SOS
Saint-Pierre. J’ai peur que la inagnincencc et l’orgueil de cette mort n’amusent par sa grandeur quelques imaginations italiennes, et qu’à voir ce que fait le reste du monde, il no leur semble pas assez évident qu’il vaille la peine de vivre. Dans .AlOeri et quelques autres âmes de cette trempe, je retrouve ce que la Bible appelle la vanité du sépulcre.
Examinez, pesez ce que je viens de dire, vous verrez que le problème de l'Italie se réduit à ces termes : seule des peuples chrétiens, l’Italie veut-elle identifier son avenir avec celui de l’Eglise catholique, se relever ou tomber, se rajeunir ou vieillir avec elle? Est-elle décidée, comme dans un moment de naufrage, à se lier au mât de la nef que tous les vents de l’abîme ont déjà ébranlée? 11 n’est pas une nation qui ne se soit réservé la possibilité de surnager, et qui en séparant sa destinée politique de la destinée de la vieille Église, n’ait conservé libre au moins son lendemain.
C’est une grande mort de mourir avec une Église. Les Juifs s’enterrant sous le temple de Jéhovah valent bien les Romains vainqueurs qui pendant quelques années encore promènent leur scepticisme en attendant qu’ils achèvent, on ne sait comment ni à quelle heure, de se disperser et de s’évanouir en poussière. Mais ce temple, c’était la Judée; le sacerdoce hébraïque, c’était le peuple juif. Religion et patrie étaient une même chose. La synagogue avait fait la nation; il convenait de vivre, de se sauver ou de périr ensemble.
Pourquoi l’Italie s’obstinerait-elle dans son orgueil à s’affaisser avec la papauté elle-même?
Veut-elle lui faire l’hommage de son non-être, comme les Hébreux faisaient, au sacerdoce de Moïse, l’hommage de la nationalité qu’ils en avaient reçue? Quand les Juifs, environnés, assiégés par le monde romain, se décidèrent VI. 29
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à mourir, ils savaient qu’ils mourraient; car ils voyaient l’ennemi sous leurs murs et les échelles dressées ; ils eurent la grandeur du danger. Mais quand, environnée de toutes parts, cernée, affamée par l’esprit moderne, rilalie s’obstine à s’idenüGer temporellement avec la papauté, parce qu’elle croit que là est la couronne et le triomphe prochain de la fortune , elle tombe sans héroïsme, puisqu’elle ne voit pas le péril, et qu’elle croit revivre par la force même qui la tue.
Comment m’exprimer en paroles plus claires? Il le faut, cependant; et je dois m’y appliquer, puisqu’il s’agit de la vie d’un peuple.
Dieu de vérité, donne-moi ta lumière pour me faire entendre de cette nation blessée à mort I
Cinq siècles ont assez bien éclairé la question. Dans le dix-neuvième, les Italiens ont à considérer s’ils veulent être les martyrs, non du Christ, mais du pape. Que, s’ils ont cette ferme pensée, il faut en avoir la grandeur et la résolution, c’est-à-dire s’avouer à soi-même et déclarer au monde que, s’immolant au sainl-siége, ils renoncent à former un corps de nation; et cela dit, abandonner franchement et pour toujours l’espérance de se faire une patrie, s’asseoir sur les degrés du Vatican, et prendre en j)itié des hauteurs de la cité universelle, les joies étroites de la cité politique'. Dans ce cas, ils auront la magnanimité d’un sacrilice accompli sciemment; ils seront les martyrs d’une croyance réfléchie. Par cette immolation, ils pourront, que sais-je, rencontrer des restes de leur ancien génie.
Ou bien s’ils veulent d’une manière délibérée, se conquérir une patrie, il faut renoncer à ce qui en exclut jus-
* VÎAn de bien mourir. Savoiiai-oic.
