‹ Les révolutions d'ItalieChapitre 82 sur 97 · LA MORT SOCIALE · texte numérisé non relu

LA MORT SOCIALE

même. Plus la Titalité diminue, plus chaque mouvement renferme de soulTrances.

S’il se trouve par hasard qu’une religion vieillie, ombrageuse, rencontre un Etat tombé dans ce degré de misère, ces deux vieillesses se glacent l’une par l’autre. Tous les instincts étant troublés et renversés, le goût de la mort saisit alors les peuples d’une sorte de folie qui est l’ivresse du sépulcre.

Si dans cette condition il arrive que la liberté leur soit tout à coup montrée sans préparation, d’abord elle leur est odieuse. Cette vue les jette dans une inexprimable rage. Pour tuer leurs rédempteui's, ils trouvent une force fiévreuse qui semble la force même de l’enfer. Soit que cette image d’indépendance soudainement aperçue leur semble un reproche et une condamnation ; soit que le premier contact de la liberté cause en effet une souffrance intolérable à ceux qui se sont laissés roidir dans la servitude; soit que, par l’habitude, ils prennent leurs fers pour une partie de leurs membres et de leur propre chair; soit enfin qu’ils se fassent de leur esclavage un dogme de leur religion; je ne serais pas embarrassé pour nommer des peuples qui, dans le premier moment du réveil, se sont jetés sur leurs libérateurs, et ont bu leur sang avec une indomptable volupté.

Oliverotto était né dans la république de Fermo; il quitta son pays et gagna le commandement d’une compagnie franche. Un jour, las d’errer, il voulut se montrer à ses concitoyens. Pour prouver qu’il n’avait pas démérité, il demanda aux magistrats républicains la faveur de faire son entrée dans la ville à la tête de sa compagnie; elle devait lui faire honneur à lui et à la commune de Fermo. On lui accorda sa requête. Arrivé dans la ville, il convoque tous les notables à un banquet; ils étaient plus de deux

IA MORT SOCIALB.

cents; le festin fut joyeux. Au dernier, service, chacun des convives eut un serviteur derrière lui qui l’étrangla sur sa chaise. Oliverotto devint ce jour-là même chef de la république; le peuple l'acclama avec ivresse. Il régna en paix jusqu’à ce qu’il fût lui-même étranglé au banquet de César Borgia, à Sinigaglia.

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