CHAPITRE IV
RÉACTION I.ITTÉRAIRK EN ITAME.
Oc l'cilucntion en Italie. L’Emile ilii seizième siècle, l’ne maladie morale. Le Tasse. Lutte du naturel pw'tiqiie et du monde de convention. Le (K)ëtc de la réaction catholique. Quelle était sa croyance. Ne croit pas au christianisme. Atteint un hut ojq>osé à celui qu'il poursuit. L’Italie absente de .son Iliade. A perdu l’accent delà douleur, le Tasse et Palestrina. Les deux Jérusalem. L’homme moderne double. Contradiction morale où la raison se brise. Dissolution sociale. Solitude des intelligences. Le mal du Tasse, celui de toute une génération.
Il est difficile d’imaginer quel eût clé le sort de l’Italie, si au moment où l’esprit de liberté philosophique s’y introduisait, l’épouvante causée par la Réforme n’eût fait reculer l’Eglise de pltisieurs siècles en arrière. Comme au dix-huitième siècle, les chefs de la société, les rois et l’empereur d’Allemagne, se lais.sèrenl aller à la pente qui entraînait le monde vers la philosophie, et qu’après l’explosion de la révolution française ils se retournèrent violemment, et se roidirenl contre l’avenir, il arriva quelque chose de .semblable dans l’Italie et l’Eglise au seizième siècle. A la vue de la Réformation, l’Eglise catholique se rengagea violemment en arrière, dans le moyen âge, et le concile de Trente fut l’expression de celte réaction passionnée et aveugle. Au lieu des papes demi-philosophes, qui avaient inauguré la Renaissance, apparaissent des papes inquisiteurs, qui évoquent la Saint-Barthélemy, Depuis ce jour, tout change; la liberté de l’esprit qui avait survécu par hasard à la liberté politique, périt à sou tour. La masse de la nation, obéissant à l’esprit de réac-
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lion (Je l’Kglise, renoniM' à tout (jlan vers i’indt-pendance; il reste encore quelques hommes, précurseurs dp genre humain, qui s’aventurent au-devant de l’avenir; mais ces hommes sont seuls; l’Italie arrêtée, enchaînée dans son esprit, a cessé de les suivre.
La situation nouvelle de l’Italie, qui à la vue de la Ré- Ibrme s’enfuit dans le passé, est personnifi(>e de la nia- )iière la plus éclatante par le Tasse. Cette âme brillante, qui s’élançait avec toute une génération vers la liberté, a (*té brisée par l’effort nécessaire pour reprendre à l’improviste le joug du passé. Au milieu meme de son essor, le Tasse a été contraint de se ressaisir, de se discipliner, de se replonger soudainement dans l’Église; ballotté, tiraillé, disputé entre des mondes opposés, son génie s’est brisé dans le choc.
Né à Sorrente, élevé dans le collège des jésuites de Naples, il reproduira tout ensemble l’éclat voluptueux du golfe, et la ferveur néo-catholique dans laquelle il a été nourri. Un voyage qu’il fait en France, dans sa première jeunesse, lui donne l’occasion de laisser éclater son antipathie pour trois cho.ses : l’habitude de mettre les enfants en nourrice et de les allaiter de lait de vache; le caractère grossier de l'aristocratie française, qui restait nichée sur les sommets des montagnes au lieu de descendre dans les villes; le mépris de cette noblesse pour les lettres abandonnées aux plébéiens comme un signe de roture. La fierté de l’Italien se révolte à cette déchéance de la dignité de l’art.
11 arrive à Ferrare. Que trouve-t-il dans cette petite cour? ce qui était le caractère de toutes les cours italiennes. Là où il n’y avait plus ni indépendance politique, ni héroïsme possible, une seule chose restait : comme toutes les noblesses qui se survivent dans l’oisiveté, le patricial
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italien conservait pour toute supériorité l élé<ianre des manières, l’héritage exagéré, prétentieux de la convenance. 11 s’était même trouvé un excellent prosateur, Balthasar Castiglioue, pour rédiger en code ce dernier testament d’une aristocratie tombée. Castiglione avait écrit l’Emile du seizième siècle; c’est là que l’on voit clairement quel était le principe de l’éducation italienne. La cour est plus puissante encore que sous Louis XIV; car la religion, la liberté, la patrie, n’existant plus, c’est l’usage, l’air, la convenance, qui deviennent le seul Ibndement de la morale. Etre un gentilhomme, tel est le but suprême de la vie humaine. La société morte, il n’en reste que le fard, et c’est cette apparence que l’on s’attache à sauver. Au milieu d’un monde ainsi constitué représentez-vous le Tasse, et vous aurez le secret de ses malheurs. Il y a chez lui deux hommes, l’enfant libre de Sorrente, qui a respiré l’air des montagnes de Calabre, et de l’autre part, le courtisan élevé à l’école du gentilhomme de Castiglione.
