‹ Les révolutions russesChapitre 36 sur 79 · XVIII. — Réaction libérale contre le régime de Nicolas · texte numérisé non relu

XVIII. — Réaction libérale contre le régime de Nicolas

96, Alexandre II parlait de son père avec respect et garda le personnel qui lui avait servi ; mais, en souverain humain et instruit, il répugnait à conserver le régime de compression et d'isolement; il revint donc à l'imitation des sociétés civilisées d'Europe. Sans vouloir s'engager par une constitution, il annonça l'intention de faire des réformes, et fit appel aux nobles pour le seconder.

97. Aussitôt apparut une opinion publique, jusque-là restée cachée ; elle se manifesta chez les nobles instruits et les étudiants, ce qu'on appelle en Russie Vintelliguen^ia (la partie intelligente de la nation).

? La guerre de Crimée avait brusquement changé le ton de la société : les tchinovniks (fonctionnaires), responsables des malversations et des

■ négligences que la défaite venait de révéler, avaient p^rdu leur assurance,

jet n'osaient plus «empêcher de critiquer leurs actes. La censure n'était pas supprimée, mais ne se sentant plus soutenue elle se relâchait. Aucun journal publié en Russie ne pouvait encore parler librement, mais un réfugié, Herzen, faisait paraître à Londres un journal, le Kolobol (la Cloche), dont ies numéros, quoique prohibés, pénétraient par milliers en Russie ; Alexandre II lui-même le lisait pour être informé des abus de pouvoir. (On dit qu'un fonctionnaire dénoncé dans un numéro fit parvenir au tsar un numéro falsifié où l'article était supprimé ; quelque temps après, le tsar reçut de Londres une lettre qui contenait l'article, avec explication.)

W. Vintelliguem^ia était d'accord pour demander des réformes; mais sur la nature des réformes elle se partageait en deux camps. La grande majorité désirait des institutions libérales à la façon de l'Europe, des assemblées représentatives, une constitution, des garanties de

j" liberté: c'étaient les occidentaux, parti libéral, dominant à Pétersbourg. Quelques-uns au contraire, voulaient revenir en arrière jusqu'avant Pierre le Grand, supprimer les importations européennes du xviiie siècle

et restaurer les véritables institutions du peuple russe dans sa pureté, l'orthodoxie et Taristocratie patriarchale ; c'étaient les nationaux, parti patriote' formé, pendant le régime d'isolement, à Moscou, la vieille capitale dépossédée depuis Pierre le Grand. Cette école historique, très russe, était pourtant aussi une imitation de TOccident, une forme russe du romantisme; la vieille Russie qu'elle voulait restaurer était une Russie imaginaire à la façon du moyen âge des romantiques ; les boiars étaient travestis en Assemblée nationale, le mir en libre commune primitive.

99. LeS'deux partis commencèrent par opérer ensemble contre les fonctionna i rej^ ^DpemiQ r^p tniitip^ r£fnrmp ^ ils demandaient plus de liberté de presse et d'enseignement, un contrôle sur les fonctionnaires et surtout l'émancipation des serfs. Alexandre suivit leurs conseils : il rappela une partie des proscrits, diminua la censure et permit de voyager et de séjourner à l'étranger, il prépara l'émancipation des serfs . Sans changer le personnel ni les institutions officielles, il laissa à ses sujets une liberté sans précédent.

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