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S’ils n’avaient touché qu’aux dogmes, je garderais le silence, n’ayant ni mission, ni caractère pour recommencer les querelles de Celse, d’Arius et de Porphyre. Je me tairais encore si je partageais l’opinion de Montesquieu. Ce grand publiciste les considère comme « étant animés d’un zèle « louable pour l’autre vie, mais avec trop peu de connais- € sauce des affaires de celle-ci. »
Je m’assure, au contraire, que jamais esprits ne furent à la fois plus spéculatifs et plus pratiques. Ils s’élèvent sans doute à des hauteurs métaphysiques où je ne les suivrai pas, de crainte de vertige ; mais ils se sont mêlés aux affaires de leur temps.
Grégoire de Nazianze et Basile s’étalent rencontrés aux écoles d’Athènes avec un jeune homme à la tête penchée sur l’épaule, à la démarche irrégulière et précipitée, au regard hriUant et plein de feu, portant le court manteau des philosophes, le frère de Gallus, et qui plus tard fut l’empereur Julien. Jean Chrysostôme avait préludé par les débats et les plaidoiries du barreau au rôle d’orateur sacré. Jérôme, l’austère et ascétique Jérôme, le plus influent sur les femmes par son ascétisme môme et sa sévérité, avait passé par les plaisirs et l’orgueil de la vie patricienne, avant d’arriver au renoncement et à l’humilité de la solitude.
Certes, la solitude a été l’ambition, le désir, la passion de la plupart d’entre eux ; mais gardez-vous de croire qu'ils allaient chercher au désert l’absence de vie morale, ni ensevelir, au fond des sables, leur jeunesse et leur volonté. Plus tard, en effet, les monastères reçurent des âmes muettes dans leurs cloîtres muets. Mais si les Pères de l’Église ont d’abord fui le monde impérial, la société païenne, les places publiques, c’est que ce monde officiel, doré au dehors, pourri en dedans, offensait leur instinct de justice; c’est que la société
LES RÉVOLUTIONS DE LA PAROLE, antique, en travail de transformation, n’oârait nulle place à leur vouloir. Les places publiques, jadis retentissantes, alors étaient silencieuses.
Ils s’apercevaient que la vraie vie n’était plus où elle avait coutume d’ôire , dans les institutions , dans l’Aréopage , sur l’Agora, au Forum; non pas môme au foyer domestique d’où s’exilait la pudeur. Eux s’en allaient comme elle.
Loin d’Athènes asservie, loin de Rome humiliée, ils cherchaient la liberté de l’âme; et, par le spectacle de l’étemelle jeunesse et de l’innocence de la nature, se consolaient de la vieillesse, des mensonges et de la corruption du monde.
« Que n’ai-je les ailes de la colombe ou de l’hirondelle ! » s’écriait Grégoire de Nazianze , « avec quelle rapidité je fui- « rais le commerce des mortels! J’irais vivre au fond d’un t désert, parmi les bêtes sauvages : elles sont plus fidèles « que les hommes. »
' Et moi aussi , j’ai cherché le renouveau de l’âme , et la fraîcheur sereine des idées, et l’oubli, à l’ombre des bois, au sein de ma pau^Te Ardèche , sur l’herbe des prés semés de marguerites et de marjolaines, sur les sommets où gémit la bise dans les pins sonores.
O nature, berceuse étemelle des douleurs humaines, les Pères de l’Église furent calmés et sauvés par toi, par la méditation et le travail.
Parmi la paix des champs, sous l’azur des deux sans bornes, ils préparaient les armes destinées à combattre les anciens dieux. Séparés de corps, suivant chacun un chemin différent, ils étaient unis parla même pensée et par la môme espérance. Ils se retrouvaient dans l’infini.
Ils n’embrassèrent pas le désert comme un tombeau, mais comme un asile ; la solitude ne fut pas leur stérile épouse, cllç fut leur initiatrice.
Dieu le veut ! dans le temps contraire Chacun travaille et chacun sert.
Malheur à qui dit à ses frères :
Je retourne dans le désort I