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qu’ici l’idée, c’est-à-tlire à la domination du sainl-siége. Voilà le fond des choses el la plaie mise à nu. Car d’espérer réunir et posséder à la fois les deux solutions contradictoires, c’est se vouer à une éternité terrestre de misères; puisque, n’acceptant pas le martyre pour le saint-siège, on n’en aurait pas la grandeur, et ne voulant pas la patrie avec assez de décision pour renverser ce qui l'empêche de naître, mais caressant deux chimères, ne se donnant pleinement ni à l’une ni à l’autre, ce ne serait vouloir ni vivre ni mourir. Et comme les siècles ont passé sans rien produire de décisif pour l’Italie, tant que cette ambiguïté a persisté, les siècles à venir seraient également stériles. On verrait, après mille ans comme aujourd’hui, un peuple qui, ne se décidant ni pour le cosmopolitisme de l’Église ni pour le patriotisme de l’État, serait condamné, pour son châtiment, à se chercher lui-même, également en dehors de l’humanité et de la patrie, dans une cité de néant que, chaque jour, il édifierait d’une main et détruirait de l’autre.
Poursuivre à la fois l’asservissement du monde sous la Rome de la papauté moderne et la liberté indigène sous la Rome de la nationalité, c’est trop d’une visée; il faut choisir!
Voilà douze cents ans que le malentendu se prolonge. Il faut enfin savoir si l’on veut vivre ou si l’on veut mourir.
Si la plaie éternelle de l’Italie est le manque d’être, le besoin de s’appuyer sur autre chose que la conscience de son droit, si c’est l’habitude de chercher sa force en dehors de soi-même, il n’est que trop évident que la papauté ne peut pas guérir ce mal. Plus elle intervient dans les affaires de ritalie, plus celle-ci s’accoutume 'a ne pouvoir se passer de patronage; en sorte que l’on arrive à ce comble
LES ESPÉRANCES
de maux que ce qui paraît aujourd’hui à nos contemporains le remède ne sert qu’à empirer la blessure.
Le droit! le droit! voilà ce qui manque aux Italiens; c’est la conscience qu’il faut refaire.
Il faut une action quelconque par laquelle la nation italienne se prouve à elle-même son existence. Tous les peuples modernes se sont ainsi afHrmés par un acte, par un fait, dans lequel la conscience d’eux-mêmes leur a été révélée : l’Allemagne, par le protestantisme; l’Angleterre, la France, l’Espagne, par leurs révolutions; les Etats-Unis, la Grèce, par la guerre de l’indépendance. Attendre que ce fait vienne du dehors, c’est une autre forme de servage. Non ! il faut ne rien attendre de l’univers, se prouver à soi-même que l’on se suffit pour naître. Car, je le répète, il s’agit pour la nation italienne de naître, non pas de se reposer.
11 y a deux coups à frapper, car il y a deux illusions, deux fictions à renverser pour trouver la vérité. La fiction gibeline, c’est la domination de l’Autriche héritière du Saint-Empire. La fiction guelfe, c’est la domination temporelle des papes. Mais résoudre ces questions sans toucher au fond même des choses, c’est ce qu’il n’est pas bon d'espérer. L’Italie est si bien mêlée au monde, qu’il ne faut pas compter pour elle sur une renaissance locale, déguisée, menteuse, dont l’univers n’entendrait pas parler. Si elle vient à renaître, le mouvement partira de si loin, que le monde entier le sentira au même moment; au moindre soupir d’Encelade, la terre tremblerai
Se proposer de fonder la nationalité italienne sur la papauté, c’est-à-dire sur le principe qui exclut la natio-
* C’est en eflel de l;i Sicile qu’est parti le signal des dernières révolutions qui ont ébranlé l’Europe. — 1851.
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nalité, c’est se proposer de gaieté de cœur un problème insoluble, puisque les deux termes se contredisent et se renversent l’un l’autre. Tant que la question sera ainsi posée, il sera trop tôt pour se réjouir. Ce peut être le travail de l’enfantement; mais qui naîtra ? ce n’est pas encore le cri d'un peuple nouveau-né, qui vient au monde.
