DE L’ÉLOQUENCE DES PÈRES DK L’ÉGLISE
Malheur à qui prend ses sandales Quand les haines et les scandales Tourmentent le peuple agité!
Honte au penseur qui se mutile,
Et s’eu va, chanteur inutile, .
Par la porte de la cité ! (1)
Eu.\ , ils revinrent , ils parlèrent , ils évangélisèrent , ils prodiguèrent aux Églises les trésors de leur science et de leur charité ; ils furent les plus forts ayant été les plus purs, et l'on put voir, à la pâleur que leurs discours imprimaient aux fronts impériaux, qu’ils n’avaient pas perdu leur temps dans la solitude.
La retraite do la plupart d’entre eux était emhellie par les travaux rustiques et par le souvenir des lettres grecques. Une règle, sans doute, dirigeait leur vue religieuse, mais elle mêlait le travail à la vio contemplative. Ils vivaient en ermites, en laboureurs, en chasseurs, en poètes.
Quoi do plus pittoresque , de plus virgilien , quoi de plus humain que la lettre do Basile à son ami Grégoire de Nazianze, encore retenu par le monde, et qu’il presse de venir le rejoindre sur la montagne solitaiie?
« Ma demeure est bâtie sur la pointe la plus avancée
€ d'un sommet, de sorte que la vallée se découvre et s'étend € sous mes yeux, et que je puis regarder d'en haut le cours € du fleuve, plus agréable pour moi que le Strymon ne l'est
» aux habitants d’Amphipolis Pardonnez-moi de fuir vers
< cet asile. Alcméon lui-même s’arrêta quand il eut rencontré € les îles Echinades »
Quelle grâce ! Je doute, qu'aujourd’hui, un moine de la règle de saint Bruno décrivît avec autant do charmes la Grande- Chartreuse cachée parmi les sapins silencieux, aux pieds du grand Son, au bord d’un torrent dont l’onde mugit et blanchit, pendant que des éperviers volent en tournoyant sur l’abîme.
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(<) V. Huao. Let Rayons ti Ut Omtres.
A la mort d’Eusèbe, Basile fut élu évêque de Césarée, métropolitain de la Cappadoce. Pendant vingt ans il fut le père du peuple. Pauvre, de cette pauvreté déjà rare dans l’Église, pauvre, mais infatigable au bien, Basile faisait bâtir un hospice pour les indigents et les étrangers, établissait de nombreux ateliers et des écoles. Dans sa chaire, il enseignait non-seulement le dogme et la morale, mais la science de son temps; expliquait les merveilles de la création dans des discours où se retrouve la profonde trace des études d'Athènes. Il ne se doutait pas alors que l’Église romaine mettrait deux fois Galilée à la torture pour avoir dit que la terre tourne, et Princlli sept fois pour avoir démenti la chute des étoiles.
Remarquable par l’ampleur épique, l’éloquence do Basile est celle d’un poëte ; ses discours sont des odes, ses pages sont des strophes ; il y a en Ini du Pindare et du Sophocle, et comme un présage du style de Christophe Colomb, de Copernic, de Galilée et de Kepler.
€ Si quelquefois , » disait-il, c dans la sérénité des nuits, « portant des regards attentifs sur l’inexprimable beauté des « astres, vous avez pensé au créateur de toutes choses; si « vous vous êtes demandé quel est celui qui a semé le ciel « de telles flems; si, quelquefois , dans le jour, vous avez € étudié les merveilles de la lumière, et si vous vous êtes t élevé, par les choses visibles, à l’être invisible ; alors vous t ôtes un auditeur bien préparé, et vous pouvez prendre place « dans ce magnifique amphithéâtre. Venez : de même que € prenant par la main ceux qui ne connaissent pas une ville, « on la leur fait parcourir, ainsi je vais vous conduire comme « des étrangers à travers les merveilles de cette grande cité « de l’univers » (1).
Ne diriez- vous pas l’accent poétique, grave et pénétrant de J.-J. Rousseau, dans la ])rofession de foi du vicaire savoyard qui devint l’évangile de la Révolution?
(I) M. Vüleiuaiu,