‹ Les révolutions russesChapitre 41 sur 79 · XXIII. — Retour à l'absolutisme en Russie · texte numérisé non relu

XXIII. — Retour à l'absolutisme en Russie

138. Les mesures libérales d'Alexandre II n'avaient jamais été acceptées sincèrement paroles fonctionnaires hs^bitués à a(jriiJLaistrer ^o sans publicitéj ji contrôle. Le tsar lui-même avait hésité, les fonction-n aires en avaierupfTTnTité pour revenir par moments au régime antérieur. Dans les règlements pour l'émancipation des serfs ils avaient fait fixer pour l'étendue des lots de terre et l'indemnité de rachat des chiffres \ désavantageux aux paysans, et ils retardaient les opérations du rachat. ,' En 1862 un « Comité central de révolution » ayant publié une procla- i mation contre la famille impériale, et plusieurs incendies ayant éclaté

à Pétersbourg, le gouvernement fit fermer les cercles et les cabinets de lectures, suspendre quelques journaux et arrêter Tschernyschewski,.

écrivain démocrate, l'auieur^du célèbre roman Que faire ? qui fui condamné à quatorze ans de travaux forcés. De jeunes démocrates avaient organisé des écoles du dimanche pour instruire les enfants pauvres, le gouvernement les fit fermer.

^ 139. Après le soulèvement fw>Ionais, le parti national se mit à Lmaudire les institutions européennes et à déclarer le régime autojl cratique nécessaire pour faire l'unité de la -Russie. Quand l'asseml\ blée de Moscou- pria le tsar d'accorder une constitution représentative, ' Alexandre répondit : « Le droit d'initiative m'appartient exclusivement, et est lié inséparablement au pouvoir autocratique que Dieu m'a confié... Personne n'a qualité pour me présenter des requêtes sur les intérêts et les besoins généraux de l'État. » Les ){emstvos essayèrent de s'occuper des affaires locales, de contrôler les fonctionnaires, et même d'émettre des vœux politiques. Mais le gouvernement s'en défiait, il ne laissait publier leurs délibérations que revues par le gouverneur, il interdisait les vœux politiques et suspendait ou fermait leur sessions. Il donnait au gouverneur le pouvoir de suspendre toutes leurs décisions quand il les jugeait contraires au bjen de l'État. Ainsi entravé, le ^emîspo ne devint pas une institution de self goupernment comme on l'avait espéré, il resta sous la domination des fonctionnaires.

140. La réforme de la justice devait donner aux sujets des garanties contre l'arbitraire et faire disparaître les tribunaux exceptionnels et secrets. Mais, à la première occasion que le gouvernement eut d'appliquer le nouveau régime à un crime politique, il recula. Un exalté, Karakosof, membre d'une société secrète, avait tiré sur le tsar; au lieu de l'envoyer ,A devant le tribunal ordinaire, on le fit juger secrètement par une commission spéciale, suivant l'ancien usage. Ce précédent tourna en" cou- ^^tume; dans les procès politiques on continua d'employer dés commissions exceptionnelles jugeant secrètement sans garantie pour l'accusé. Ce procédé fut réglementé (1871); dans toute affaire politique, le ministre' de la justice décidait si l'on devait procéder par voie judiciaire \ devant le jury ou par voie extraordinaire devant une commission se- ' crête; presque toujours on évitait le jury. Pour les accusés politiques il n'y avait ni publicité ni garantie, la police les enlevait et ils restaient en prison préventive indéfiniment, dans des prisons semblables à celles du xviiie siècle, sombres, humides et infectes, livrées à l'arbitraire des geôliers. Les fonctionnaires pouvaient même se passer de formalités judiciaires, la loi russe ne garantit pas le libre choix du domicile, elle donne aux fonctionnaires le pouvoir d'assigner aux sujets du tsar leur résidence dans un lieu quelconque de son Empire (y compris la Sibérie). . Les fonctionnaires nisses^iont ««lever et transporter en Sibérie par voie administrative les individus d'opinions suspectes, parfois même, les accusés jugés et acquittés. Le transport se fait d'ordinaire par kibitka (carriole sans ressorts) — d'où le nom populaire de * justice de

kibitka » — et tes familles ignorent souvent où le suspect a été in~ terné (i).

141. La liberté de la presse dans les deux capitales fut rendue illusoire par les avertissements et les suspensions. Les journaux ne purent publier que ce qu'il plaisait aux fonctionnaires de laisser passer; il ne resta que des journaux politiques officieux et Torgane de Katkoff, chef du parti autocratique, la Galette de Moscou,

142. L'enseignement fut mis sous la direction d'un nouveau ministre de Tinstruction, un absolutiste, le comte Tolstoï (2). H bouleversa les études secondaires, supprimant les sciences, considérées comme révolutionnaires, et les remplaçant par les langues anciennes. Dans les universités, il empêcha les étudiants de former des associalions, et, quand jls se réunirent pour réclanler, les traita comme des révoltés (1869). On finit par créer des inspecteurs exprès pour les surveiller.

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