‹ Les révolutions de la paroleChapitre 13 sur 32 · DE L’ÉLOQUENCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

DE L’ÉLOQUENCE CHRÉTIENNE

VOUS condamnait à périr. Sénèque se tuait pour obéir à Néron. Thraséas aussi s’élait ouvert les veines dans un bain; mais Thraséas n’emportait pas le remords d’avoir justifié le meurtre d’Agrippine !

Vous savez avec quelle rapidité, au fond de quel abîme croula la société antique. Je ne vous mènerai pas aux égouts de Rome et du monde, où s’accouplent toutes les pourritures à toutes les infamies. Il me suffira de marquer la cause principale de cette décadence, et d’indiquer après sur quel point de la terre l’esprit s’est enfin réveillé.

J’attribue la corruption de Rome à la corruption du polythéisme ; je crois que cette religion, morte depuis longtemps, abandonnée par les grandes intelligences, et que ne purent galvaniser les efforts de Proclus et d’Evhemère, communiqua au monde ancien sa propre vieillesse, ses maladies et sa décrépitude. Non que, pareil à Volney, dans son livre des Ruines, je pense que toute religion est une exploitation et une imposture. Je ne m’inscris pas en faux contre les croyances de Tunivers, et il me semble mal aisé d’admettre que l’humanité ait vécu pendant des milliers d’années sur le sable mouvant du mensonge. La religion qui fut l’inspiratrice d’Homère, d’Eschyle, de Sophocle, d’Aristophane, de Phidias, et pour laquelle s’arma la Grèce contre l’Asie, n’était dépourvue ni de poésie, ni de sagesse, ni de grandeur, ni de solidité. Mais il y a quelque chose de plus vivace que les dogmes et de plus immortel que les dieux : c’e.st l’esprit humain. A chacune des périodes de son enfance, de sa jeunesse et de sa virilité correspoud une période religieuse. Aux cosmogonies indiennes et persanes succèdent les tliéodicécs grecques et romaines, nouvelles formes d’un esprit nouveau; et lorsque celles-ci, impuissantes, ne peuvent plus contenir les a.spirations du genre humain, elles

sont condamnées à disparaître. Un symbole, un rite, un culte, ne peuvent arrêter la marche du monde. Nul sacerdoce ne pétrifiera l’intelligence humaine.

Au temps d’Alexandre, le paganisme avait subi sa troisième évolution; elle fut la dernière. La première avait été le commencement même, l’affranchissement vague encore (lu milieu des religions asiatiques, l’heure matinale où le génie grec échappait aux pensées immuables de la nature, au panthéisme indien. La seconde fut marquée par l’invasion définitive de l’Olympe, où l’homme môme siégea sous la forme d’un dieu.

« Evhemère attache son nom à la troisième. Le sens primitif des dogmes achevant de se perdre de plus en plus, on vit paraître cette doctrine toute nouvelle : que les dieux ne représentaient ni la nature ni l’humanité » (1). Quoi donc alors? Qu’étaient-ils ces dieux déchus? Qu’avaient-ils été? Des rois, des tyrans, des chefs de peuples et de dynasties. Alors le monde, qui s'était courbé devant la face mystérieuse dlsis, sous l’œil de Brahma, distributeur de l’existence, sous le tonnerre de Jupiter, artisan des sphères et conducteur des étoiles, lorsqu’il ne vit plus dans les deux légendaires que des rois de Crète ou de Lybie, s’endormit dans l’indifférence, où mille fantômes le tourmentèrent. Comme il arrive à toutes les religions épuisées, la superstition remplaça la foi, et le paganisme expirait lentement deux siècles avant la naissance du Dieu inconnu.

« Rome adopta sans réserve le dogme d’Evhemère » (2). En réalité, elle n’a jamais adoré qu’ello-môme, asservissant au soin de sa gloire, de ses triomphes et de sa durée tous les dieux de l’univers. Le Panthéon, qu’était-il, sinon l’asile de ces dieux sans patrie, sans peuples, exilés loin des cieux qui les avaient vu naître, impassibles témoins, otages de la

(4) E. Quinbt, Génie des Religione.