Le premier s’exalte; le second roide, apprêté, se domine, s’observe. S’il fait de trop grands efforts pour se contenir, se plier à ce monde artificiel, le ressort intérieur pourra se briser, et la folie naître d’un effort immense pour paraître ce que la convenance appelle un homme raisonnable. Que l’enfant de la nature cesse un moment de calculer, de masquer ses paroles; que l’étiquette soit un jour bouleversée par le poète, ce sera un scandale, presque une révolution. Car si dans le moyen âge le ménestrel, le troubadour s’exaltait dans le château féodal, une aristocratie enthousiaste pardonnait à l’enthousiasme; mais au seizième siècle, rompre le formulaire de la noblesse, c’était briser tout ce qui la distinguait encore. On ne sait si le Tasse fut puni pour avoir écrit indiscrètement à la princesse Eléonore, ou pour l’avoir em-
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brassée . Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il fut coupable du crime de naturel, d’élan et qu’il dut être mis h(>rs la loi par une société pour qui l’oubli de l’étiquette devait être un attentat. Il apportait l’âme vivante d’un ménestrel du moyen âge au milieu d’une société factice. Dès qu’on vit que l’enfant des (Palabres croyait sérieusement à la poésie, il passa pour fou aux yeux des gens de cour.
Goethe, dans la tragédie du Tasse, a conduit le poëte jusqu’au moment où la folie est près d’éclater; Shakspeare a montré dans le roi Lear la folie incurable; ce n’est ni dans un cas, ni dans l’autre, le vrai moment de la tragédie. Cet instant affreux du drame, qui n’a été montré sur aucune scène, est celui où la raison commence à se déraciner, sans être submergée encore dans l’abîme. Le spectacle d’une intelligence qui s’efface, qui disparaît, qui se retrouve, qui se perd, qui se ressaisit de nouveau pour s’égarer encore, cette incertitude, ces défaillances, ces lueurs éclatantes, ces ténèbres subites, ce combat d’une âme avec elle-même pour se sauver, cet affreux débat, ce noviciat dans le délire, voilà la vraie tragédie de l’esprit humain. Heureux qui ne l’a jamais vue de ses yeux ! Cet état de clarté et de ténèbres est celui du Tasse pendant huit ans. Après son duel avec un des gentilshommes qu’il avait défiés dans le palais, il est mis aux arrêts; son exaltation augmente par le sentiment qu’il a manque à la convenance, c’est-à-dire à la vertu suprême. Il s’enfuit à pied sous le nom d'Homère Fuggiguerra; toujours poursuivi par le remords de la bienséance autant que par son amour, il revient à Rome, et ne peut se fixer nulle part. Toujours errant, il arrive à Frascati; des bergers de Velletri lui prêtent leurs habits ; il se déguise et se présente à Sorrente chez sa sœur Sarsale qui a peine à le reconnaître. Des lettres de la princesse Eléonore le pres-
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sent de lefourner à Forraro. Comment résislor à cette voix qtii l’appelle? Il quitte tout, il réparait à Ferrare, il revoit Eléonore au milieu de la cour. Aiïrcux contraste de la réalité et des hallucinations du poêle 1 Dans son dernier instinct de salut, il se dérobe, il s’enfuit pour la troisième fois. Arreté par les gardes d’Alphonse, le prince le fait jeter par dérision dans cette loge étroite de l’hépital Sainte-Anne, où un homme a peine à se tenir debout; ce qui n’empêche pas plusieurs historiens de louer la dynastie d’Este d’avoir pris la peine d’abriter le poète pour le guérir d'uue fistule, l’our comble de raillerie, de loin en loin, on faisait sortir le Tasse afin qu’il allât chez la princesse y disserter sur l’amour. 11 demande à visiter les églises pendant le carême, à faire un pèlerinage à Notre- Dame-de-Lorette. Ce qu’il y a de poignant par-dessus toutes choses, c’est l’effort pour se retrouver et se ressaisir par une occupation continuelle. Sonnets, madrigaux, discours, dialogues philosophiques se succèdent sans relâche sous sa plume fiévreuse. Surtout les dialogues abondent, cette forme convenait au fond d’incertitude qui était dans son esprit.
