‹ Les révolutions de la paroleChapitre 14 sur 32 · DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DE L'ÉGLISE

Lorsque Démosthènes, t levé en pied » à la tribune athénienne, prononçait ses immortelles philippiques, il s’agissait de défendre la liberté et la patrie contre les convoitises de l’étranger, et de sauver de la honte d’une invasion la terre d’Eschyle et de Socrate. Le peuple, sur le Pays, la Grèce entière, demeuraient suspendues aux lèvres de l’orateur. Lorsque Cicéron, savamment drapé dans sa toge consulaire et dans son laticlave, dévoilait aux sénateurs et au peuple romain les pillages de Verrès, la conjuration de Catilina, les extorsions et les massacres de Clodius, il s’agissait de sauver la république elle-même, d’arracher à la corruption et à la vénalité la patrie des Gracques et de Brutus. Tous les honnêtes gens se sentaient protégés par cette parole vengeresse. Deux mille ans après, Mirabeau et Barnave, Condorcet et Duport, agitant les questions fondamentales du gouvernement constitutionnel, courbant sous la dignité populaire l’étiquette monarchique, apprenant aux nations leurs droits et aux rois leurs devoirs, pénétrant au fond de la conscience, pour en extraire le dogme de la souveraineté nationale et de l’égalité, il s'agissait de former un code, non-seulement pour la France,

mais pour l'Europe, des principes de la philosophie de Voltaire et les maximes de l’Esprit des lois. Dans les villes, les bourgs, au sein même des villages, sur l'herbe des vallées, sur là bruyère des sommets, près de l’huis du château, au coin du feu des pâtres, vous eussiez entendu un murmure, un frémissement indistinct et prolongé, sans cesse grandissant. Une vague lumière, inconnue, éclairait les hommes et les choses. C’étaient l’écho et le reflet des débats de l’assemblée où le passé et le présent étaient aux prises.

Lorsque, sur les bancs de la Législative et de la Convention, commença le duel des Girondins et des Montagnards, guerre fratricide qui devait, pour chaque parti, aboutir à l’exil ou à l’échafaud, il s’agissait de fonder la Révolution et de la diriger, c’est-à-dire de conduire et de discipliner la foudre. Les âmes écoutaient, palpitantes, les discours dont chaque mot brillait de l’éclair des idées et de la hache.

Enfin, après la gloire stérile de l’empire, les esprits réveillés, d’abord surpris, hésitant comme des oiseaux captifs délivrés, vécurent de l’âme éloquente des Benjamin Constant, des Foy, des Manuel, des Royer-Collard. En des temps à peine disparus, nous avons tressailli aux accents des députés et des représentants du peuple. Môme à l’heure où je parle, et bien que nous connaissions la vanité de leurs harangues et qu’elles ne peuvent changer rien aux événements dont dispose une volonté taciturne, nous nous surprenons à les rechercher, nous nous obstinons à y découvrir quelque trace des discussions anciennes et du verbe des aïeux.

Tant il est vrai que l’âme de l’homme a soif de parole humaine, et que celle-ci est la gardienne de l’espérance !

Mais si l’Agora, le Forum, la Constituante, la Convention, ont ainsi remué le monde, que dirai-je des conciles?

La majorité et la minorité s’y combattaient dans l’absolu, se disputaient au sein de l’invisible, se pomsuivaient dans l’idéal et dans l’infini; et si les questions agitées sont les plus graves, si Dieu, la vie, l’éternité, la création, la mort.

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