(i) H., Md.

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grandenr et de la sûreté de la ville éternelle? Ville essentiellement politique, elle a sacrilié indifféremment le dieu du Latium à des dieiix étrangers; après quoi, tout idéal religieux ayant disparu de l’iime romaine, les empereurs se proclamèrent dieux, justifièrent le despotisme sur la terre par le despotisme dans le ciel, et forgèrent la chaîne de l'esclavage avec le marteau du Destin.

Le peuple applaudissait. C'est la conclusion de la plupart des vies des Césars, dans Suétone : « Il fut mis au rang des € dieux, non pas de bouche, seulement, mais par la persua- « sion du peuple : non ore modo, sed et persuasione vulgi. > Il était temps que le chri«tianisme parût pour faire rentrer dans le néant ces voleurs d'immortalité.

A la nouvelle de son appatitiou, le paganisme essaie de se rajeunir. Pour lutter avec ce dogme tout rayonnant des grâces de l'enfance, et qui cependant plongeait au fond des traditions esséniennes et mazdéennes, Anytus, Porphyre, Proclus, Julien, inondent la religion mourante des clartés de la philosophie platonicienne; ils conforment le rite ancien aux progrès de l'espiit nouveau; ils ajustent sur les statues des dieux la robe des Pères de l'Ëglise, et s'acharnent à transformer, en principes immatériels, ces Olympiens qui jadis symbolisèrent les forces de la nature et les énergies mortelles, depuis la flûte de Pan et la ceinture de Vénus jusqu'au bouclier de Mars et aux ailes de Mercure.

Ainsi, le polj'théisme, avant de mourir, s’était contredit luiméme. Le monde, fatigué, abandonna ses artifices et se tourna du côté où surgissait une étoile inconnue, baignant de sa lumière virginale un gibet.

U n'entre pas dans mon sujet de parcourir les phases diverses de l'avènement et du progrès du christianisme. Je n'ai pas le dessein de vous montrer les églises rivales de Jé-

rusalem et d'Antioche, le prosélytisme contradictoire de saint Pierre et de saint Paul ; le premier disant anathème à toutes les nations étrangères, enfermant Dieu dans la loi judaïque, forçant le monde à entrer par la porte étroite d'Israël, écrivant (déjà !) sur le sable du désert : Hors de là, point de salut. Le second, au contraire, respirant à l'aise au milieu des peuples étrangers, et sur les deux rivages do l'Asie et de l'Europe, embrassant le genre humain.

Je veux seulement vous faire assister au réveil de l'esprit qui souffle où il veut, suivant les paroles de l'Écriture, et qui, enseveli depuis trois cents ans au fond du sépulcre blanchi du polythéisme, abandonne Rome et l'Italie, traverse les écoles d'Athènes et grandit dans les Églises naissantes de l'Orient.

Que d’efforts il lui a fallu pour briser la pierre du tombeau!

« Le polythéisme », a dit M. Villemain, » avait survécu à « l’incrédulité même qu'il inspirait; il était devenu une « sorte d’hypocrisie publique professée par l’État ; et sa dé- « cadence, étayée par le pouvoir, l’intérêt, l’habitude, sem- « blait faite pour durer autant que celle de l’empire. »

Il n’en (ut rien. Le iv« siècle vit en même temps la continuation des abus politiques et la fin de la vieille religion. Auguste avait encore des successeurs, et Jupiter était détrôné. Je sais combien la force aida à cette métamorphose, et que les lueurs du glaive temporel s’unirent aux clartés de l’esprit; je connais la cruauté de Constantin, les terribles exécutions ordonnées par Arcadius, Honorius et Théodose, et je n'ai nul désir de glorifier, à la manière de Bossuet, ces précurseurs sinistres de Charles IX, de François P', de Philippe II et de Louis XIV.

Mais si l’unité despotique de l'Église m’épouvante, si j'ai horreur de son alliance avec les Césars, je l’admire lorsqu’elle combat pour les peuples.