Malgré tout l’effort du génie, il y a des moments où la folie éclate. D’abord il ne peut admettre que sa raison s’égare; il parvient par une suprême volonté à contenir l’exaltation {cohibere ascensum). Il invoque son propre génie, il compose, il écrit; puis vient le moment où le mal se précipite sur lui et l’écrase. Tantôt il se croit poursuivi parle galop d’un cheval, tantôt empoisonné ou livré aux enchanteurs. Il entend des voix balbutier à ses oreilles et il les prend pour les voix de l’enfer qui l’attirent. Ses yeux jettent des étincelles dans les ténèbres; il voit des esprits follets envahir sa prison, disperser ses manuscrits et ses livres. Pour conjurer les puis.sanc.es du
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démon, il appelle, il demande un médecin de l’âme qui n’arrive jamais. Un bruit lointain de cloches funèbres résonne perpétuellement à ses oreilles; au milieu de toutes les terreurs qui l’assiègent, l’image de la vierge Marie lui apparaît avec son Fils entre .ses bras, au milieu d’un cercle de couleurs et de vapeurs.
11 revient à la foi, seulement par la terreur, et ne peut se persuader qu’il est orthodoxe. Si encore dans cet enfer vivant, il était consolé par le sentiment de la poésie ! Mais il est arrivé à ce dernier degré de détresse qu’il doute par-dessus tout de son génie !
« Oh ! misérable, écrit-il, j’avais projeté d’écrire outre deux poëmes héroïques du plus noble sujet, quatre tragédies dont j’avais déjà formé le plan, et diverses œuvres en prose d’un intérêt universel.
« Je voulais marier l’éloquence à la philosophie pour laisser de moi une mémoire éternelle; je m’étais proposé un hutde gloire et d’honneur impérissables. Maintenant, accablé du poids de tant de malheurs, j’ai mis en oubli toute pensée de gloire; et je me trouverais heureux si seulement je pouvais étancher sans soupçon la soif dont je suis continuellement tourmenté, et si comme un de ces hommes ordinaires, je pouvais achever ma vie en liberté dans quelque pauvre réduit, sinon honoré, du moins non exécré, sinon avec les lois des hommes, du moins avec celles des brutes, qui dans les fleuves et les fontaines étanchent librement la soif dont, il me plaît de le répéter, je suis tout embrasé.
« ... La crainte d’une prison perpétuelle accroît mon tourment, sans parler de l’indignité à laquelle je suis réduit, du désordre de la barbe, de celui de la chevelure et des vêtements; et par-dessus tout, ce qui m’afflige, c’est la solitude, mon ennemie naturelle, implacable, qui déjà
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m’était si insupportable dans mes beaux jours... Je suis sûr que si celle qui a si mal répondu à mon amour me voyait dans cet état et dans cette adliclion, elle aurait quelque pitié de moi. »
On a comparé quelquefois la mélancolie de Rousseau à celle du Tasse! Quelle différence ! L’infini est entre eux. Le Tasse est un gentilhomme, un paladin, un don Quicholle réel qui tend les bras vers un passé que rien ne peut faire renaître. Tout dans la réalité repousse ses meilleurs songes. Cette aristocratie guerrière, enthousiaste qu’il a chantée, il la cherche et ne la trouve plus. Sa voix enchanteresse ne parvient pas à ranimer les morts. Séparé du peuple et de l’aristocratie tout ensemble, son pocme ne sera pas réalisé par une révolution. Loin de là, toutes les révolutions futures s’accompliront dans un sens opposé à son exaltation. Il se trouve avec ses fantômes dans une solitude incurable ; sans pouvoir sympathiser avec personne, il se prend à douter même des .spectres chevaleresques qu’il a évoqués. Au contraire, Rousseau, même dans la solitude de l’île de Bienne, a d’avance l’orgueil de la victoire. Dans les jours les plus amers, il ne lui arrive pas de douter de son œuvre; il se sent d’accord avec la marche des choses; et si ses contemporains lui manquent, il s’appuie avec une confiance superbe sur l’avenir. Une révolution le suit pour consommer son œuvre et obéir à sa pensée: il en jouit d’avance. Le Tasse ne peut ramener le passé, il désespère de l’avenir, le présent l’accable; son esprit, qui ne s’abrite à aucun point de la durée, défaille et se précipite dans le vertige.
Ce fut le malheur du Tasse que le sujet de son épopée ne put s’accroître et se développer indéfiniment, comme celui de Dante, de manière à devenir l’occupation constante de sa vie.
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Tant que la Jérusalem délivrée remplit son esprit, il conserva l’équilibre de ses facultés. Le jour où le poème fut fini, commença le désespoir du poêle. A la place de celte vie radieuse, de ces chevaliers, de ce monde idéal qui l'accompagnaient partout, il se fit un vide, un silence affreux autour de lui. Tant que son poème continuait, il s’en armait contre lui-même ; le livre fermé, les songes congédiés, le Tasse se trouve seul au monde, au milieu du machiavélisme de la Renaissance religieuse.
