DE L’ESPRIÏ DE LA RÉFORME
souvorainetc, absolue du roi. Luther, pour se soustraire à l’autorité romaine, se réfugie au sein de. Dieu, et là il abdique.
89 nous fournirait bien d’autres rapprochements. Qu’étaitce que le serment du Jeu de paume? L’affirmation du droit, sa déclaration de guerre à la force. Que signifie l’attitude de Lutlicr à la diète de Worms , devant le pape et l’empereur? Elle est l’affirmation de la conscience en face de la tradition.
A la noblesse française, le tiers-état opposait le sentiment nouveau et résistant d’une nouvelle énergie sociale, réclamant sa part dans la nation. Aux deux autorités qui représentent le passé dans sa majesté inviolable, « Luther opposait son givud cœur, voilà tout. » Mais ce cœur porte en soiméme un monde indestructible. C’est une énergie nouvelle qui s’installe à jamais dans la cité morale.
* Ma conscience, » disait-il d’un ton humble et superbe, « est prisonnière de la parole de Dieu. »
« Je ne reconnais pas des hommes comme juges de la « parole di\âne. Et qu’ainsi, Dieu me soit en aide ! Amen. » De cette affirmation des droits individuels, il suit que l’homme sera désormais son maître, sou docteur et son juge. Le livre même sur lequel Luther appuyait la Réforme, peut disparaître sans péril pour l’humanité. Nous n’avons plus besoin d’épeler l’Évangile. Il est temps de le pratiquer. Le xviii® siècle a déchiré le voile que Rome mettait entre l’homme et Dieu ; nos pères ont répandu sur toute la terre la liberté que la Réforme avait fait naître; ils ont été la Bible de l’Europe et du monde; ils ont vu Dieu face à face, dans la nature et dans la science ; ils lui ont parlé comme ses lils et ses égaux , ils ont communié avec le Verbe.
Et nous, nous incarnerons ce Verbe dams les institutions et dans les lois, nous l’écrirons sur toute la surface du globe, nous en pénétrerons la société moderne, nous ferons de chaque peuple un réformateur vivant. Nous bâtirons l’Église qu’entrevoyait Zwingli. Il y réunissait tous les saints, Socrate et Caton entre David et saint Paul.
« Vos ancêtres y seront aussi, » disait-il à François I*L Il n’y aura pas une âme fidèle, pas un héros, pas un homme de bien qui y manque. Nous serons tous unis dans l'égalité et la justice. Alors s’accomplira la réconciliation du catholicisme et de la Réforme. Cette Église du travail, de la probité, de l'amitié et de la paix, unira les hommes dans une vaste association, où les efforts individuels, dirigés par l’enseignement, modérés par la loi, formeront librement l'harmonie humaine.