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XIV. — La Finlande et le Royaume constitutionnel de Pologne

68. Au grand-duché de Finlande Alexandre avait promis de laisser sa constitution. Comme dans les provinces baltiques, la population était tout entière luthérienne, rhais formée de deux sociétés superposées. Le peuple des campagnes, descendant de l'ancienne population finnoise, conservait la langue et les coutumes finnoises; toutes les classes privilégiées, nobles, pasteurs, bourgeois, étaient suédoises; le suédois était la langue du gouvernement. La Finlande, passée sous la domination du tsar, conserva sa Diète formée de quatre États suivant le système Suédois (jusqu'en i863 on s'abstint de la convoquer). Elle garda son autonomie complète, ses lois, ses tribunaux, sa monnaie, ses postes, même ses douanes. Le gouvernement resta confié au Sénat résidant en Finlande, divisé en deux sections (justice et finances), aux fonctionnaires indigènes et aux municipalités, c'est-à-dire à la noblesse et à fa bourgeoisie suédoises. Le suédois resta la langue de l'administration.

69. Le nouveau royaume de Pologne, créé en 181 5 avec l'ancien grand-duché de Varsovie, ne comprenait qu'un morceau de l'ancienne Pologne (i), la part de la Prusse dans le dernier partage (1796); mais c'était le pays de Varsovie, le cœur de la nationalité polonaise dans les temps modernes. Alexandre, disposé par son amitié avec les princes Czartoryski à respecter la nation polonaise, fit de la Pologne un État indépendant, uni à la Russie seulement par une union personnelle. Le tsar n'y portait que le titre de roi. Le royaume de Pologne garda toutes ses institutions distinctes, son église catholique avec ses donations et ses privilèges, ses écoles de langue polonaise, sa monnaie, ses postes, ses douanes, son administration, même son armée. Les fonctionnaires.

(i) La partie dominante avait été d'abord (xi-xii« siècles) la province de Posen, annexée à la Prusse en 1798, puis jusqu'à la fin du moyen âge la Petite-Pologne (Galicie), annexée à l'Autriche.

le clergé, les officiers étaient tous polonais; les fonctions étaient réservées aux indigènes. Les seuls étrangers étaient le vice-roi, représentant du tsar, et le commissaire impérial.

70. Alexandre avait tenu, malgré les conseils des absolutistes, à faire de son royaume une monarchie constitutionnelle. La charte de décembre i8i5 garantit au royaume une administration indigène et créa une Diète composée d'un Sénat de 3o membres nommés par le roi et d'une députation de 60 nonces élus par les nobles et les villes. La Diète n'était convoquée que tous les deux ans et pour une courte session; elle délibérait sous la direction d'un commissaire impérial. Son pouvoir se réduisait à voter les lois et les impôts nouveaux; elle n'avait aucune prise sur le ministère, qui n'était responsable qu'envers Te roi; elle n'avait même pas le droit de blâmer les actes du gouvernement. A la session de 1818, Alexandre lui rappela qu'elle « n'était réunie que pour donner son opinion sur les objets que le gouvernement jugeait nécessaire de soumettre à son examen ».

71. C'était donc une liberté constitutionnelle très imparfaite, avec une liberté de la presse très limitée par la censure des journaux. Mais en ce temps d'absolutisme^ aucun autre peuple de l'Europe centrale n'avait autant de liberté politique que les Polonais.

72. La société restait aristocratique. Les paysans, affranchis du servage depuis 1807, mais sans avoir reçu de terres, restaient dans la condition de journaliers ou de tenanciers, à la merci des nobles propriétaires. La population des villes, en partie formée de Juifs, n'avait presque pas de part à la vie publique. La haute noblesse et le clergé gardaient la direction du pays.

73. Le 'ministère, formé d'anciens partisans de Napoléon, fut dominé d'abord -par Lubecki, catholique lithuanien, peu favorable au régime constitutionnel et occupé surtout des intérêts matériels du royaume. II fit créer la banque polonaise et la société de prêts sur hypothèque, régla la dette. La prospérité matérielle augmenta. De 181 5 à i83o la population s'accrut d'un million et demi d'habitants. H se fonda à Lodz de grandes fabriques de drap. Le papier d'État polonais se releva; les finances devinrent assez ordonnées pour que le royaume pût avancer au gouvernement russe l'impôt d'une année. •

74. Mais ce régime ne devint pas populaire en Pologne : il froissait à la fois le sentiment national et le sentiment libéral. Les patriotes n'acceptaient pas un royaume de Pologne réduit aux dimensions du grandduché de Varsovie; ils réclamaient au moins les anciennes provinces de Liihuanie que le tsar avait laissées en dehors. Les libéraux accusaient le gouvernement de violer la Charte de 181 5 en destituant des juges inamovibles, en faisant arrêter les membres de la Diète, en soumettant les livres à la censure, en fermant les écoles primaires. On se plaignait du commissaire impérial Novosiltzow, et plus encore du vice-roi Constan-

tin, frère du tsar, aliéné. capricieux qui interdisait les chapeaux à larges bords et, de sa propre main, coupait les bords des chapeaux en contravention.

75. La Diète essaya d'avertir le tsar. Il répondit que ses sujets devaient avoir une confiance illimitée dans ses principes de moralité chrétienne (1820); puis déclara que la Pologne était « menacée dans son existence si elle ne se montrait pas capable de se maintenir dans le régime dont elle avait été gratifiée ». Des sociétés secrètes, imitées de l'Europe, s'étaient formées parmi les jeunes gens. L'une d'elles, la Société patriotique, faisait jurer à ses membres de « se consacrer à rétablir la malheureuse et bien-aimée patrie ». La police russe de Paris la découvrit; une cour martiale condamna aux travaux forcés Lukazinski (1824) pour le seul fait d'avoir été membre d'une société secrète.

76. Alexandre finit par interdire à la Diète de publier ses délibérations (1825) et fit arrêter le chef de l'opposition, qui fut enfermé dans son domaine sous la surveillance continuelle d'un gendarme.

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