Jamais on ne vit plus évidemment la fortune d’un homme attachée à sa mission. Celle du Tasse achevée, il meurt moralement; il ne se reconnaît plus ; c’est l’histoire de Jeanne d’Arc quand elle a sacré son roi. La Jérusalem délivrée est achevée en 1575; les premiers symptômes de la maladie morale éclatent quelques mois après.
Quelle était l’intention avouée du Tasse, en choisissant pour sujet les croisades? D’un côté, il obéissait à l’émotion de rilalie qui, avec Pie II, préparait une nouvelle croisade contre les Turcs. De rautre, il voulait luller à sa manière contre la Réformation, en faisant rentrer la religion dans la poésie; en même temps que des ordres nouveaux, les jésuites, les oratoriens, les ursulines, conduits par Charles de Borromée, Loyola, sainte Thérèse, Vincent de Paul, Philippe de Néri, combattaient les innovations de la philosophie et du protestantisme. Les sujets chrétiens n’avaient été traités qu’en latin après le Dante, et la langue italienne était restée anticalholique depuis Boccace. Plusieurs écrivains ecclésiastiques avaient tenté de ramener la poésie aux sources chrétiennes. Sannazar avait mis les prophéties de Virgile, les pressentiments de l’églogue de Pollion dans la bouche des bergers au seuil de l’élahle de Bethléem.
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Le Tasse fui le premier qui porta audacieusement la réaction catholique dans la langue vulgaire.
Si quelque chose est saisissant, c’est do voir que ce poète de la restauration catholique ne croit pas au christianisme; il l’avoue plus lard lui-même avec larmes, dans une sorte de confession publique au Dieu de l’Évangile. Nourri dans la philosophie de la Renaissance, son évangile, c’étaient les idées de Platon, les atomes de Démocrite, la matière première d’.Arislole. Quant aux dogmes de l’Église, «je doutais, » dit-il au Dieu chrétien, « si tu as « créé le monde, si tu as donné à l’homme une âme im- « mortelle, si tu es descendu jusqu’à le vêtir de l’huma- « nité; je désirais le triomphe do ta religion sans y croire.»
Il déclare qu’il n’avoue pas ses doutes à son confesseur dans la crainte de ne pas recevoir l’absolution. Cet état de scepticisme profond qui ne conserve de la foi que le désir et le regret, s’associait pourtant à la haine la plus ardente du protestantisme. Comme saint Cyprien s’était fait chrétien pour épouser une chrétienne, le Tasse se fait catholique pour épouser la poésie du catholicisme. Sans croire aux sacrements, il se confesse; sans croire à la religion, il la célèbre : voilà la situation intérieure du poète de la chrétienté au lendemain du moyen âge.
Aussi comment ne pas reconnaître cet esprit douteur à chaque page de h Jérusalem délivrée? Que l’empreinte du christianisme est peu profonde dans l’Iliade chrétienne! Au lieu des croyances populaires, qui fout la vie des peintres, le Tasse ose à peine se servir du merveilleux. La Madone de Raphaël est absente du poème de l’Italie moderne. Au lieu des réalités poignantes de Dante ou de Calderon, le ciel chrétien s’évapore; les visions si réelles du paradis du moyen âge ne sont plus que des rêves. La langue est devenue trop charnelle pour faire parler comme au temps
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de Danle les âmes toutes nues. Les anges ne lai.ssent plus une trace profonde là où ils ont passé; ce n’est plus qu’une vapeur insaisissable.
Veut-il faire intervenir un esprit d’en haut? a A ces « mots, » dit le poêle, « U sembla qu’une lueur brillante « et sereine descendit comme l’étoile ou l’éclair que la « nuit d’été secoue de son manteau.
« l’eut-ètre (si une langue mortelle ose pénétrer dans « les secrets mystères), peut-être, était-ce un ange qui « descendit des chœurs suprêmes et l’enveloppa de ses « ailes. »
N’est -ce pas là le christianisme d’un rationaliste? Vous avez le choix entre un éclair d’une nuit d’été, une étoile qui file, ou l’apparition d’un archange. Tel est ordinairement le merveilleux du Tasse; il le corrige, il le tempère par trop de précautions oratoires; vous avez presque toujours à décider entre la physique et la croyance. Saint Michel parle, il n’agit pas; que ne se sert-il de sa lance comme dans les tableaux de Raphaël? Ce demi-croyant n’ose faire intervenir le miracle s’il ne peut l’appuyer sur l’exemple d’un poëte païeti. En sondantson christianisme, vous sentez l’imitation d’Homère. Son dieu dans la nue tient le milieu entre le Logos de Platon et le Jupiter du mont Ida. Comme dans les Madeleines pénitentes du Guide, vous retrouvez l’imitation de la Niobé; de même sous le christianisme du Tasse, vous retrouvez partout l’âme du paganisme. Il ne touche plus qu’avec timidité les cordes de la foi chrétienne, il craint son lecteur, son siècle, surtout il se craint lui-même.