Quand je considère l’intrépidité d’esprit, le génie révolutionnaire des grands Italiens du moyen âge, et comme ils sont unanimes à appeler les révolutions dans le gouvernement religieux de l'Italie, je crois que leurs descendants vont proüter des libertés du dix-neuvième siècle pour demander et accomplir les révolutions de l’esprit. .Arnaud de Bresse, Dante, Pétrarque, tous les philosophes delà Renaissance, Machiavel, Sarpi, Bruno, Savonarole, Socin, Vanini, n’ont qu’une voix pour avertir l’Italie de se dégager des liens du saint-siège; il est vrai que les uns ont été bannis, les autres torturés ou brûlés vifs. Lorsque je vois, au contraire, les Italiens de nos jours renoncer à cette tradition d’audace et se séparer de ces hommes, il me semble que c’est renouveler contre eux le ban, la torture, et brûler une seconde fois leurs cendres.
11 est des ombres de peuples qui se traînent sur la terre sans jamais pouvoir reprendre un corps ni achever de mourir. Ombres d’autant de religions mortes. Tels sont les Juifs ou les Guèbres, résidu social d’une Kglise défunte. Les Italiens veulent-ils devenir les Juifs ou les Guèbres du monde moderne?
Les politiques croient encore pouvoir créer une Italie sans sortir des combinaisons ordinaires et sans déchaîner les tempêtes du globe. Cette assurance commencera bientôt à leur manquer.
Cette terre conservera, dans sa renaissance, son caractère d’universalité, comme elle l’a gardé dans sa ruine.
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.Après avoir été la mère de la servitude universelle, elle enfantera la liberté de tous, si jamais elle veut se délivrer elle-même.
Pour faire surgir dans le monde civil une créature aussi neuve qu’une Italie, c’est peu de la diplomatie et du calcul vulgaire. Il faudrait changer, pour produire cette organisation nouvelle, la température même du monde civil; il n’y a qu’un nouvel esprit religieux qui ait la puissance de renouveler ainsi les sources de la vie.
L’île de Crète, berceau des dieux, n’est pas née au milieu du calme des anciens éléments ; elle a surgi du tressaillement du vieux monde.
Une chose me frappe. Ceux qui résument aujourd’hui en Italie les théories libérales de la papauté, ne parlent jamais de la fraternité des races humaines. D’un côté, ils donnent à la nation italienne la souveraineté universelle de droit divin; de l’autre, ils constituent le reste de l’humanité, sujet ou serf de ce peuple privilégié. De là nulle association réelle; mais l’assujettissement volontaire, éternel de tous à ce qu’ils appellent la primauté du peuple oint, du peuple-prêtre. En sorte que la vieille idée d’une nation caste déduite du saint-siège, est présentée au monde comme le nouveau droit des gens, la charte d’affranchissement universel.
Ceux qui désormais s’attacheront à ce simulacre, seront trompés avec la ferme volonté de l’être. Si les absolutistes avaient seuls interprété le catholicisme, leur théorie n’aurait pas celte forme d’enseignement. Mais que répondre à ceci? Les libéraux déduisent de l’idée de la papauté le programme de la liberté future, et il se trouve que ce programme, écrit par des mains libérales, est un monstre de servitude.
La Révolution française avait dit : liberté, égalité, fra-
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tcrnité des races. Le libéralisme du saint-siège a aussi sa formule révolutionnaire : primauté éternelle d'un peuple sur tous les autres ! De quel côté est, je ne dis pas l’esprit moderne, mais le génie chrétien?
Ce qui m’effraye, est d’entendre répéter aux Italiens qu’ils auront besoin de peu d’efforts pour renaître, que l’Autriche ou le monde leur fera don de l’indépendance; que, de leur part, il suffira d’un peu de bonne volonté. Oh ! que ce n’est point ainsi que l’on sauve un peuple! Si c’est pour l’encourager qu’on lui cache les difficultés, l’effet est tout contraire; il est des situations où l’inspiration ne peut naître que de l’immensité du péril. J’aimerais mieux qu’on aguerrît les esprits, par la grandeur même du sacrifice’ à consommer; car les sacrifices seront immenses ou le résultat sera nul. Quand la Grèce a commencé de remuer sous sa pierre tumulaire, elle n’avait ni un couteau, ni une amorce à brûler. Le monde,lui a tendu la main après qu’elle eut noyé à demi dans son propre sang ceux qui l’étouffaient depuis trois siècles.
