VI. - Pierre le Grand
21. A. la fin du xviie siècle arriva au trône un tsar élevé tout autrement que SCS prédécesseurs. Pierre ler avait été proclamé tsar étant encore enfant, mais sa sœur Sophie avait pris le pouvoir à. sa place et l'avait relégué dans une maison de campagne; son instruction fut très négligée, il n'apprit ni le latin ni Torthographe, il n'eut pas d'instruction religieuse; mais il fit la connaissance de quelques étrangers, fréquenta leur quartier, se prit de passion pour un vieux bateau qu'il trouva abandonné dans un grenier et s*amusa à jouer au navigateur et au soldat. Il alla à Arkhangel où il vécut avec les marins et les charpentiers. Plus lard (1697), ayant entrepris de créer une marine de guerre sur la mer Noire^ il vint en Europe faire un voyage d'études, emrpenant une bande j de 200 à 25o jeunes Russes qu'il voulait instruire. ^ '
22. De retour en Russie, Pierre a travailla: à transformer s es Russes en europé ens. 11 n'avait aucun préjugé russe, aucun goût pour les mœurs russes, aucun respect pour la religion rng<|g ; j] Atait plf*in d 'ad m i ration pour l a ^ijyilj satio n. jle..rûi;cident, et impatient de l'introduire dans son empire. Habitué à l'idée qu'un tsar n'avait qu'à ordonner pour être obéi, il a commandé à ses sujets de changer d'usages, menaçant de l'amende ou du fouet ceux qui n'obéiraient pas. Il a interdit les longues barbes, coupé lui-même celles des seigneurs de sa cour; puis il a, par un ukase, ordonné à tous les fonctionnaires de porter le costume européen. Il a permis le tabac qui avait été interdit par l'Eglise russe comme une « herbe diabolique », et a donné l'exemple. Il a ordonné aux femmes de venir dans les réunions et d'y paraître en costume européen, et le visage découvert. Plus tard, à Pétersbourg (171 8), il voulut créer une vie de salon : il ordonna aux principaux seigneurs de tenir à tDur de rôle des assemblées, c'est-à-dire de donner des soirées où les nobles devaient venir avec leurs femmes et où on devait s'amuser à l'européenne, danser, jouer, fumer, causer ; une loi prescrivait les rafraîchissements qu'on devait donner. Naturellement ces salons obligatoires ne ressemblèrent pas tout d'abord à des salons français : les dames russes, habituées à vivre enfermées, se tenaient immobiles et silencieuses, les hommes s*enivraient.
23. Pier re avai L, commencé par les réformes qui devaient le plus choquer son peuple, il avait blessé à'Ia fois le sentiment national et le sentiment religieux ;^L. eut tout le monde contre lui. — Le clergé, le voyant fréquenter des hérétiques, l'accusait de vouloir détruire la religion; supprimer les barbes était presque une hérésie, un patriarche avait déclaré qu'un homme sans barbe ressemblait plus à un chat qu'à un homme. — L'armée russe (les Strélitz) était mécontente de ce que le
tsar donnait tous les commandements à des officiers étrangers- — Les gens de Moscou ne pouvaient supporter de le voir favoriser la Slobode des étrangers et refuser de tenir sa place dans les cérémonies religieuses. 7^ Sa femme Eudoxia et son fils Alexis soutenaient les mécontents ; Alexis refusait d'apprendre aucune langue étrangère et déclarait qu'après la mort de son père* il remettrait tout comme auparavant. »
24. Beaucoup de Russes ne pouvaient croire qu'un tsar russe tînt une pareille conduite, ils disaient que Pierre n'était pas le vrai tsar, mais le fils d'une Allemande ou bien un étranger revenu d'Europe à la place de Pierre.
25. Pierre Q'avait pour lui que ses camarades et les étrangers. Mais il était le tsar et ce peuple, habitué à obéir à son tsar, ne savait pas se révolter. Les mécontents se bornaient à* se plaindre secrètement, il fallait les arrêter et leur faire donner des coups de knout pour les faire parler.
26. Pour briser les résistances, Pierre a employé son procédé habituel, la force. — Les strélitz s'étaient mutinés en son absence ; à son retour il les a fait torturer à coups de knout, puis on a dressé de longues pièces de bois sur lesquelles ils se couchaient par rangées ; le tsar leur abattait la tète. — Pour se délivrer du clergé, il a supprimé le patriarche et n'en a plus fait élire. — Pour vaincre Topposition dans sa famille, il a fait donner le knout à sa femme et mettre à mort son fils. Puis il s'est fait une famille nouvelle en épousant une Livonienne prisonnière, Catherine. — Il l'a fait couronner tsarine, s'est établi avec elle à Pétersbourg et a fait donner à ses deux filles une éducation européenne. Ce sont ces femmes qui ont continué son œuvre.,
27. Pour se délivrer des gens de Moscou, il a créé une capitale nouvelle en pays étranger, près de la Baltique, à laquelle il a donné un nom allemand, Pétersbourg. Il Ta peuplée en y transportant de forcé une partie des habitants d'Arkhangel et a ordonné à tous les seigneurs de s'y faire bâtir une maison.
28. Pierre a passé son règne à introduire en Russie les arts et les \ institutiûns .qii'il avait admirée.s en Europe.
^ 2Q. Dans la civilisation européenne, ce qu'il comprenait le mieux, c'étaient les inventions matérielles ; lui-même s'était fait charpentier, soldat, matelot, graveur. Les étrangers qu'il fit venir en Russie furent, non des artistes ou des savants, mais des ouvriers et des ingénieurs ; les^ écoles qu'il fonda furent des écoles pratiques (Académie de marine^ Ecole de comptabilité) ; les livres qu'il fit traduire en russe étaient des ouvrages de technique, d'économie politique, de géographie. . — 11 s'occupait lui-même des détails des métiers : il ordonnait aux cordonniers de changer leurs procédés sous peine de confiscation ; il défendait de porter de grands clous aux bottes ou de faire des barques suivant la méthode russe, parce qu'elle usait trop de bois ; il réglait la forme des
faucilles et des houes, la taçon de couper le bois et de moissonner. < Notre peuple, dit-il dans une loi, est çommejes enfants qui apprennent avec peine et répugnent à TA B C ; si bien que l'instituteur doit les forcer. D'abord gela leur paraît désagréable, mais quand ils. ont appris, ils sont reconnaissants envers Tinstituteun »