Le IV* siècle est l’âge triomphant de l’Église primitive. C’est alors qu'elle produisit ces génies que nul n'a surpassés.

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ces caractères qui seront à jamais un sujet d’étonnement et d'admiration. Je m'étonne, en effet, qu’ils aient pu apparaître en ces temps corrompus, et j’admire l’énergie de l’éternelle et maternelle nature, qui produit, engendre ou ressuscite, au moment môme où elle semble épuisée.

« Ils ont l’air de fondateurs parmi des ruines, » a ditM. Villemain.

Ils fondent, en effet, l’Église nouvelle que leur souffle remplira, que leur esprit fera germer et resplendir jusqu’au jour où, stérile, elle s’arrogera le droit de se reposer parce qu’elle est ancienne, et confondra l’immobilité et la rigidité de la mort avec les signes de la vie.

Au iv“ siècle, le christianisme marche, combat, progresse, s’élargit, respire, et sonne la diane du mouvement universel. Dès le VI* siècle, le calholicisme s’arrête, se concentre, aspire à l’immuable et met les scellés sur l’Évangile. Il y a quatorze cents ans, il était l’allié naturel et le protecteur des peuples ; aujourd’hui des soldats étrangers montent la garde au Vatican!

Comment les Pères de l’Église ont-ils mérité ce titre de fondateurs? Je demande par quelle arme et par quel glaive, sous quel bouclier ils combattirent? Par la parole.

Leur maître avait commencé, prêché la bonne nouvelle, abrité en son sîin ample et réchauffant les pauvres, les samaritains, les prolétaires, les malades de l’ûme et du corps, jusqu’à Magdeleine, hélas! et jusqu’à Judas! Après lui, Paul s’écriait : Le Verbe court! Verbum currü! Eux continuèrent. Ils furent les créateurs d’une éloquence ignorée des anciens : l’éloquence religieuse (1).

Celle-ci, dans l’antiquité, se confondait avec la poésie.

(I) Je parle ici des Grecs et des Romains, car l'éloquence religieuse existe dans la Bible. Rien n'égalera le lyrisme oratoire de Moïse, la vigueur titonesque d'Isaïe, la superbe violence d'Kzéchiel, la mélancolie de Jérémie, la grâce de Salomon et l'enthousiasme de David.

Les hymnes chantées dans les cérémonies du culte, quelques poëmes, tels que ceux d’Hésiode et des Gnomiques, tels étaient les moyens à l’aide desquels se perpétuait la tradition des préceptes moraux et des croyances théologiques.

Le temple païen n’est pas une église, une assemblée, comme le dit le mot même, ecchlessia; la parole n’y retentit jamais, ou du moins elle s’y enferme. Nul écho, nul rayonnement extérieur.

Les dieux sont muets; seuls, les petits dieux lares gazouillent au coin de l’âtre.

A ces rares vestiges d’éloquence religieuse, ou plutét philosophique, il faut joindre les chœurs des tragédies d’Eschyle, de Sophocle, d’Euripide, où se conservent et parfois s’altèrent les traditions cosmogoniques de la Grèce ; chœurs débordant de lyrisme, organes sonores et harmonieux de la justice; car on exagère, lorsqu’on soutient que les tragédies anciennes sont dominées, gouvernées et vaincues par la fa- Uilité. Le Destin, sans doute, l’a7ianchè des Grecs, le fatum des Latins, planent, invisibles, sur les personnages ; Oreste, Œdipe, Polynice, Agamemnon, Electre, Antigone, Andromaque, subissent la loi fatale et sont, comme je l’ai dit jadis, les victimes des dieux. Mais le chœur, cette voix de la foule, proteste. en faveur de l’innocence. Que dis-je ? il discute avec les immortels eux -mêmes. Par la puissance interne de cette aspiration qui révèle au poète des mondes ignorés et des hoiizons inconnus, le chœur, dans le Prométhée d’Eschyle, VŒdipe-Roi de Sophocle, les Troyennes d’Euripide, n’est pas autre chose que le cri de l’humanité aux prises avec la volonté de Jupiter; et j’ose dire que, dans ce duel, le fils de Saturne est vaincu.