Dans son poëme, plein du souvenir de l’antiquité, il met, comme Sixte V, la croix sur des ruines païennes.
Au moment de la prise de Jérusalem par les chrétiens, l’année céleste des anges assiste les croyants du haut des
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nues; mais ces légions (ranges ne. l'ont que paraître un instant comme un météore. Quel tableau le poète eût tiré de celte pensée, s’il avait eu la foi ! L’armée céleste fût descendue sur la terre et eût ouvert elle-même les portes de la cité sainte; elle eût rapporté du haut du ciel les insignes de la passion; foulant les sentiers du Jardin des Olives, elle eût marché au-devant de l’armée des croisés, et le ciel et la terre se seraient ainsi rencontrés au bord du sépulcre reconquis. On eût vu les anges, au milieu de la mêlée, ombrager de leurs ailes les sentiers de la passion 1 Us auraient fait tourner et crier sur leurs gonds les portes de Jérusalem : la milice céleste et la milice tei^ restre se seraient un moment confondues dans les lieux saints. Un croyant n’eût pas manqué de puiser dans les abîmes des cieux. Chez le Tasse, l’idée est indiquée, elle ne se réalise pas. Toutes les fois qu’il louche.au miracle, il hésite; il fuit son sujet.
Un grand mécompte avait saisi le cœur des hommes après les croisades; ils étaient partis pleins de foi, ils reviennent presque sceptiques. Ils étaient livrés à l’esprit d’ascétisme, de macération, ils rapportent de l’Orient le goût de la matière et des voluptés sensuelles.
L’Europe mystique avait voulu conquérir un tomheau, elle ne recueille dans ce tombeau que l’amour des choses mortelles.
La même contradiction éclate dans le Tasse. Il entreprend ses croisades avec un ferme d(‘sir d’atteindre au .spiritualisme chrétien; dès les premiers mots, il subit la séduction de la nature et du monde extérieur. Il veut être mystique, il est sensuel; il prétend ramener le christianisme à ses austérités premières, et il n’est lui-même tout entier que dans les ravissements de la beauté visible. Incantation des sens, magie des couleurs, atmosphère em-
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bauniée, langage diapré comme im prisme, amollissement du siècle au souffle des cours, voilà par où l’emporte celui qui aspirait aux mystères indicibles et aux âpres sentiers de la Thébaïde. Quels sont les personnages qu’il a créés et qui subsistent dans la mémoire des hommes? Godefroy rappelle Énée. Renaud, c’est une ombre d’Achille, .^es créations véritables, originales, sont Clorinde, Herminie, Armide, c’est-à-dire autant d’images de l’enchantement des sens, l.e poète du Saint-Sépulcre excelle à peindre les parfums de Sorrente, il n’oublie que les tristesses du Golgotha.
Depuis ce temps, la poésie italienne a perdu la conscience du deuil national. Une des plus grandes misères de l’Italie, c’est qu’elle n’a pas su souffrir, et que les épreuves ne lui ont rien appris! L’impossibilité d’accepter la douleur, de s’en nourrir, de s’cn inspirer, de se renouveler dans celte source brûlante, paraît à ce moment. L’Italie échappe au désespoir par la volupté; elle est flagellée par toutes les verges du ciel et de la terre; et cette passion qu’elle n’accepte pas, qu’elle ne sent pas, ne lui enseigne rien. Captive comme Jérémie , elle s’amuse comme Renaud à se mirer dans le miroir d’Armide. Quelle trompette la réveillera sous cet ombrage! Tous les maux l’ont frappée à la fois, et jamais elle n’a pu acquérir la science de la douleur. Si l’on veut presser ces idées, on verra l’explicalion de ce qu’il y a d’étrange dans les destinées de rilalie. Ce secret se résume dans ces deux mots; au comble de l’adversité, elle n’a pas assez senti son mal. Pour la première fois dans le monde, on voit une épopée historique chantée par le peuple, sans qu’elle renferme un seul souvenir national. Comment se figurer la Grèce absente des poèmes d’Homère! L’Italie manque à son Iliade! On dirait qu’elle a disparu de l’âme des Italiens.
