X. — Catherine II de Russie
39. Catherme était une princesse allemande, devenue tsarine de Russie pa r le meurtre de sonjiîârL C'était une femme lettrée, en correspondance avec les philosophes ; elle composa même des comédies et une tragédie. « Elle a l'âme de Brutus sous la figure de Cléopâtre », disait Diderot
40. Elle était très active et très vaniteuse, dévorée du besoin de faire parljer d'elle ; elle voulait passer en Europe pour un souverain éclairé, capable de gouverner suivant les principes des philosophes.
41. Elle admirait surtout Montesquieu, elle disait que VEsprit des lois devrait être le bréviaire des souverains. « Si j'étais Pape, je canoniserais Montesquieu. »
42. En 1767 elle réunissait une commission générale pour préparer un code de lois commun à toute la Russie. Elle avait rédigé elle-même l'instruction pour diriger cette commission, et y avait introduit beaucoup de passages tirés de Montesquieu, elle disait qu'elle le pillait mais • que, si de l'autre monde il suivait son travail, il ne blâmerait pas un plagiat utile à 20 millions d'âmes. En envoyant au roi de Prusse un exemplaire de cette instruction, elle ajoutait : « Vous verrez que j'ai fait comme le corbeau de la fable qui se pare des plumes du paon; l'arrangement seul est de moi et çà et là une ligne ou mot. » La commission fut composée de délégués de toutes les provinces. Après les avoir '^ entendus, Catherine les renvoya et fit rédiger un code où l'on proclamait • les principes des philosophes : « La nation n'est pas faite pour le sou-/ l verain, mais le souverain pour la nation... Il vaut mieux épargner dix\' coupables que de perdre un innocent. » Elle abolissait la torture et la( peine de mort. Indifférente à toute religion, elle laissait les catholiques \\ et les dissidents exercer librement leur culte et recueillait les Jésuites
chassés des Etats catholiques. — Mais Catherine ne prenait de la philosophie que ce qu'il lui en fallait. « Avec vos grands principes, écrivaitelle à Diderot, on ferait de beaux livres et de mauvaise besogne. *^ A la place de la peine de mort, elle mettait la déportation en Sibérie ; efle ne supprimait pas le knout ; elle envahissait la Pologne et faisait massacrer les Polonais.
43. En 1781 elle se fit faire un rapport sur les œuvres accomplies pendant son règne (dix-neuf ans) et envoya au philosophe Grimm la liste suivante:
« Gouvernements érigés selon la nouvelle forme .... 29
Villes érigées et bâties 144
Conventions et traités conclus 3o
Victoires remportées 78
Edits mémorables portant loi ou fondation 88
Edits pour soulager le peuple i23
Total. . 492
« Tout ceci est affaire d'Etat, et aucune affaire particulière n'a eu de place dans cette liste. »
44. Evideniment, Catherine tenait à prouver qu'elle avait fait beaucoup de choses. Elle ne disait pas que la plupart des lois étaient inappliquées, et qu'un bon nombre de villes consistaient seulement en un poteau avec une inscription ; les bâtiments élevés à la hâte étaient tombés en ruines.
45. Ce qui lui importait, c'était de donner auxécrivains et au public une haute idée de ses mérites; elle réussit en effet à obtenir des philosophes le surnom de Sémiramis du Nord,