour que les peuples mordent le frein, il n’est nullement nécessaire qu’ils croient. Les préjugés qui survivent aiix croyances y suffisent de reste.

Pit en ceci nous sommes encore, Dieu merci, nous autres Français, les maîtres et les instituteurs du monde; car nulle nation, que je sache, n’a mieux montré comment, après le mensonge religieux, il est aisé de faire régner tous les autres, et comment peuvent se cacher sous les

LE COiNClLE UK TUKNTE.

grâces ia délation, sous la liberté l’esclaTe, sous la gloire l’infamie.

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