‹ Les révolutions de la paroleChapitre 25 sur 32 · DK L’ESPRIT DE LA RÉFORME · texte numérisé non relu

DK L’ESPRIT DE LA RÉFORME

pour mourir, à moins que les peuples ne rampent, comme des lar\es, dans l’abjection et dans la honte.

Rome impériale se coucha, durant six cents ans, sur un pareil grabat, splendide et sordide.

Elle fut réveillée en sursaut , arrachée de sa fange et de son opulence, parles Huns d’Attila et les Goths de Théodoric.

L’Europe du xvi® siècle fut sauvée par le grand cœur de l’Allemagne.

II était besoin d’une race nouvelle pour introniser dans le monde le principe réformateur, pour lui donner l'élan , l’aplomb, la force. Les précurseurs français, provençaux, italiens, jusqu’en leur colère contre Rome, conservaient un fond de respect, de terreur, de tendresse. Rome les irrite, mais elle les éblouit. Au moment qu’ils l’attaquent avec le plus de violence, il lui suffirait, pour les réduire, d’apparaître dans sa majesté formidable.

Savonarole lui-môme, ce tribun de l’Évangile, cette voix prophétique qui, d’avance, devant Jean de la Mirandole , éperdu et dont les cheveux se hérissaient, annonçait l’invasion de Charles VIII, destinée à punir les fautes et les crimes de la papauté et de l’Italie, Hiéronimo Savonarole, excommunié par Borgia, mourut docilement, renié du peuple de Florence.

L’Allemagne résistera. Luther, Melanchlon, Ulric de Hutlen, Franz de Sickingen, héritiers des Frédéric et des Henri, refuseront de plier devant Rome.

Il y a, dans la manière dont l’Allemagne déclare et soutient la guerre religieuse, un souvenir du farouche héroïsme des Barbares du Danube et du Rhin.

Tout est préparé d’ailleurs. Nous avons vu grandir lentement les oppositions et les résistances. L’esprit humain est saturé d’une atmosphère d’indépendance. Vienne l’occasion, jaillisse l’étincelle, et c’en est fait !

L’étihcclb û été lu vente des indulgences.

« Nulle foire, nul marché, ne présente un aspect plus eynique que l’Allemagne.

« Les pasteurs d’hommes, sans détour, y font l’encan de « leurs troupeaux. Double vente des corps et des âmes. Les « maquignons se croisent . A grand bruit passent et repassent « les marchands de suffrages, les marchands d’indulgences. » (Michelet.)

On vend l’empire, et on escompte le Paradis.

Ajoutez à ce honteux commerce, le matérialisme sans cesse grandissant d’une religion spiritualiste, le culte dos images poussé au fétichisme, l’auréole des saints éclipsant la splendeur de Dieu, les pèlerinages aux reliques merv'eillcuses, les exhibitions grotesques : ici un morceau de l’arche de Noé, ou de la crèche de Jé.sus-Christ , une plume de l'aile de l'archange saint Michel ; ailleurs, l’haleine de saint Joseph, recueillie dans un gant par Nicomède ; plus loin, du lait et des cheveux de la Vierge, une goutte de la sueur du Clirist, des larmes de saint Pierre. Songez qu’en 1519, la collection do reliqTics, rassemblées à grands frais par l’électeur de Saxe, dans l’église du château de Wittemberg, ne renfermait pas moins de dix-neuf mille objets. Mesurez par là l’énormité du trafic.

Partout éclate un chœur de protestations. Depuis Erasme jusqu’à Luther, de l’Italie, de la Hollande, des Pays-Ba.s, de l’Allemagne, de la France, l’esprit nouveau souffle sur la face du monde, et le grand Zwdngli, au pied des Alpes, continue le coml)al de la raison émancipée.

Ce fut en effet un combat, une mClée où tous se jetèrent, armés diversement, mais unis sous le signe de l’indépendance de l’esprit. Une voix leur avait dit : In hoc si(/no vinccsf C’était la voix de la Renaissance, le cri de ralliement de la conscience et do la volonté.

Pareils aux philosophes du xvin® siècle qui, dans leur ardeur de délniire et de fonder parmi les ruines, se donnaient la main, depui;- l’oltaire, Montesquieu, Buffon, jusqu’à Jean-

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