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Que resle-t-il de cette grande tombe? Un souffle voluptueux qui se répand sur tout le poème et assoupit la plainte des morts.
Comme la plupart des hommes de son pays à la tin du seizième siècle, le Tasse est plus grand par ce qui se passe au fond de son cœur, que par ses œ.uvres mêmes. Il a bien senti que dans la Jérusalem délivrée, il atteint un but opposé à celui qu’il poursuit; son œuvre, à peine achevée, le tourmente comme un remords. Quoi ! ce paganisme qui renaît de lui-même dans son esprit, celte langueur voluptueuse, cet amour tout profane, ce sourire énervant, cette ivresse de la nature toute-puissante, e.sl-ce là ce qu’il avait projeté de peindre? Par quel enchantement démoniaque sa voix n’a-t-elle évoqué au fond du sépulcre du Christ que des personnages réclamés par l’enfer?
Plus à l’aise dans la magie que dans le christianisme, n’a-t-il pas décrit les jardins d’Armide, ouvrage des démons, mieux que les demeures invisibles des esprits?
O douleur, qui surpasse toutes les autres I son génie a exprimé le contraire de ce qui était dans sa volonté; l’épopée qui devait servir à la gloire du Dieu chrétien, ne divinise que le plaisir. C’est à ce moment que le Tasse se croit véritablement ensorcelé et damné. Son esprit ne se développe pas comme celui de Dante par nu progrès continu, mais par de violentes rébellions intérieures qui chau-" gent et bouleversent tout son être.
Que faire pour expier tant de songes maudits? Décomposer son poème, tourner au sens abstrait ce qui parle aux yeux du corps, plonger l’édifice profane dans l’abîme invisible, faire pénétrer de force l’esprit de macération, Tascétisme dans le poème réprouvé. Avec une fureur incroyable le Tasse s’acharne contre la Jérusalem délivrée;
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il lii ivl'ait vors par vers; loul ilevient symbole, abstracliou, spiritualisme.
Cette Jérusalem, qu’il avait bâtie de pierres, c'est, dans le nouveau poëme, la félicité civile; il faut la conquérir sur le rocher escarpé de la vertu. Godefroy de Bouillon, c’est l'intelligence souveraine; les autres princes sont les facultés de l’àme. La plupart des femmes, qui étaient le princi|)al enchantement de son œuvre , disparaissent comme des esprits tentateurs, ou se déguisent sous des symboles de spiritualisme. Il dépouille de leurs noms ces personnages trop aimés, qu’il se reproche comme un péché. Hermirjie, devenue elle-même une abstraction, ne se présente plus devant les bergers; elle s’appelle Nicée dans le poëme corrigé. Du moins, après avoir effacé ainsi les couleurs de sa pensée, et ravagé dans un saint transport l’œuvre de sa première inspiration, a-t-il atteint les hauteurs chrétiennes du calvaire désolé vers lequel il aspire? Nullement! Son nouveau poëme est aussi loin que l’ancien, de la foi vivante. L’évangile macéré, qu’il s’obstine à retrouver, à embrasser, il ne peut l'atteindre. La cité qu’il vient d’élever des ruines de la première, ce n’est pas celle de Jésus-Christ, c’est la cité des idées de Platon.
Le my.sticisme le fuit à mesure qu’il veut s’y plonger. Tantale chrétien, il ne peut approcher des eaux vives de la foi. liOrs même qu’il entrevoit la Sion mystique, ce n’est pour lui qu’un songe, un désir, jamais une apparition réelle. Le poëte de l’Italie semble expier à lui seul tous les égarements du seizième siècle.
Dans la Jérusalem délivrée, il a célébré la patrie visible; dans la Jérusalem conquise, la patrie spirituelle. Désormais il voudrait les réunir dans une troisième Jérusalem, et, sentant qu’il ne le peut, son cœur se brise; le désespoir commence.
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Il prie en mouranl le cardinal Aldobramlini de brûler toutes cos Jérusalem (jiii se contredisent et se détruisent l’une l’autre. Flottant ainsi de la région des corps ci la région des âmes, le Tasse chancelle et s’abîme dans le vertige; il a perdu le chemin qui de la terre mène au ciel; il s’est égaré dans le monde des esprits.
Sa grandeur est de représenter ainsi le déchirement qui se fait dans le cœur de l'homme moderne. Car l’homme, qui avait été un dans le moyen âge, devient double dans le Tasse; il porte en lui deux Jérusalem qu’il ne peut concilier, la divine et IHmmaine; il entend deux voix, il aime à la fois deux femmes du nom de l-éonore. 11 s’aperçoit ([u’il renferme en lui deux personnes, deux cités, deux croyances, deux amours, deux poèmes contradictoires; n’est-ce pas assez pour délirer, même sans avoir la fièvre?
