DE L'ÉLOQUENCE DES PÈD3S DE L’ÉGLISE
Quant à Bossuet, il est certain que son fameux tableau de la vie humaine n'est qu'une copie magistrale de la fresque de Basile.
« La vie humaine, » disait l’évôque de Césarée, * est un € chemin qui commence, pour chacun de nous, à son entrée
€ dans le monde, et qui se termine au tombeau Vous
« n'êtes, ici bas, que voyageurs; tout passe, tout fuit der- « rière vous. Vos regards s’arrêtent un moment sur l’herbe € ou le ruisseau de la prairie, sur les objets divers qui vous € enchantent; vous avez goûté quelque plaisir à les voir: et c bientôt vous avez passé outre. A la suite de ces riants as- € pects, des rochers, des ravins, des précipices, des sentiers € raboteux, escarpés, quelquefois des animaux féroces, des « bêtes venimeuses, des épines qui déchirent, des rencontres « funestes. On s'en désole un moment, et bientôt tout a dis- « paru. Voilà la vie : ni ses plaisirs, ni ses chagrins, rien n’y € est durable. Ce chemin, il n’est pas à vous; rien de ce qui « s'est offert à vous sur la route ne vous appartient. D’anciens € voyageurs ont passé ; d’autres sont venus qui ont suivi la « même trace, et après tous ceux-là, bien d’autres encore € qui les suivront. »
€ On est libre, » dit-il ailleurs, « de choisir parmi les chec mins divers qui conduisent à une ville ; mais le chemin de « la vie, du moment où nous y sommes engagés, nous ne « sommes plus libres d’y ralentir notre marche ; il nous € saisit, il nous entraîne vers le terme que le Seigneur a
« fixé Ces vastes domaines, ces habitations magnifiques,
« ces animaux de toute espèce qui se comptaient par trouc peaux, toute cette puissance qui vous fit un nom parmi les € hommes, vous êtes obligé de céder tout cela à d’autres; et
« vous, d’aller vous enfermer sous quelques pieds de terre
« Qu’y a-t-il donc qui soit véritablement à nous ? Notre âme, € principe de la vie dont nous jouissons, substance spiri- « tuelle, intelligente, liée à un coqis qui ne lui a été donné € que comme véhicule pour les besoins de la vie, établie € pour soumettre à son commandement les choses de la terre.
€ faire servir la créature d’exercice à la vertu, imiter, autant « qu'il est en elle, la souveraine intelligence, et, par l’ordre « de ces actions, retracer la grande harmonie des deux, » C’est l’accent môme de Platon. Et cependant « les plus « simples, » dit Grégoire de Nyssc, son frère, « comprenaient « bien ses discours, et les plus savants les admiraient. > A de certaines hauteurs, tout s’harmonise dans l’égalité de la lumière.
Ce caractère éclatant et grandiose, cette fastueuse prodiga* lité de couleurs, cette parole à la robe orientale constellée de pierreries, et traînante avec majesté, vous les retrouverez dans les discours et dans les poésies de Grégoire de Nazianze.
Jeune, il fut envoyé d’abord aux écoles de Césarée, puis à Alexandrie, et après à Athènes. Il parcourut, comme Basile, tout le champ de la philosopliie grecque, pour arriver à l’évangile. Evêque de Sazime, petite bourgade où l’évêque de Césarée l’avait confiné, et où il se considérait comme en exil, Grégoire quitta bientôt son siège pour venir soulager son père dans l’administration de l’église de Nazianze. Là commença cette vie consacrée tout entière à la prédication. Valens régnait, protégeant les évêques Ariens , menaçant la liberlé et la vie de leurs adversaires.
Théodose, vainqueur, réunissant sous sa protection l’orient et l’occident, appuya le parti catholique par ses édits et par ses armes; il reprit, avec ses soldats, l’église de Sainte-Sophie, possédée par les évêques Ariens. Grégoire, élevé au siège archiépiscopal de Constantinople, compara cette action à un assaut et refusa de consacrer une pareille victoire. C’est là le côté touchant et courageux du génie et du caractère de Grégoire. Tolérant, au sein même des triomphes de son parti, dédaignant les représailles; satisfait, pourvu que le droit règne.