‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 75 sur 97 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

LE CONCILE DE TRENTE

Réaction religieuse. Premier type des assemblées constitiitionuelles, fondement de l’autorité chez les modernes. Son manque de sérieux. Le livre de Sarpi complément du prince de Machiavel. Comment se rétablit une religion dans un temps corrompu. Primauté de la papauté. L’Italie asservie sert à asservir le monde. Principe de rabsoliilismc fondé en Dieu même.

Comme un vaisseau, lancé à pleines voiles, cède au premier mouvement du gouvernail et vire de bord, en paraissant s’arracher à ses propres fondements, de même, sous l’impulsion du concile de Trente, l’Italie, soudainement arrêtée, se retourne sur elle-même; en gémissant, elle se rengage dans le pas.sé.

Deux choses se réunissent pour que ce concile représente l’homme moderne dans quelques-uns de ses traits principaux : premièrement, l’esprit de calcul mis à la place de l’inspiration religieuse; secondement, le manque de sérieux. L’Italie avait à Trente ses quatre évêques bouffons payés pour parodier les évêques étrangers.

Dans son histoire du concile, Sarpi déchire le rideau du sanctuaire; il laisse voir les délibérations sur l’infini abaissées à une intrigue. De quel hasard dépend tel dogme, tel article de foi qui régit la société moderne? d'un rhume qui courait alors et qui donna la majorité à un certain côté. Voilà le grain de sable de Pascal dans les alîaires du ciel et dans la législation du monde.

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On voit le ciel, l’enfer, pesés, volés, amendes comme une affaire de partis. Où est l'inspiration? où sont les langues de (eu sur les apôtres? La constitution du dogme n’est plus qu’une immense intrigue, l’Eglise apparait comme une coterie. Dans ce long parlement ecclésiastique sont déjà en usage tous les stratagèmes des assemblées modernes constitutionnelles dont il semble être le premier type. Sous le sérieux apparent et ofliciel, I bistorien révèle l’esprit de rouerie appliqué aux mystères. Il vous fait assister à ces embûches parlementaires au sein desquelles se décide le Credo du inonde moderne. Dans les cas douleu.x, le pape envoie des fournées de prélats pour composer la majorité, ce qui fait dire que le Saint-Esprit arrive en poste.

Quelle foi résisterait à un pareil spectacle? Luther attaquait ouvertement les vices de la vieille Eglise, l'indignation était son arme. Sarpi, avec la froideur du Conseil des Dix, montre les dogmes eux-incmes, arrangés, façonnés, enlevés par surpri.se dans l’intrigue de quelques meneurs. Le parlement croupion de l’Eglise, votant les articles de foi du genre humain, c’est la profonde ironie du moine de Venise. Son livre est le complément du Prince. Machiavel avait enseigné comment sc fait un État politique, Sarpi enseigne comment se fait une religion dans un temps corrompu. 11 ne laisse aucun mystère dans le berceau de l’autorité, car il écrit pour ainsi dire le journal, le procèsverbal de la Révélation, du Décalogue moderne. Eh quoi! le Verbe nouveau naît d’une tactique de diplomates, sur le Siua'i du seizième siècle? Propositions équivoques, brigues, concessions apparentes et frauduleuses, perfidies parlementaires, art d’ajourner les questions pour les mieux étouffer, voilà ce qui se rencontre dans le fondement religieux de l’autorité chez les modernes! Comment

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s’étonner, après cela, que cette autorité chancelle si aisément? Tant de pièges qui en font la base, et ces pièges dénoncés avec un pareil éclat! c’est ce qui ne s’était jamais vu. Le moine Sarpi reste jusqu’à la fin dans l’Église, comme s’il était un des croyants; il l’épie, il la surprend et la dénonce au monde.

Quelle créature étrange et moqueuse esl-cc donc que l’homme moderne, de ne pouvoir conserver son sérieux, même en face de son Dieu, au moment même où il écrit les tables de la loi? Pascal aurait beau jeu à la vue de ces frivolités et de ces parodies, même dans le Saint des saints, sous l’aile du Saint-Esprit. Il y a des éclats de rire chex les modernes, jusque dans les fondements de leur Église.

Celui qui veut savoir ju.squ’où va cette légèreté, qu'il lise les lettres confidentielles de l’archevêque de Zara, membre dn concile; il verra les principaux articles de foi votés au milieu des lazzi. Au moment où vous croyez cette solennelle assemblée ravie par l’inspiration de l’Esprit- Saint, la prononciation étrangère, d’un prélat, un jeu de mots sur les mystères, en voilà plus qu’il ne faut pour faire perdre le sérieux à ce conclave d’apôtres. 11 s’agit de discuter le sacrement de l’Eucharistie; les prélats s’ennuient de la discussion : « Les théologiens, dit l’un, nous « feront donc avaler le calice de toutes manières? » üu autre prend pour devise : « S’il plaît aux dieux 1 » en votant sur le dogme de l’unité de Dieu. Un grand nombre votent publiquement dans un sens, secrètement dans un sens opposé.

Ajoutez les disputes ‘ sur l’étiquette , le cérémonial; grands débats qui couvrent pour un moment toutes les questions du dogme et font |)ùlir les ilammes du buisson ardent. Lequel de ces saints aura la chaise pliante? Qui recevia le premier rencensement? Qui portera la queue

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de Sa Sainteté? Jusqu’à ce que ces questions se résolvent, tous les mystères sont suspendus : « La rumeur en fut « si grande, que l'on n’entendit ni l’Epître, ni l’Evangile. « Comme on était à la moitié du Credo, l’on cria silence! « afin de pouvoir entendre le reste, »

C’est l’Italie asservie qui donna la majorité aux doctrines d’esclave dans lesquelles se résume l’esprit du concile de Trente L Le principe de l’absolutisme fut fondé en Dieu même. Le pape reçut son autorité de Jésus-Christ, les évêques du pape; dans cette inégalité s’acheva l’idéal du despotisme sur lequel s’appuya la monarchie moderne catholique de Philippe II et de Louis XIV.

Ainsi, comme une vengeance nationale, l’Italie du seizième siècle, en mourant à la liberté, lègue à ses vainqueurs l’esclavage religieux et politique. Engloutie dans la papauté, elle se glorifie d’y engloutir le monde. La politique du saint-siège consiste, en effet, à répéter aux Italiens qu’ils ne sont quelque chose sur la terre qu’à cause de la toute-puissance de Rome. C’est l’idée politique qui surgit du concile; la vanité de la nation est intéressée à la servitude. Depuis ce jour, il n’y a pour ainsi dire plus de noms italiens dans l’histoire d’Italie. Celle-ci disparait évanouie dans le grand empire catholique; elle entre la première dans cet empire, où les nationalités viendront mourir et s’éteindre après elle. La Pologne, la Bohême, la Hongrie et d’autres la suivront. Déjà on peut reconnaître l’antre du sphynx aux ossements des peuples dévorés.

* Les Eraiiÿiiis, iiiijourd’liui si inclinés vers Home, ubliunaicnt alors la |ii'iniaulé fin pape.

RÉACTION LITTÉRAIRE

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