Une révolution qui, comme celle de France en 1830, livrerait tout à l’oligarchie bourgeoise, ne ferait que rejeter l’Italie dans le moyen âge. Ce serait pour elle rétrograder de cinq siècles. Car la situation de ce peuple est si extraordinaire, il est si peu fait pour leschoses moyennes, que même dans la servitude où il est, son passé lui donne le droit de dédaigner comme un joug suranné la plus nouvelle des révolutions politiques de l’Europe. L’Italie f» fait avant le reste du monde l’expérience du règne de la bourgeoisie. Que lui servirait aujourd’hui de tenter encore la féodalité financière de nouveaux popolmi grassi sans le génie des arts, sans la poésie, sans l’amour, sans la gloire qui nivelait tout? Est-ce la peine de revivre?
L’Italie esclave, il lui reste une grandeur; c’est qu’ayant
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praliqué, dès le moyen âge, le gouvernement de l’argent, elle peut mépriser aujourd’hui, comme une honte subie, ce qui fait l’orgueil ou la félicité des autres.
Le vaisseau qui porte les nations latines est en voie de périr; il le faut alléger d’un peu de vieux lest.
Où appuierai-je le levier pour relever ce grand corps naufragé? Les uns disent : sur le saint-siège; les autres sur le trône d’un prince qui n’est pas né encore et que nous attendons.
Quoi ! toujours sur l’étranger, sur le monde du dehors, sur le vide? Eh ! si je cherchais à la fin mon point d’appui dans l’âme de celui qu’on dit mort? Est-ce autrement que la résurrection sociale peut s’accomplir? Mais celte âme ne veut pas se relever, elle a pris goût à la mort. Quoi ! vous songeriez à ranimer l’Italie sans le soulïle de l’esprit italien dans sa liberté, dans son essor, dans sa spontanéité première! O folie! depuis quand les corps se redressent-ils du sépulcre, si l’esprit y demeure? Vous voulez que la papauté ressuscite l’Italie. U y a longtemps qu’il a été dit : les morts enterrent leurs morts. Les ressusciter, est-ce là leur affaire?
Le catholicisme a enseigné à ce peuple la démission de lui-même, et depuis trois siècles cette démission ’ est donnée ; il y a une certaine douceur à n’existér qu’à demi, à ne plus porter la responsabilité cl le fardeau de soimême. Chaque individu met sa conscience dans un prêtre, •et la société entière met la sienne dans le pape. Cela f'élabli, vous voulez que ces personnes qui se sont dépouillées d’elles-mcmes rentrent en possession de leur énergie morale, que l’État, jusqu’ici mineur, sorte de tutelle, qu’il s’affirme, qu’il redevienne responsable de ses actions, c’est-à-dire libre. Mais le moyen d’espérer que le catholicisme enseignera le contraire de ce qu’il a en-
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seignc? A moinâ qu’il n’abdique ou change de nature, cela se conçoit-il? Or, vous ne lui demandez pas même de se réformer, La question qui après avoir retenti depuis Arnaud de Bresse jusqu’à .Savonarole, devrait précéder toutes les autres, la réforme radicale de l’Église, n’est pas même indiquée. On sent que cette Église est arrivée à ce degré de décrépitude où il lui est impossible de se corriger sans se briser; et d’un système que vous n’osez pas, même toucher pour le réparer, vous attendez votre renaissance !
Celte monarchie du Christ qui devait s’établir politiquement sur la terre, suivant tous les grands prophètes de l’Italie’ moderne : saint Thomas, Savonarole, Campanella, pourquoi n’en est-il plus question de notre temps? C’est à la faire sortir de ce qu’ils appellent son occultation ‘ ou son éclipse que devraient travailler les Italiens, En agissant ainsi, ils entreraient dans le plan de tous les grands esprits qui ont marqué la trace de la nationalité.
Une Église immobile barre le chemin à des hommes pressés de continuer leur route. Ils n’espèrent pas traverser cet obstacle ; mais au lieu de prendre une autre voie, ils s’acharnent à s’enterrer sous cette masse inerte ; ils se lient plus que jamais de corps et d’esprit à la pyramide funèbre !
