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XI. — La Russie et la Révoltrtioii

46. Mais dès que la Révolution française éclate, Catherine la combat. Pour elle, l'Assemblée Constituante « est une hydre aux 1.200 têtes », un ramas de scélérats ; les nobles qui ont volé l'abolition de la noblesse sont des «gredins». Et c'est le ministre russe à Paris qui délivra le passeport dont la famille royale de France devait se servir pour s'enfuir des Tuileries .

47. Catherine cesse d'aimer les philosophes parce que la philosophie avait i eu pour conséquence la Révolution. Elle fait mettre au grenier le buste de \Voitaire ; elle interdit les publications philosophiques ; elle persécute les

francs-maçons et les libéraux. Son ami Novikof est mis en prison et ruiné. Un autre, pour avoir parlé avec compassion d'une famille de serfs vendue aux enchères, est déporté en Sibérie par l'impératrice qui, vingt-trois ans auparavant, avait mis à l'ordre du jour l'abolition de l'esclavage.

48. Catherine faisait semblant de se préparer à attaquer la France. Elle admettait dans son intimité Esterhazy, l'agent des émigrés, et disait que 2.000 Cosaques et 6.000 Croates suffiraient à rétablir l'ancien régime. Mais elle ne tenait qu'à exciter les autres souverains pour les embarrasser dans les affaires de France, et rester libre d'agir à sa tête dans' les affaires de Pologne.

En 17^, une armée de 100.000 Russes envahit là Pologne, et au troisième partage, en 1795, la Russie garda toute la Lithuanie, plus les pays russes jusqq'au Niémen.

49. Le tsar Paul i", dès son avènement, dit qu'il voulait s'opposer aux progrès de « l'effrénée République française ». Il prit à sa solde les soldats du prince de Condé, réunit une armée de 10.000 émigrés français, et fit une pension de 5oo.ooo francs au prétendant Louis XVIII, pour lui permettre d'avoir une cour. En 1798, il entra dans la coalition contre la France révolutionnaire, mais fit la paix avec Bonaparte (1800) qui lui plaisait comme guerrier, comme restaurateur de l'ordre, de la monarchie, de la religion. Il lui donna le conseil de prendre le titre de roi avec l'hérédité de la couronne dans sa famille «afin de convertir les principes révolutionnaires qui ont armé toute l'Europe contre la France ».

50. Le tsar Alexandre I'^ entra dans la troisième coalition contre la France et se fit battre à Austerlitz ; puis dans la quatrième coalition et se fit battre à Friediand. Il fut séduit à Tilsitt par les politesses de Napoléon, et par sa promesse d'autoriser les Russes à envahir la Finlande, la Suède et la Roumanie. Mais le tsar se fâcha quand Napoléon voulut l'obliger à exécuter le blocus continental. Napoléon envahit la Russie avec des troupes tirées de tous les pays de l'Europe occidentale. Ces troupes furent anéanties, non pas par l'armée russe (qui n'eut aucun succès d'ensemble), mais par le feu (incendie de Moscou), la glace (passage de la Bérésina), le froid et l'acharnement des paysans. La résistance nationale en Russie donna le signal de la résistance en Allemagne, et compromit la supériorité militaire de l'Empire français.

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