DE L’ÉLOQDEFCE DES PÈRES DE L’ÉGLISE
nuit. Le peuple se soulève; un tremblement de terre est interprété comme un signe de la colère de Dieu. Rappelé, le Bosphore se couvre de vaisseaux qui s’avancent pour le recevoir, au milieu des acclamations. Il voulut d’abord refuser l’épiscopat, s’arrêter dans un faubourg, mais entraîné, porté dans sa chaire, il raconta, en termes magnifiques, son retour triomphal.
€ Il y a des jeux du cirque aujourd’hui, et personne n’y « assiste; tous affluent au temple comme un torrent. Ce tor- « rent, c’est votre multitude ; ce bruit de fleuve, ce sont vos € voix élancées vers le ciel et attestant votre filial amour.
€ 'Vos prières sont pour moi une couronne plus éclatante que € tous les diadèmes. C’est pour cela que je vous ai convo- « qués dans l’église des apôtres; banni, nous venons près de « ceux qui furent bannis avant nous ; nous venons près de c Timothée et de Paul, près de ces corps sanctifiés qui ont € porté les stigmates de Jésus-Christ. »
Mais Eudoxie n’oubliait point sa haine. Chrysostôme, dans une de ses homélies, avait dénoncé et accusé une fête à demiprofane, la dédicace d’une statue d’argent élevée, en l’honneur de l’impératrice, sur la place publique, entre le Sénat et Sainte-Sophie. Un concile s’assembla pour juger ce nouveau crime. Quarante évêques se déclarèrent pour sa cause, soixante environ pressèrent l’empereur de le bannir. La veille de Pâques, les troupes de la garde gothique pénétrèrent dans les bains publics bâtis par Constantin, et où prêchait Jean, chassé de son église, et suivi par tout son peuple; le sang coula, des femmes furent violées.
Proscrit par scs pairs, traîné d’exil en exil: à Nicée, aux extrémités de l’Arménie ; dans la bourgade de Cucuse, dont les abords étaient infestés par des hordes errantes; dans la forteresse d’Arabisse; insulté par des moines de Césarée, il connut et savoura les voluptés amères de ceux qui refusent d’ahdiquer devant la force.
Un jour, effrayé du bruit qu’il faisait encore, et voyant que cet exil lointain grandissait le proscrit, .\icadi us donna l’ordre
de le ramener moins loin de Constantinople, en un lieu désert, sur les bords de l’Euxin. Maltraité des soldats, forcé de faire à pied, durant trois mois, de longues marches, à Tardeur du soleil, tête nue, il mourut d’épuisement sur la route.
Avant de partir pour son second exil , ChrysostOme avait adressé à l’évCque de Rome un récit des persécutions et des violences dont il était victime. Il suppliait qu’on lui accordât des juges. « Qu’il nous soit doimé un tribunal incorruptible! « Nous comparaîtrons, nous ferons entendre notre défense, « et nous nous montrerons innocent des choses qu’on nous « impute, comme nous le sommes en effet. »
Simples et graves paroles. J’y reconnais l’accent d’un juste.
Ainsi, l’éloquence religieuse, née dans les vallées de Nazareth , sur les bords du lac de Thibériade, agitait l’Orient et l’Occident, et portait en elle l’avenir. Elle chantait un perpétuel sursùm corda.
Où sont-ils ces apôtres et ces tribuns des anciens âges ? Basile, Grégoire, ChrysostOme, Athanase, Origène, votre esprit n’est plus enclos dans les églises; il renaît et respire en nous-mêmes. La parole de vie, jadis répandue sur la foule des fidèles du haut des chaires d'Antioche, de Césarée et de Constantinople, nous la répandrons, parmi le peuple, du haut de nos libres tribunes. L’âge humain triomphera de l’âge sacerdotal. La morale, tenue jadis à fief par le clergé, nous la distribuerons comme le pain de tous , nous la ferons circuler comme la coupe fraternelle et profonde où s’abreuveront les peuples. Plus loin et plus haut que les dogmes, je l’affermirai sur l’axe de la conscience humaine.