Bruno, Campanella, Pascal, Jean-Jacques Rousseau, Ryron, quelle âme profonde ne porte en soi les deux Jérusalem? Croire et ne pas croire, volupté et austérité, discorde du ciel et de la terre, Sion antique et nouvelle, contradiction où se brise l’esprit précurseur, abîme creusé d’avance pour engloutir Pascal! le Tasse a rencontré le premier ces contrariétés effrayantes; les ténèbres l’ont dévoré.
Le travail de l’esprit moderne pour ressaisir et rassembler ces deux livres, ces deux mondes opposés', enfante |)artout des épouvantes, des sueurs brûlantes, la soif inextinguible; et plus d’une fois le monde voyant un cœur troublé qui cherche ce qu’a cherché le Tasse, répète le mot du prince : « Quel malheur qu’un si grand homme soit devenu fou ! »
Chose extraordinaire! Celui-là même qui, en Italie, a le plus souffert, n'a pu s’élever au ton de la douleur. Ce pro-
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tlige de désolation restera, dans la mémoire des hommes, associé à l’idée de la volupté enchanteresse. 11 semble que, pour châtiment, l’Italie fût condamnée à ne pouvoir pleurer même sur ses plus cuisantes infortunes. Depuis trop longtemps la langue avait oublié qu’il y a des larmes dans les choses. I>e plus grand mal du Tasse fut de ne pouvoir trouver au fond de son génie un accent qui répondît à sa détresse intérieure. Sa langue éclatante souriait quand il voulait la faire gémir, comme par une dernière dérision de la fortune! Son instrument l’a trompé, il voulait exprimer les joies du sépulcre; la corde rebelle a répondu par un chant de volupté.
Cependant, un mal aussi intolérable que celui de l’Italie, ne pouvait manquer de s’exhaler quelque part; cette terre fleurie devait laisser percer un gémissement. Puisque la poésie italienne a perdu ses notes les plus graves, une autre langue parlera; et la musique dira ce que la parole trop profanée au plaisir est incapable d’exprimer. Palestrina qui vit à Rome auprès du Tasse, et meurt presque en même temps que lui, sera le complément de son génie. Il a trouvé l’accord et la Mélopée de cette Jérusalem invisible qui sanglotait au fond du cœur du Tasse, sans pouvoir éclater. Le musicien a su donner une voix à cette Italie muette, flagellée, déchirée, que les poètes s’obstinaient à amuser. Dans les chants de la messe de 31arcel, cette autre Iliade, comme s’exprime un biographe, on sent la Passion de tout un peuple. Palestrina, enfant de la campagne de Rome, a fait pleurer la terre sous les pas d’une race désolée. Les lamentations du Sépulcre, la plainte grêle du vent dans les touffes de l’hysope, se traînent dans le Miserere sur le rhythme défaillant d’une nation qui se meurt. Ce grand Miserere, ce cri : pitié! pitié! (jui s’élève des monts et des vallées, des solitudes et des
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villes, n’cst-ce pas le clianl il’agonie d'un peuple mis eu croix depuis les Alpes jusques à la Calabre?
Ce qui disparuit d'abord dans les chants nationaux des peuples opprimés, c’est le rhythme. Il reste une longue plainte, entrecoupée, haletante, un murmure, qui tient delà résignation plus que du désespoir; mais rien qui marque le battement régulier de la vie. Voilà ce que l’on remarque aujourd’hui dans les chants des Moldaves, des Valaques; le chant se dissout. Malgré toutes ses chutes, ritalie n’a jamais perdu le rhythme. Le pouls a continué de battre avec régularité et avec force, même sous le froid de la mort.
De la chapelle Sixtine partent des mélodies déchirantes. Le Jérémie de Michel-Ange sort de son silence séculaire : il frappe les saintes murailles de ses longs cris de malheur; et les lamentations d’un peuple tombé, captif, décimé, étonnent la terre, accoutumée aux fêtes de la Renaissance. Pendant deux siècles, ce qui reste d’àme à l’Italie s’exprime par la musique. Ne cherchez plus ailleurs l’accent profond de cette contrée; il n’est pas dans 3Iarini ou Métastase; il est tout entier dans Palestrina, Durante, Pcrgolèse. Quand la parole est encbainée, quand les mots sont glacés par la servitude, entendez-vous, dans le dix-septièrne et le dix-huitième siècles, ces voix pures, ascétiques, mélodieuses, graves, pleines de larmes, qui répètent le Slabal Mater dans les savantes maîtrises de Venise, de Rome et de Florence? Ecoulez! c’est le cri (les pieiTes dans la campagne de Rome, c’est le consumrnatum est de l’Italie sur son calvaire.