Un seul des peuples de la famille latine s’est séparé de Rome catholique ; le peuple roumain *, fragment vivant de la colonne trajane, répandu de la Hongrie à la mer Noire. Ce membre détaché du torse de Rome ressent, aux portes de l’Asie, le moindre tressaillement des peuples de l’Occident. Toute parole prononcée à voix basse,
* De Regimine principiim. Saint Thomas.
* Moldavie, Valacliic, Transylvanie, Ilncoviiic, Ressaraliio, llanat de Tcnieswar : pins de huit millions d’hommes.
les'espérances
OU bord de la Seine, a son écho latin à l’embouchure du Danube. Avec la parenté intime de langue et de race, il semble qu’une même fibre s’étende du cœur de notre société au cœur des Carpathes. Qu’y a-t-il d’étonnant, après cela, si les Moldaves, les Valaques, les Transylvains, colonies latines séparées du vieux tronc, ont cherché, de nos jours, à remplacer le liçn brisé de Rome, par une sorte de religion civile pour la France? Ces provinces lui ont, en quelque manière, demandé de redevenir, pour elles, la métropole antique*.
Les Roumains ont été conservés avec leur langue romaine, au milieu de la barbarie et de l’islamisme, comme - Joseph dans la citerne du désert. Vassaux de la Russie, ils sont aujourd’hui, à son égard, dans la situation de l’Italie sous l’Autriche. La religion des oppresseurs et des opprimés étant la même, n’est plus un rempart national pour ceux-ci; du moins elle n’est pas systématiquement contraire à l’idée de patrie. Et parmi tant d’autres misères, les Roumains ont pourtant sur les Italiens cet avantage que l’ennemi de la nationalité n’est pas dans le cœur même des traditions et des croyances. Affranchis de Rome, ils le sont spirituellement de César et du pape. La ruse ou la force les a réduits tour à tour ; jusqu’ici, ni l’une ni l’autre ne s’est assise sur un droit historique ou religieux.
Si les Italiens finissaient par tourner contre la domination autrichienne la fureur qu’ils ont opposée à la Révolution française dans les journées de Pavie, Vérone, Lugo, Arquata, Bisagno, Arezzo, Naples, nul doute qu’ils ne parvinssent à s’affranchir. L’exécration dont les masses ont poursuivi la liberté révolutionnaire,
’ Voyez les llfliimaim. Paris, 18.50.
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prouve assez qu’elles peuvent encore s’ébranler pour une cause générale. Le malheur est que le moyen dont on s’est servi contre les innovations françaises se trouve n’avoir point de force contre la tyrannie tudesque.
L’arme de l’Autriche depuis trois siècles, c’est d’être par excellence l’empire apostolique et romain. Comment soulever au nom des croyances catholiques le creur des masses contre l’empire qui est le représentant politique du catholicisme? Comment faire retentir de village en village le tocsin de l’Église contre ceux qui prétendent être et qui sont en effet le bras droit de l’Eglise? Là est la grande difficulté. Jamais les paysans de la Calabre n’ont poursuivi les Autrichiens de cette haine religieuse qui leur a donné quelquefois la force de tenir tête aux soldats de la République et de l’Empire; et la vraie raison c’est que les Autrichiens, s’enveloppant aussi bien que les Italiens de la bannière catholique, jésuitique, ultramontaine, ne leur laissent pour ainsi dire aucune forte prise. I.e système des forces morales étant le même de part et d’autre, c’est l’organisation militaire qui décide seule; et celle-ci étant incontestablement plus puissante du côté des dominateurs, il en résulte que les provinces envahies avortent dans leurs entreprises pour s’affranchir. Un immense avantage reste aux conquérants sur le peuple conquis.
Toutes choses restant ce qu’elles sont, l’Italie ne sait par où saisir corps à corps l’Autriche. Avec quel principe pas.sionner les peuples et les jeter contre les maîtres? Au nom de l’orthodoxie? L’empire de rAulriclie est l’orthodoxie réalisée dans la politique. Au nom do l’absolutisme comme le prétendent ceux qui veulent s’appuyer sur la dictature d’un prince? L’Autriche est l’idéal de l’absolu^ tisme. Nulle espérance de la vaincre sur ce terrain.
