‹ Les révolutions russesChapitre 22 sur 79 · III. — Nobles et paysans · texte numérisé non relu

III. — Nobles et paysans

7. La Russie n'avait pas de villes (Moscou même n'était qu'un grandK village); c'était un État de paysans, aussi n'eut-elle point de bourgeoisie^^ Il n'y avait guère que deux classes, les paysans et les nobles,

8. La noblesse russe ne ressemble pas aux nobles d'Europe. Elle a été dé s rorigjncji Qe^ noblesse de coljrnâjnot dvoriano, que nous tra-v duisiàhs par noble, sigmÏÏecôurtisan). Les nobles étaient : i» les parents^ de la famille impériale, les knia^es (très nombreux en Russie); 20 les descendants des hommes qui avaient exercé une dignité à la cour, les S bolars. Longtemps on régla les préséances par l'emploi qu'avaient occupé les ancêtres; de là des querelles violentes. Les membres de chaque famille mettaient leur honneur à conserver le rang de leur famille. Même à la table du tsar un noble refusait de s'asseoir à une place au-dessous d'un noble dont les ancêtres avaient eu un emploi moins élevé que les siens; en vain le tsar ordonnait de l'asseoir de force,

le boïar se reSressait violemment et sortait en criant qu'il aimait -mieux j avoir la tête coupée que de céder sa place. Mais, à la fin du xviie siècle, ! le tsar, pour mettre fin à ces querelles, n'eut qu'à brûler les livres où * étaient inscrites les préséances. Depuis lors le rang d'un noble n'a plus été réglé que par l'emploi qu'il occupe lui-même. — Les nobles n'étaient nobles que4)ar la volonté du tsar, il leur avait donné leur titre, il pouvait le leur retirer. « Monsieur, disait le tsar Paul 1er à un étranger, je ne connais de grand seigneur chez moi que l'homme à qui je parle, et encore pendant que je lui parle. »

9. Ce qui faisait l'importance des nobles, c'étaient les terres que le ts ar leiÎT ^ayatent données,, car en Russie, comme dans les empires ^ rient^ ^toute la te.rre appartenait au souverain. Les paysans n'étaient raTpropriétaires du sol; ils le cultivaient pour le compte du tsar ou des nobles ses serviteurs et formaient une classe inférieure, on les appelait

moujiks (petits hommes). Jusqu'au xvi» siècle ils avaient eu le droit de passer d*un domaine dans un autre chaque année à la Saint-Georges (26 novembre); ils pouvaient par là même changer de maître, leur condition était celle de nos domestiques de ferme; ils n'étaient pas propriétaires, mais ils étaient libres. Pendant les guerres civiles de la fin du xvie siècle, les tsars, pour empêcher les travailleurs d'émigrer vers le Sud, défendirent aux paysans de changer de terre à ia Saint-Georges (1597). Le moujik resta attaché à la terre qu'il cultivait, soumis à perpétuité au propriétaire. La condition des paysans fut plus durealors en Russie que dans aucun pays d'Europe. (Ils restèrent libres dans la région du Nord-Est, où il n'y avait pas de nobles, et aux bords du Dï;iiéper, dans rUkraine, où ils continuèrent à vivre en guerriers.) Le propriétaire exigeait d'eux trois jours, de corvée par semaine sur ses terres ou une redevance annuelle (obrock). Ils étaient soumis sans défense aux caprices du maître et de son intendant, sans avoir même,, comme les serfs de France, l*assurance d'être laissés dans leur village. Le maître pouvait les prendre dans sa maison comme domestiques, sans leur donner aucun salaire, les marier à sa guise, les envoyer comme soldats ou comme colons, même les vendre au loin ; il pouvait les battre et les emprisonner sans avoir à en rendre compte. Ces paysans ressemblaient plus à des esclaves antiques qu'à des serfs du moyen âge. Ils se nomment en russe consolidés, nous les appelons des serfs.

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