Entre l’époque de l’Arioste et celle du Tasse ou aper^joil un symptôme effrayant de mort. Dans la première époque de la Renaissance, les hommes tiennent encore étroitement les uns aux autre.s ; ils s’avancent pour ainsi dire du
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même pas, poussés par une force qui part du fond même du moyen âge. Malgré l’intervention de l’étranger, il reste un lien profond entre les individus; on sent en toutes choses un corps organisé. Artistes, écrivains, politiques, philosophes s’entendent et vivent d’une vie commune ; il n’y a de solitude pour personne. Raphaël est ami de Casliglione, Machiavel de Guichardin, Michel-Ange dePolitieii, i’olitien de Marsile Ficin; tous sont réunis par une confraternité de pensée dans le poëme d’Arioste. En un mot, les hommes, malgré l’ébranlement de la patrie, sont rapprochés encore par mille liens de l’intelligence*, ils s’a|>puient les uns sur les autres, ils se consultent et forment ensemble une société splendide.
A l'époque du Tasse, tout est changé. La réaction subite du catholicisme a troublé et brouillé le dernier accord. Ce monde brillant, surpris à l’improviste, s’est débandé. La patrie disparue, il ne se rencontre plus que des individus puissants, qui, sans aucune solidarité entre eux, s’enfoncent de plus en plus dans l’isolement* et dans le mystère. Je remarque, en outre, que ces riches natures, abandonnées à elles-mêmes, sans nul contact mutuel, n’étant plus jamais réprimées l'une par l’autre, perdent l’harmonie qui avait sauvé la génération précédente. Tout ce qui garde quelque grandeur est marqué alors d’un caractère effréné. Au sein de cette solitude morale, intellectuelle, où chacun se repaît de soi-même, le génie est accompagné d’une sorte de désordre de l’intelligence. D’étonnantes infirmités de
* Au temps où j’écris ces lignes, les hommes .nussi, les âmes vivantes, se retirent, se séparent, se développent sans se connaître mutuellement. La solitude est redevenue profonde; plus de solidarité, plus d'amitié entre les personnes; chacun s’ensevelit dans un isolement systémali(jiie ; on ne se cherche plus, n’ayant, il semble, plus rien à se dire, et même on se fuit. Oiiel signe est ce là? O mou pays! Descendrais- tu sur la pente de rilalic du dix-seplième siècle? — 1847.
EN ITALIE
l’aine et le vertige de l’esprit, se mêlent à presque toutes les nobles pensées. Le mal du Tasse devient celui de plusieurs générations. Inconnus les uns aux autres, (]ardan, Cartapanella, Bruno, Vanini, se rongent dans leurs propres pensées, emportés, enveloppés par une sorte de tempête morale; sans patrie, sans croyance; esprits déracinés, qui flottant entre le ciel et la terre, souffrent Ions, comme le Tasse, d’une incurable solitude; intelligeiutes audacieuses qui n’ont plus de disciples, ardents orateurs qui n’ont plus d’auditoires, héroïques préenrseurs <pie personne ne suit. Depuis le concile de Trente, la masse de la nation s’est arrêtée et glacée. L’Italie, retournant la tête vers le moyen âge, a été, comme la femme de Loth, changée en statue.
Cardan, Campanella, Bruno, et tous les autres philosophes italiens, continuent le monvement; ils s’élancent dans l’avenir. Mais ils sont seuls, et cet isolement sauvage les trouble, les désespère, les exalte. Ils se consument en efforts désespérés pour appeler à eux le peuple italien, qui, lassé, vaincu, blessé, refuse de suivre plus loin ses chefs. Dire, publier la vérité, appeler l’esprit humain à l’indépendance; jeter sur une terre asservie le cri de salut, et ne plus trouver d’écho, ce fut le rôle de la philosophie italienne. Quand elle vint à parler, les oreilles ne voulaient plus entendre. On s’était accoutumé au silence du tombeau; les peuples auraient volontiers lapidé quiconque les rappelait à la vie. Le plus cruel symptôme fut que l’Italie, dans ses pins grands hommes, parut alors frappée à la tête.
Ce que les conspirateurs de nos jours ont ressenti de douleur, quand, se mettant à la tête d’une armée imaginaire et appelant le peuple à la liberté-, ils ont vu que personne ne les suivait, tout cela a été d’abord senti par les héros de l’intelligence en Italie, depuis le moment où