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LKS ESPÉUAISCKS
Comme on écrase une batterie en s’emparant, pour la réduire, d’une position dominante, de même l’Italie ne peut briser l’occupation de l’Autriche qu’en s’élevant à une situation moralement supérieure, c’est-à-dire à une idée plus haute dans l’échelle des droits divins et humains. Aucun peuple ne s’est émancipé de sa sujétion à un autre peuple qu’à la condition de s’appuyer sur un idéal supérieur à celui de ses conquérants. Les Grecs modernes se sont soustraits au joug des Turcs en les dominant par le christianisme; les Etats-Unis à l’oppression delà Grande- Bretagne en dominant l'aristocratie anglaise parla démocratie américaine, une idée surannée par une idée nouvelle. De même, afin de soulever le fardeau de la con- (lucte autrichienne, ce n’est pas trop de s’appuyer sur toutes les énergies nouvelles de l’esprit divin et humain. Car d’imaginer que pour détruire l'absolutisme d’un empereur autrichien, il ne faut rien que l’absolutisme d’un prince piémontais ou d'un pontife romain, c’est l'illusion séculaire de l’Italie. 11 y a trois siècles, Machiavel attendait et armait déjà son despote rédempteur. Les despotes n’ont pas manqué dans cet intervalle. Le libérateur n’est pas venu. L’absolutisme du dedans n’a rien pu contre l’absolutisme du dehors.
Le jour de la bataille suprême qu’ont appelée et préparée tous les grands esprits de l’Italie entre les envahisseurs et les peuples indigènes, se lèvera-t-il jamais?
Si ce jour éclate, ce ne sera pas seulement la lutte d’un peuple contre un peuple, mais la cause de l’esprit humain. L’Italie écrira sur sa bannière un autre principe politique et religieux que celui de l’Autriche. Car si les étendards étaient plus longtemps les mêmes, si comme dans le passé l’absolutisme devait lutter contre l’absolutisme, la servitude contre la servitude, non-seulement il
bfc; L’ITAI.IK
pourrait arriver que le combat lut stérile, mais que l'aute (l’adversaire il ne s’allumât jamais. Dùt-on m’accuser d’être étranger à la philosophie de mon temps, j’avouerai que j’appartiens encore à ces sortes d’esprits surannés qui pensent qu’une nation ne peut se racheter de l’esclavage d’un autre peuple que par le fer mis au service du droit. Bien que je m’avoue condamné par les sentiments de pres- (jue tous les hommes de ma génération, je dirai que je n’ai jamais vu les idées triompher si quelqu’un ne s’est armé pour elles. Après toutes les leçons que j’ai reçues de mon temps et qui ne m’ont pas été épargnées, je persiste à croire fermement que l’héroïsme est le meilleur compagnon de la philosophie et qu’en de certains périls l’épée fait plus de travail en un jour que toute la sagesse de la terre en plusieurs siècles.
11 m’en coûte de faire saigner si longtemps et si durement une à une les plaies de l’Italie. J’aurais voulu, comme un autre, en détourner les yeux. Plus d’une fois j’ai abandonné cette rude tâche; toujours j’y suis revenu, persuadé que le plus grand fléau de cette noble contrée, ce sont les illusions des hommes qui, ne l’ayant aimée qu’à demi, l’ont courtisée jusque dans ses chimères; et j’ai cru que le premier pas dans la guérison est de sonder le mal avec une certaine intrépidité de pensée et de cœur. A cetté^ cause sublime je fais à mon tour ma faible offrande, puisque le temps ou ma propre misère n’ont pas voulu que je pusse la servir autrement. Je dépose ici ma plume, las d’avoir décrit de telles infortunes; je me consolerai de l’immense tristesse qu’elles apportent avec eUes, si j’inspire à quelque Italien la pensée d’appliquer des remèdes énergiques proportionnés à de si grands maux.
Je n’ignore pas que tout ce qui vient de la France doit paraître suspect aux peuples étrangers; et pour ma part IV. 30
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