Ainsi, môme dans ses drames, au milieu de ses représentations solennelles, à la fois patriotiques, artistiques et sacerdotales, la Grèce subissait le travail incessant de la pensée et refusait, par la bouche de ses poètes, de se pétrifier à jamais dans le dogme polythéiste.

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Il y a donc là une sorte d'éloquence, d’enseignement public ; il n’y a pas la véritable éloquence religieuse : j’entends la propagande dogmatique , populaire , d’une religion et d’une morale déterminées .

Elle naquit sur les bords de Oénésareth et dans les mon tagnes de la Judée.

D'abord simple, onctueuse, pénétrée de douceur et de charité sur les lèvres du maître; puis rude, plébéienne, inculte par la voix de la plupart des apôtres; enfin élégante, raffinée, subtile, poétique, pathétique dans les chaires de Constantinople, d’Antioche et de Gésarée.

On se figure généralement les Pères de l’Église sous les traits d'hommes austères, dédaignant à la fois les jouissances de la vie et les délicatesses du langage. Leur foi toute seule, leur ardeur, leur patience ont suffi à transformer le monde. Les nations ont été subjuguées tout à coup par la révélation. Le divin a fait, dans l’humanité, une irruption soudaine.

Ces évéques qui entraînaient à leur suite, suspendaient à leur discours une foule grandissante, vous les prenez pour les héiitiers naïfs des pêcheurs galiléens,qui.sur les bords des lacs, raccommodaient leurs filets, et à l’appel du Christ se levèrent?... Rien n’est plus faux qu’une pareille perspective, rien n’est plus contraire à l’esprit des temps où ils ont vécu.

Sans parler ici de ce grand Athanase, cinq fois banni, et qui porta le dogme chrétien par delà les derniers confins de la philosophie platonicienne, défiant ainsi les plus audacieux de l’atteindre et de l’ébranler; sansparler de la Cité de Dieu, livre habile, ingénieux, prodigieux, où saint Augustin déploie, en son style africain, toutes les ressources d’une intelligence rompue aux gymnastiques les plus subtiles et les plus déliées; ne considérant les Pères de l’Ëghse que sous le rapport humain, négligeant à dessein, laissant dans l’ombre.

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comme étrangères à ma thèse, leurs grandes exégèses cosmogoniques, je demeure convaincu que jamais nul orateur ne se montra plus curieux des beautés et des secrets de son art.

Le monde, en effet, ce monde sorti des écoles alexandrines, pour être converti, voulait être charmé. Les Basile, les Grégoire, les Chrj'sostôme, avant de monter dans leurs chaires, se rencontrèrent à Athènes où persistait, parmi les ruines de la liberté politique, le magnifique débris de la science; où restait debout, respecté, le temple de la raison humaine. Athènes vaincue , dépouillée , outragée , ruinée, asservie, était reine encore par le sentiment de la beauté; on vénérait cette mère des arts et des génies ; le souvenir de Socrate, d’Homère et de l’ériclcs l’accompagnait comme une sorte d’ombre glorieuse cl protectrico.

Tant il est vrai que la plus durable richesse des nations, c’est la richesse de l’esprit!

Dans l’Asie, à Anlioche où les disciples de Jésus reçurent pour la première fois le nom de chrétiens et que jadis les Séleucides avaient embellie de toutes les richesses de l’art grec et du luxe syrien, la foule se pressait sur les pas de Jean ChrysoStOme. Disciple de Libanius, son maître interrogé lequel de scs disciples il voudrait avoir pour successeur ; « Je nommerais Jean, disait-il, si les chrétiens ne nous l’eussent enlevé. » L’Orient l’appelait l’orateur divin. On le suivait dans les campagnes, aux portes des villes; cent mille auditeurs s’enivraient chaque jour du charme ds ses paroles.

Ce charme suffit-il à expliquer le miracle permanent d’une foule qui, durant plus de vingt années, ne se lasse pas d’écouter et d’applaudir son pasteur?

