‹ Les révolutions de la paroleChapitre 27 sur 32 · DE L’ESPRIT DE LA RÉFORME. S · texte numérisé non relu

DE L’ESPRIT DE LA RÉFORME. S

Celle vie ondoyanle, diverse, est cependaul marquée du sceau de l’unilé. Lullier a voulu, voilà sa force ; Luther a aimé, et par là il est immorlol. 11 a osé, el par l’audace, il a vaincu.

« Comme tous les grands hommes, il avait le tempérament « de son époque; il était sanguin; c’était un homme de com- « bat. Sa colère avait du génie. » (Esquiros.)

Il le dit lui-méme : « Dans la colère, mon tempérament se « retrempe, mon esprit s’aiguise... Je n’écris et je ne parle « jamais mieux qu’en colère. »

C’était un Mirabeau saxon.

Impatient de contradictions, prompt à l’invective, lorsqu’il fut condamné par les éminents docteurs de l’Université de Paris, ces graves théologiens ne furent à ses yeux que « des ignares, des paresseux, des crasseux, des porcs, des limaces, des larves, des ânes. » Assuré de vaincre Rome, saisissant le triomphe jusque par delà le tombeau, « Dieu verra, » disaitil, « lequel des deux se lassera le premier, le pape ou Lu- « ther. L’inéluctable destin le presse. Voici donc les armes « dont on se sert aujourd’hui pour vaincre les hérétiques ? le » feu et la colère des docteurs? Continuez, porcs, et si vous € l’osez, brûlez-moi. Je suis là; je vous attends. Après ma « mort, je vous poursuivrai de mes cendres jetées au plus * profond des mers. Je fatiguerai de mon ombre cet abomi- € uable troupeau. Vivant, je suis l’ennemi de la papauté;

« brûlé, je serai deux fois son ennemi. Faites, ânes, porcs,

« ce que vous pouvez ; vous avez Luther pour ours dans < votre voie, et pour lion dans votre sentier. »

Quel lutteur que ce moine d’Erfurt ! Je crois que M. Hugo s’est trompé lorsqu’il lui fait dire, en présence des morts couchés dans le cimetière ; Invidco quia quiescunt.

Quel orage dans sa vie et dans son esprit! Ceux qui l’ont accusé de contradiction montrent bien qu’ils ne connaissent |)as les tempéraments révolutionnaires. Les inconséquences de Luther, ainsi que ses prêches sur les places publiques, dans les rues, dans les cabarets, forment lu plus grande par-

lie de sa puissance. Ce n’est point un Erasme <5rudit et délicat que le bruit effarouche. Sa musc ne craint point de tremper ses pieds divins dans la bouc où, pieds nus. marchent les pauvres. C’est un esprit en proie au démon de la révolte, brutal, sauvage, grondant, inspiré; c’est le vieux Germain, le üls des vainqueurs de Vanis, qui se réveille, boit le vin de l’indépendance dans sa coujie saxonne , et se jette tête baissée dans la bataille des idées.

Quelles sont ses armes? La Parole et le Livre. Par la Parole, il délie les draes liées au joug romain; au nom du Livre, il juge les pontifes. La Bible sera désormais la loi, et tout chrétien sera l’interprète de la Bible. C’est la fin de l’autorité et le commencement du droit. Luther met la raison hors de tutelle. Il dissout le conseil judiciaire imposé ù l’esprit humain.

Toutefois, dans cette âme indomptable, vous rencontrerez deux génies différents. L’un qui brise les liens du passé, l’autre qui nie le libre arbitre de l’homme. Comme son ancêtre Jean Huss, il se dresse debout, planté sur sa raison, contre les Pères, les pontifes, les conciles; mais afin d’affranchir l’homme de la suprématie de, l’Église cl de l’arracher au pouvoir du prêtre, il le plonge et l’abîme en Dieu. Il remet directement au Christ tout ce que l’Église s’attribuait. « Plus c d’intermédiaire entre le Clirist et l’humanité. Chaque t homme est pape et porte en lui son concile » (1).

Luther affranchit l’individu, il lui donne la liberté, l’autorité, il fait de chaque homme une Église inviolable. Mais pour dépouiller le prêtre, il a dépouillé l’homme même. C’est là sa faiblesse, sa fatale antinomie, engendrée par une sorte de nécessité politique. Nos pères ont assisté à un pareil spectacle.

En 89, les représentants du peuple abritaient leur indépendance envers les nobles, le clergé, les ministres, dans la

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