VIII. — La vénalité
34. Les fonctionnaires de Tadministration russe gardèrent longtemps, . sous des noms européens, les vieilles habitudes barbares. Autrefois le
tsar lui-même, quand il donnait un emploi à un homme lui disait : « Vis de ta charge, et rassasie-toi. » Les fonctionnaires continuèrent à regarder leur place comme un moyen de tirer de Targent de leurs administrés. Pierre le Grand ne voulut plus que ses employés se payassent eux-mêmes, ils devaient se contenter du salaire qu'il leur donnait. 11 leur défendit d'accepter des présents, il fit même décapiter plusieurs gouverneurs pour concussion, et son principal fonctionnaire des finances fut roué comme voleur ; mais ses administrateurs ne se corrigèrent pas. Un jour, dit-on, que le tsar dictait 'à son procureur général une loi qui punissait de mort tout employé convaincu de vénalité : « Votre Majesté, dit le procureur, veut-elle donc rester toute seule dans l'Etat? Nous volons tous, les uns davantage et plus lourdement, les autres moins et plus adroitement.» — La vénalité était dans les mœurs ; administrateurs et administrés trouvaient naturel qu'un employé se fît payer pour
y remplir ses fonctions. De nos j^urs^rnême^ le gouvernement a réiis si à
C dissimuler la vénalité, non à la supprimer.