Certes, m’emparant des paroles de Fénelon, je proteste que nul plus que moi n’admire le tribun évangélique d’Antioche et de Constantinople. Mais ne voyez-vous pas qu’il y a ici un charme plus puissant que celui de l’éloquence ?

Démoslhènes, Périclès, Cicéron et les Gracques, ces modèles de l’éloquence grecque et romaine, leurs discours s’enferment dans les intérêts de la cité et de la patrie. Je parle

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des plus vastes. Il s’agit d’arrêter Philippe, de pousser la plèbe à la conquête de ses droits, de déjouer et de punir les complote de Catilina et de Clodius. Harangues politiques, elles demeurent attachées au sol, enracinées dans l’Agora ou dans le Forum, et quelle que soit l’ampleur religieuse de leurs péroraisons, elles ne franchissent pas l’horizon des affaires.

Songez, au contraire, que dans l’Hexaméron de Basile de Gésarée, dans les sermons de Grégoire de Nazianze, dans les homélies de Jean Chiysostome, l’orateur parle de Dieu, du Fils de Dieu, de l’âme, du Verbe, de l’immortalité, de l’éternité. Éclatants et terribles, ces discours secouent l’intelligence humaine en ses profondeurs les plus sensibles à la fois et les plus mystérieuses. U s’agit, non pas d’agrandir Rome jusqu’à la conquête de la Gaule ou de l’Espagne, mais d’élargir Tâme jusqu’à la conquête de l’infini. Imaginez ces , hommes, les plus purs et les plus savants et les plus éloquente des hommes, marchant sur les nuées, racontant les merveilles des cieux, pesant les univers, demandant leur secret aux étoiles et déployant, devant les yeux ravis de la foule, la carte même de la création du monde !

Le christianisme, à son aurore, a été l’apothéose de la philosophie et la résurrection des trihunate populaires. Les Pères de l’Église ont été grands parce qu’ils ont conformé leur science à l’instinct des peuples. Il n’est pas d’orateur sans cette famili arité sublime avec la foule. Puissante par l’esprit, les Pères de l’Église furent simples de cœur. Ils buvaient à la coupe de l’égalité.

La terre était chargée de rites, de cérémonies sacerdotales, de ^mboles sans âme et sans vie. Semblable aux églises de nos jours, le temple dominait une cité sans Dieu.

Suivant une forte parole, le monde marchait à une sorte de catholicisme païen. Alors ils parurent, ils parlèrent, ils vainquirent.

Pourquoi f Ils aimèrent.

L’empereur Julien, qui eût sauvé le paganisme si le paga-

LES RÉVOLUTIONS DE LA PAROLE, nisme avait dû être sauvé (1), comprit le danger de cette parole qui consommait par la liberté, par la science et par l'amour, l’alliance des^ temps anciens et des temps nouveaux ; il voulut replonger le christianisme dans la simplicité et la nudité de l’étable de Bethléem ; il défendit que les enfants des chrétiens fussent admis dans les écoles de grammaire et de • rhétorique.

Trop philosophe pour les persécuter, il les parquait dans la léproserie de l’ignorance, et les désarmait du glaive des idées :

€ Je vous abandonne tout le reste, » s’écria Grégoire de Nazianze, « les richesses, la naissance, la gloire, l’autorité et • tous les biens d’ici-bas dont le charme s’évanouit comme un « songe; mais je mets la main sur l’éloquence et je ne re- « grelte pas les travaux, les voyages sur terre et sur mer que € j’ai entrepris pour la conquérir. »

Il savait qu’il vaincrait par ce signe.

(I) < Les moralistes, t a dit Ammien Marcellin, « admettent quatre a vertus principales ; la cliastelé, la prudence, la jmtice et le courage ; et « quatre accessoires, en quelque sorte en dehors de l’âme : le talent mili- « taire, l’autorité, le bonheur, la libéralité. Julien consacra sa vie à les c acquérir toutes. > (dmm. Mare. Liv. XXV.)

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