‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 81 sur 97 · J60 LA MORT SOCIALE · texte numérisé non relu

J60 LA MORT SOCIALE

sur un cadavre. Parmi nous, la science de ruiner une société est devenue plus profonde et plus simple.

Les vainqueurs imposent aux vaincus le gouvernement d’une famille qui représente et éternise chez eux l’effet de la conquête. C’est donner moins de prise à la révolte du peuple subjugué, qui, ne voyant dans son soin qu’une famille de plus, incline à en oublier l’origine. La présence d’une armée ennemie courrait risque de provoquer un reste de fureur, en faisant saigner la blessure. La domination d’un prince n’a pas le môme danger, surtout s’il peut invoquer une origine populaire. Rien ne lui est plus aisé que de se présenter comme un sauveur chargé de fermer les plaies d’un peuple. Qu’il ajoute à cela quelque bienfait qui ne lui coûte rien; beaucoup acclament comme les prémices de la paix l’anéantissement social.

Voici alors ce qui se passe. 11 se trouve des hommes habiles, lesquels, dégradés par la chute de l’Etat, nient que ce peuple ait été réellement défait. Et c’est encore là un grand pas dans l’abime; car la douleur même que causait la servitude s’efface sous ces paroles menteuses, et l’on détruit ainsi jusqu’au désir de l’affranchissement.

Après avoir essayé de ce poison, bientôt on essaye d’un autre plus subtil. Non-seulement la défaite n’est plus montrée comme une infortune, on la présente comme un progrès vers la civilisation. La conscience du citoyen ainsi apaisée par les politiques, c’est l’affaire du prêtre d’achever d’endormir les cœurs. Toujours et partout, après Machiavel vient Loyola.

Nouveau degré dans la mort sociale. Cet esclavage, sans violence, sans énergie, on commence à l’aimer; il parait doux d’être dépouillé de la responsabilité de soimême. Au lieu de l’inquiétude d’une destinée changeante, un présent toujours semblable séduit par son immobilité

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